CHAPITRE II
SIGNES ET DIAGNOSTIC
À quels signes reconnaîtra-t-on que l’on est en présence d’un décollement prématuré du placenta?
Le plus souvent l’hémorrhagie a été subile et abondante ; elle s'accompagne quelquefois de douleurs vives à siège fixe, localisées en un point plus ou moins élevé de l'utérus, comme nous le voyons dans l'observation Il. Elle entraîne rapidement un état syncopal de la mère quoique dans certains cas son peu d’abondance relative ne puisse l'expliquer. Il faut songer alors à une hémorrhagie interne plus considérable.
Dans l'observation V nous relevons la présence d’une tuméfaction compressible sur le côté de l'utérus au point où s'était décollé le placenta. L'existence de cetle tumeur avait élé signalée par Levret et Baudelocque ; Schrœder admettait son existence lorsque le placenta n’était décollé que par son centre tout en restant adhérent sur tous les bords de sa circonférence. à
Souvent on peut noter en même temps une tension particulière de l'utérus qui devient rénitent, d’une dureté ligneuse ; nous relevons ce signe dans plusieurs de nos observations.
À lauscultation on n'entend plus les bruits du cœur
fœtal et souvent la mère a cessé de sentir les mouvements de Penfant depuis l'apparition de l’hémorrhagie.
Tout le temps que dure celle-ci, la femme accuse des douleurs plus ou moins vives, cessant lorsque l’écoulement s'arrête, reparaissant lorsqu'il recommence, En outre, s’il est abondant, et si la patiente est déjà faible et anémiée, les symptômes généraux s’aggravent rapidement ; ils n’ont rien de spécial et sont communs à toute espèce d'hémorrhagie.
Lorsque ces divers symptômes sont réunis, surtout chez une femme qui présente déjà une des affections pouvant amener le décollement du placenta, l'esprit de Pobservateur devra être mis en éveil.
Mais avant de poser le diagnostic d’hémorrhagie par décollement prématuré du placenta, il devra songer à divérses autres affections dont les symptômes sont à peu près semblables.
Lorsque l’hémorrhagie reste interne, le développement rapide dans l'abdomen, sa tension exagérée, pourraient faire penser à une hydramnios aiguë. Mais dans ce cas lé volume du venire n’augmente pas si rapidement, il n’y a pas tendance à la syncope, mais plulôt l’asphyxie et les battements du cœur deviennent simplement plus souris au lieu de cesser complètement.
Dausla rupture utérine les symptômes sont assez semblables: mais alors on peut sentir directement le fœtus sous la paroi abdominale, les contractions utérines cessent immédiatement, et si les battements fœlaux persistent encore, ils sont bien-plus éclatants qu’à l’état normal. On ne pourra guère confondre avec une partie du
fœtus en ectopie la tuméfaction signalée au niveau du décollement ; elle est pâteuse, compressible, et la pression fait augmenter l'écoulement extérieur.
Dans les cas plus fréquents où l'hémorrhagie est à la fois interne et externe, le premier diagnostic qui se présente à l'esprit est celui d'insertion vicieuse du placenta. Mais alors l’hémorrhagie est de courte durée ; au bout de quelques jours elle recommence plus abondante et plus longue que la première fois ; cela peut durer ainsi jusqu’à ce que commencent les phénomènes du travail ; les contractions utérines augmentent son intensité. Au toucher on sent souvent que le col est doublé par un tissu mollasse ; en outre, le doigt ne peut arriver que difficilement sur une partie fœtale et on constate souvent une présentation vicieuse.
On éliminera facilement les hémorrhagies provenant de la rupture d’une veine variqueuse, d’un trombus de la vulve ou du vagin.
Les hémorrhagies provenant du fœtus tiennent soit à une rupture du cordon, soit à celle d’un des vaisseaux ombilicaux ; elles sont alors peu abondantes, l’état général de la mère ne s’en ressent pas, tandis qu’à l’auscultation on entend les battements du cœur fœtal diminuer peu à peu et s'arrêter à mesure que l’hémorrhagie continue.
Cependant dans certains cas il est impossible de poser un diagnostic certain. Mais après l'accouchement ce diagnostic est loujours possible. Souvent le placenta suit immédiatement le fœtus ; derrière lui viennent des caillots plus où moins nombreux et une certaine quantité de sang liquide. On trouve sur sa face utérine une dépres-
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