FŒTUS
Si l’on examine un placenta prématurément décollé, on constate des particularités caractéristiques.
Dans toute l'étendue du décollement sa surface utérine est recouverte de caillots de couleur variable”suivant la date de l’hémorrhagie. Ils se sont creusés une loge, une dépression à fond anfractueux et ils adhèrent au tissu
sous-jacent. Dans certains cas, cette dépression est très,
profonde et néanmoins les bords du placenta sont restés adhérents. L’hémorrhagie est alors restée interne et a pu être assez considérable pour assurer la mort de la mère. Tel est le cas de Delaforterie, rapporté par Baudelocque et le cas cité par Caseaux. Mais plus fréquemment les bords du placenta cèdent à la pression et se décollent; le sang s’insinue alors entre les membranes et la paroi utérine, l'hémorrhagie devient externe. Dans l'observa-tion XIT on pouvait suivre ainsi le chemin que s'était frayé le sang avant de s’écouler à l'extérieur. Quelquefois le décollement débute par la portion marginale; il peut alors n’être pas suivi d'hémorrhagie externe.
Au niveau du décollement le tissu placentaire est com-
Op
primé, aminci, jaunâtre même et fibreux, si l’hémorrhagie est quelque peu ancienne. Souvent on rencontre en ce point d’anciens foyers apoplectiques; on en trouve de semblables dans le reste du placenta.
Nous avons vu en étudiant les causes du décollement comment les foyers hémorrhagiques le produisaient. Silués dans l’intérieur du placenta, ils provoquent des contractions utérines irrégulières, et, plus résistants que le reste du placenta, ils ne peuvent le suivre dans la diminution de volume que lui imprime la contraction. Il y a alors décollement de la surface utérine de l’arrière-faix, déchirure de quelques vaisseaux et hémorrhagie légère. La séparation s’accentue, les déchirures vasculaires s'étendent de proche en proche, le sang s'accumule entre la paroi et le placenta qui se décolle de plus en plus.
Les tiraillements qu’exerce un cordon trop court arrivent au même résultat par action mécanique.
A mesure que se fait le décollement, le champ de l'hématose diminue et avec lui les échanges entre le sang maternel et le sang fœtal. La quantité d'oxygène apporté devient de plus en plus faible, et bientôt insuffisante à entrelenir la respiration du fœtus, car toute la partie du placenta qui est décollée devient inactive, partant inutile à l'oxygénation. Le sang du fœtus se charge peu à peu d’acide carbonique, ,et l’asphyxie arrive lentement. Le fœtus ne fait cependant pas de mouvements inspiratoires; l'oxygène en effet arrivant toujours, quoique en faible quantilé par la portion intacte du placenta, le centre respiratoire du bulbe n’est pas excité.
A l’autopsie,le sang est clair et fluide ; le cœur, surtout,
Castets 4
MSN.
le ventricule droit, les gros vaisseaux, les sinus de Ia dure-mère regorgent de sang. De nombreuses extravasations sanguines punctiformes se trouvent dans les organes les plus différents, péritoine, péricarde, plèvre, pie-mère. Les poumons regorgent de sang; quelquefois ils renferment de l'air, plus souvent du méconium, du liquide amniotique, des mucosités. On peut en rencontrer aussi dans l'estomac.
La mort du fœtus n’est cependant pas une conséquence nécessaire de ces hémorrhagies, et quand la perte de sang est faible, la grossesse n’en continue pas moins son cours. Nous rapportons deux observations dans lesquelles malgré l'hémorrhagie, les enfants furent extraits vivants et sortirent de l'hôpital en bonne santé.
Le fœtus oppose en effet une résistance considérable à:
l’asphyxie. Nous n’en voulons pour preuve que ces faits dans lequels après une inhumation de 4 heures, de 7 heures, des nouveau-nés furent trouvés vivants : ils n’avaient pas la quantité d’air suffisante, la vie s’est donc eniretenue sans respiration. Des fœtus ont été extraits vivants du cadavre de la mère morte depuis plusieurs heures, la vie peut donc persister un certain temps après la cessation de l'apport de l'oxygène par le placenta. Les phénomènes de combustion sont fort peu intenses chez le fœtus que Paul Bert compare aux animaux hibernants ; pour lui la vie des enfants s’entretient avec un aliment mo:ndre, mais aussi avec une moindre dépense. Cependant lorsque le fœtus continue à vivre, lorsque malgré l’'hémorrhagie la grossesse continue son cours, il en est fâcheusement influencé. « Si peu considérable que
ni tif
opte
soit la portion décollée du placenta, dit Cazeaux, le fœtus n’en est pas moins désormais privé d’une partie de ses éléments de respiralion et de nutrition, et cette privation même parlielle peut, à la longue, nuire à son complet développement, et même le faire périr avant le terme de la grossesse. Aussi, quand il est expulsé vivant, est-il assez souvent grêle et plus faible que dans les conditions ordinaires, et celte faiblesse congénitale généralement considérée par lès auteurs comme la conséquence de l’état anémique de la mère, doit être bien plus attribuée, à mon avis, au décollement partiel du placenta. » Et dans nos deux cas de décollement du placenta où l'enfant vint vivant, il pesait dans l’un 2580 grammes, dans l'autre 2010 grammes. Il est vrai que dans ce dernier cas la grossesse n’étail qu'à son huitième mois.
Lorsque malgré le décollement du placenta la grossesse continue son cours, on s’est demandé ce que devenait cette portion décollée. Pour les uns, elle restait séparée des parois utérines, pour les autres, elle contractail de nouvelles adhérences. C’est cette dernière opinion qui est la vraie, mais la circulation ne se rétablit jamais en cet endroit, les vaisseaux ne s’anastomosent plus.