‹ De quelques causes de la mort inattendue du foetus pendant le travailChapitre 8 sur 36 · LES 4 AN · texte numérisé non relu

LES 4 AN

une cause puissante de décollement pour le placenta. Sous l'influence de la grossesse, il se produit des modifications profondes dans la muqueuse utérine; l’utérus devient plus vasculaire, il se fait une production de vaisseaux de nouvelle formation fragiles ct faciles à déchirer. « Si la contraction utérine, dit Jacquemier, est trop forte, spasmodique et locale,elle peut produire, dans quelques points un décollement qui entraîne une solution de continuité dans les vaisseaux qui se rendent de la face interne de l’utérus à la caduque utéro-placentaire ».

Dans d’autres cas, l'hémorrhagie ne se fait pas primitivement entre l'utérus et le placenta, mais dans l’épaisseur de celui-ci. Le sang s’épanche dans l'épaisseur du tissu, formant soit de vastes collections, soit de simples infiltrations. Ces foyers sanguins subissent diverses métamorphoses ; ils se présentent sous l’aspect de noyaux disséminés d’un blanc jaunâtre. Une fois formés, jouant le rôle de corps étrangers, ils exciteront les contractions utérines et seront une nouvelle cause de décollement pour le placenta.

La circulation de retour est gênée par le développement continu de l'utérus qui vient comprimer les gros troncs vasculaires ; la tension veineuse devient considérable et peut provoquer une rupture vasculaire et l’hémorrhagie. « La veine cave inférieure, dit Jacquemier éprouvant une gêne dans sa circulation, il se fait un reflux dans les artères, reflux qui se transmet aux veines utérines, avec d'autant plus de raison que, par une Structure particulière, ces veines sont dépourvues de valvulves, au moins pendant la gestation. L'hémorrhagie

ST fete serait donc toujours veineuse, les artères n’y prenant qu'une part exceptionnelle. »

Les affections organiques de l'utérus prédisposent également au décollement placentaire ; chez beaucoup de femmes qui ont eu des hémorrhagies pendant leur grossesse, on relève l’existence de pertes blanches plus ou moins abondantes. Si l’on examine alors le placenta, «en

- plusieurs endroits on ne trouve plus la moindre trace de la trame interstitielle ancienne qui est remplacée par du tissu conjonctif nouveau. Mais l’altération ne s'arrête pas là et sous l'influence d’un développement exagéré de celte production morbide, les vaisseaux utéro-placentaires subissent des modifications très variées dont le résultat constant est l’atrophie et la dégénérescence par compression, de sorte qu'en passant par un grand nombre de degrés intermédiaires, on arrive finalement à ces noyaux fibreux, durs et blanchâtres, comparables à du tissu cicatriciel ancien, incrustés dans la masse spongieuse du placenta. Il en résulte des troubles de la circulalion qui se traduisent par des thromboses et des apoplexies plus ou moins étendues » (Charpentier). x Dans deux des quatre observations rapportées par Hans Meyer on a constaté, au niveau de la couche de séparalion de la caduque, les altérations de l’endométrite déciduale. Dans aucun des cas il n’y avait d’albuminurie.

Parmi les maladies organiques nous citerons les affections du cœur, du poumon, du foie, la maladie de Basedow dont nous rapportons une observation publiée par Haberlin.

On a fait jouer à l’albuminurie un rôle de la première importance. En 1849, Blot avait signalé les rapports de l'hémorrhagie utérine avec la présence de l’albumine dans les urines. En 1879, Chantreuil rapporte l’observation d’une albuminurique qui eut deux hémorrhagies

pendant sa grossesse ; le placenta présentait de nombreux

foyers apoplecliques. En 1885, Winter cite trois observations où l'influence de la néphrite sur l’hémorrhagie ne saurait être mise en doute: en 1889, le même auteur publie un nouveau fait du même genre, avec planche à l'appui. Rouhaud, en 1887, Cagny, en 1891, publient des thèses sur les Lésions du placenta dans l’albuminurie et sur les Hémorrhagies placentaires de l’albumainurie. Enfin, en 1892, Dumarcet dans sa thèse Du décollement du placenta inséré normalement arrive à la conclusion suivante: « Parmi les causes auxquelles on a attribué la production du décollement du placenta normalement inséré, il en est deux seulement qui soient démontrées, l’une directe, l’autre indirecte, ce sont: l’albuminurie et la briéveté du cordon ombilical. »

Certes, de toutes les observations publiées sur ce sujet, il ressort qu'il y a entre l’albuminurie et l'hémorrhagie plus qu'une simple coïncidence. La présence de l’albumine dans les urines peul être à elle seule une cause suffisante d’hémorrhagie par décollement du placenta. Mais elle n’est pas la seule cause, et, si nous consultons les 43 observations que nous avons pu recueillir, nous voyons que dans deux seulement on trouvait au moment de l’accouchement un léger nuage d’albumine dans les urines,

ce nuage disparaissant d’ailleurs rapidement, une fois

eg) es

l'accouchement terminé. L’albuminurie est donc loin d’être la cause unique des décollements prématurés du placenta.

Le placenta peut se décoller sous l’action des causes prédisposantes suffisamment prolongées, mais le même accident peut encore se produire presque immédiatement sous l'influence de certaines circonstances, ce sont les causes détérminantes.

Les émolions morales vives, la frayeur, la colère, peuvent être suivies d'une hémorrhagie considérable : « Le trouble de la circulation cardiaque qui en résulte, dit Jacquemier, opposant un obstacle subit à la progression du sang dans la veine-cave et ses premières divisions, la part de tension qu’éprouvent les veines utéro-placentaires peut êlre suffisante pour produire la rupture de quelques-unes et consécutivement un décollement partiel du placenta. »

Les traumatismes surtout portés directement sur l’abdomen produisent le même accident ; mais il n’est pas rare que des contusions violentes, des chutes d’un lieu élevé ne déterminent pas la moindre hémorrhagie. Les efforts de toux, les vomissements ont été incriminés, et nous rapportons une observation dans laquelle telle paraît être la cause du décollement. Pour Cazeaux cependant il faut chez la femme une prédisposition que la cause déterminante ne fait que réveiller.

L'hydramnios, les grossesses multiples, peuvent amener de deux façons le décollement du placenta. Dans un cas l'utérus se distend rapidement, le placenta ne peut le sui-

vre dans son développement, il se décolle, D'autre part,

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