AUSTRALIE
risés par ce fait qu'ils mûrissent pendant notre hiver, viennent disputer le marché anglais à ceux des autres pays, de la France, de la Russie et du Danemark notamment. Son commerce extérieur s'élève annuellement à 2 milliards 300 millions de francs dont plus de la moitié avec la Grande-Bretagne. Son immense territoire peuplé de 4 millions d'habitants est sillonné par 23.000 kilomètres de voies ferrées. Ses côtes présentent d'excellents mouillages, x\delaïde, Melbourne et Sydney sont ses grands ports. Les productions de la Nouvelle- Zélande sont analogues à celle de sa puissante voisine et alimentent une exportation abondante. La Nouvelle-Calédonie renferme des gisements de nickel, les autres lies du coprah, des perles et de la nacre, du riz, du sucre et du café.
Les colonies britanniques de TOcéanie forment pour leur métropole une base d'opérations précieuse qui doit préoccuper les Etats qui possèdent des intérêts en Elxtrê me- Orient et risquent un jour de se mesurer avec T Angleterre. La conférence impériale qui vient de se tenir à Londres a montré le désir du Commonwealth de posséder une flotte et une armée propres organisées et entraînées d'après les méthodes anglaises. La Nouvelle-Zélande au contraire a décidé de contribuer par le paiement d'une subvention à la défense générale de l'Empire. Le fait que dans ces régions ne se trouvent pas de forts groupements indigènes susceptibles le cas échéant de se révolter en ferait, lors d'une guerre entre l'Angleterre et une nation européenne, l'une des parties les moins vulnérables de la puissance britannique qu'elles augmenteraient de la presque totalité de leurs ressources militaires.
Au point de vue social les mesures prises par ces gouvernements jeunes, audacieux et libérés de bien des préjugés sont intéressantes à plus d'un titre et mériteraient une étude spéciale. Favorisées par l'absence des barrières déclasses qui divisent en catégories si nettement tranchées les habitants du Royaume-Uni, les mœurs sont en
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Australie démocratiques et âprement égalitaires. Le goût du luxe et du bien vivre n'en sont pas moins très développés, squatters et farmers passent dans les villes une notable partie de l'année et ont un train de maison dispendieux. La population urbaine est considérable. Des malaises économiques et l'accroissement des charges publiques ont élevé le coût de la vie et provoqué des conflits fréquents entre employés et employeurs. L'immigration des travailleurs étrangers a été, sinon complètement prohibée, du moins étroitement réglementée. Un socialisme d'état hardi et novateur anime la majorité des citoyens et les gouvernants. Ceux-ci interviennent activement dans l'exploitation de certaines entreprises privées, La Nouvelle- Zélande a interdit la vente de l'alcool, donné aux femmes le droit de vote, accordé aux indigènes l'accès du Parlement. L'assistance publique y a été pratiquée en grand, des questions épineuses de législation ouvrière ont reçu des solutions originales. Mais le pays a dû emprunter beaucoup. Sa dette est à l'heure actuelle la plus lourde du monde entier (^); elle est en efïet de 1.660 francs par habitant contre 780 en France et 470 en Grande-Bretaerne. La Nouvelle-Calédonie enfin a fourni au problème de la transportation pénale une expérience longue d'un demisiècle.
Les faits sociaux qui se déroulent en Océanie constituent autant d'exemples et de précédents qu'étudient et commentent les sociologues de la vieille Europe.
(1) En 1908 elle était de 2.661 millions de francs et la population atteignait à peine 1 million. Aux États-Unis où il y a 86 millions d'habitants elle s'élevait à la même date à 6 milliards 611 millions. Économiste français, 1" janvier 1909, p. 25 et 1«^ mai 1909, p. 603.
CHLNE. — SITUATION ECONOMIQUE. 17
L'activité européenne s'est largement manifestée en Asie. L'Inde, l'Indo-Chine et les Indes néerlandaises, sous l'impulsion de l'Angleterre, de la France et de la Hollande, auxquelles elles servent de bases pour le développement en Extrême-Orient de leur commerce et de leur influence, tendent à devenir, dans une mesure inégale, des unités économiques, puissantes et complexes. La Russie a occupé toute la partie septentrionale du Continent asiatique et exerce des rives de la Baltique aux côtes du Pacifique une domination ininterrompue. Les Etats-Unis se sont installés dans les Philippines, les Allemands dans les Carolines. Le Tibet, jusqu'ici inaccessible aux explorateurs étrangers a été parcouru et étudié. La Perse a été dotée d'une Constitution.
Nous n'examinerons que les résultats de l'influence européenne en Chine.
« L'Empire du Milieu » (^) se compose de deux parties très distinctes. Un ensemble de dix-huit provinces baignées à l'Est et au Sud par FOcéan, et, au delà d'une ligne oblique de hauteurs régulières, des territoires limitrophes qui constituent comme autant de possessions extérieures, Mandchourie et Mongolie, Turkestan et Tibet. Le prolongement Ouest-Est de la chaîne du Kouen-loum sépare la Chine proprement dite — les 18 provinces — en deux groupes de régions diflérentes par la nature de leur sol, leur climat et leurs productions.
(1) Les renseignements contenus dans celte étude rapide ont été empruntés au Financial News, au Times, à la Gazette de Francfort, aux rapportsdesconsuls anglais, français et belges, à V Annuaire du commerce extérieur et aux ouvrages de MM. Leroy-Beaulieu, Bard, Vilette, Camena d'Almeida [Les grandes Puissances du Moîide).
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L'Empire chinois est encore aujourd'hui un pays essentiellement agricole. Dans le Nord, où presque partout la terre est recouverte de loss, poudre jaune très fine etextrêmement fertile, poussent diverses céréales et notamment du blé, des haricots et des pois. Dans le Sud sont cultivés l'arbuste à thn et le mûrier, la canne à sucre et le colon, des arbres à laque et à vernis. Le riz est la culture fondamentale et la base de ralimentation des Célestes. Mais sa production si étendue et perfectionnée qu'elle soit ne suffit pas aux besoins de la consommation intérieure et la Chine chaque année en achète au dehors des quantités considérables. Les cultures maraîchères et fruitières sont très développées. Le thé est récolté dans toutes les provinces méridionales et « l'infusion de ses feuilles au parfum plus délicat que les espèces de Ceylan ou de l'Inde constitue la boisson nationale du pays entier ». Le mûrier abonde dans les mêmes régions et permet l'élevage en grand des vers à soie. « La Chine fournit 27 0/0 de la soie brute annuellement produite dans le monde, soies brillantes et souples, pongées ettussahs. C'est l'étoffe nationale ». Le coton croît dans les vallées inférieures des fleuves, mais sa qualité est moyenne.
Les habitants se nourrissent en plus du riz et des légumes variés de viande de porc et de poisson, de poulets et de canards. S'ils vendent aux étrangers de la soie — 293 millions de francs en 1906, — du thé — 108 millions et du coton 47 millions la même année, ils leur achètent en fait de denrées agricoles du rizO et de l'opium.
L'influence extérieure ne s'est pas fait sentir encore dans l'évolution des méthodes culturales chinoises.
Il en est autrement dans la mise en valeur des ressources minières. Les charbonnages du Céleste Empire sont considérés comme les plus vastes et les plus riches du monde.
(1) En 1907, 12.765.189 piculs (60 kilogr. 600), contre 4.686.412 en 1906. L'importation des farines s'accroît d'année en année.
CeixNE. — SITUATION ÉCOxNOMIQUE. 19
Le minerai de fer ^i) se rencontre en maints endroits souvent à proximité des gisements carbonifères. Le cuivre, l'étain, le plomb et l'argent existent en amas plus ou moins compacts dans plusieurs provinces et le pétrole apparaît dans quelques-unes d'entre elles. Des sociétés étrangères ont construit des usines, apporté des capitaux et des machines, introduit des ingénieurs et des ouvriers spécialistes. Ceuxci ont rapidement transmis aux indigènes leur habileté techniqueetpartout aujourd'hui la main-d'œuvre est fournie sur place par les habitants des villages environnants. Les procédés perfectionnés sont imités par les entreprises similaires chinoises et peu à peu la production générale augmente. En 1906 sur un total d'environ 9 millions de tonnes de houille près de 1.200.000 avaient été extraites d'après les méthodes nouvelles. « Les mines du Kaïping dans la province du Tchili exploitées par une compagnie anglaise ont donné à elles seules un million de tonnes », elles en avaient fourni 700.000 en 1903 f( celles de Touchoum près de Moukden concédées à une compagnie japonaise se développent avec rapidité et produiront bientôt 2 millions de tonnes par an (2) ». Certes les quantités extraites la même année par les autres Puissances sont bien supérieures, 375 millions détonnes aux Etats-Unis. 255 en Angleterre, 200 en Allemagne, mais la production chinoise, déjà plus importante malgré ses récents débuts que celle de maintes Nationseuropéennes,apresque égalé en 1906celledes Indes — 9.783.000 tonnes — et n'a été que d'un tiers inférieure à celle du Japon — 12.791.000. Or ces deux pays possèdent dès à présent les éléments d'un brillant avenir industriel. L'insuffisance des moyens de communication actuels est telle d'ailleurs que les ports chinois importent du Japon et de l'Australie des stocks de charbon.
La création d'usines nouvelles à côté des industries an-
(1) Le Japon en achète à la Chine de grandes quantités chaque année.
(2) L'Économiste européen^ 12 juillet J907, p. 62.
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ciennes encore en pleine prospérité, objets en bronze ou en laque, porcelaines, étoffes de soie et broderies, éventails et tresses de pailles, ainsi que la fourniture du matériel des voies ferrées ouvriront à l'exploitation des combustibles minéraux de larges et avantageux débouchés. Déjà, la métallurgie commence à utiliser sur place les ressources du sous-sol. L'on a signalé la vente dans l'Orégon, Etat de l'Union nord-américaine en bordure du Pacifique, de fonte chinoise de bonne qualité. Une fabrique à Hankéou produirait journellement 400 tonnes de rail (i).
Les industries textiles nées d'hier sont en progrès sensibles. Ce n'est qu'en 1895, que des métiers mécaniques ont été introduits dans l'Empire du Milieu tant pour la soie que pour le coton. En 1900, il y avait 15 filatures disposant de 479.000 broches. Depuis, 29 filatures se sont construites. Actuellement donc 1.250.000 broches fonctionnent en Chine . Ce chiffre peut déjà figurer à côté de ceux de plusieurs grandes nations d'Europe, l'Allemagne 9 millions, la Russie 8, la France 6 et demi. Le coton brut importé — 6 millions de kilogrammes en 1904 et 3 en 1906 — et le coton récolté dans le pays sont transformés en filés auxquels viennent s'ajouter ceux que lui vendent chaque année, près de 60 millions de kilogrammes pendant les huit premiers mois de l'année 1908 (2), les Indes, le Japon et l'Angleterre. Ces filés, fabriqués sur place ou importés constituent la matière première que 27 filatures installées surtout autour de Sanghaï manufacturent en tissus de qualité très ordinaire, teints et apprêtés ensuite par des procédés locaux encore très rudimentaires mais chers à la routine des habitants. Ce sont les fils de coton les moins coûteux qui se vendent le mieux. Malgré l'activité de l'industrie cotonnière chinoise les importations de cotonnades, parmi lesquelles les tissus de laine et de coton mélangés semblent depuis peu de temps
(1) Economiste européen du 19 lévrier J909, p. 229.
(2) Economiste européen du 28 mai 1909, p. 702.
CHhNE. SITUATION ÉCONOxMIQUE. 21
préférés, restent considérables. C'est le plus important des achats à l'étranger qu'effectue l'Empire du Milieu, 152 millions de taéls (i) en 1906 sur un total de produits demandés au dehors de 410 millions. L'Angleterre vient en tête, puis les États-Unis qui fournissent la presque totalité des shirtings écrus — 700.000 pièces environ — et près de la moitié des drills, variété de coutil, l'Allemagne et le Japon ensuite. La Chine constitue donc pour les grands pays producteurs de cotonnades un précieux débouché.
D'une façon générale, le salarié chinois qui est sobre, habile et consciencieux touche une rémunération peu élevée. « Autrefois, écrit le sénateur Teller, cinq dollars or s'échangeaient contre cinq taels d'argent et servaient à payer les salaires journaliers de 25 travailleurs chinois, tandis que aujourd'hui, cinq dollars or s'échangent contre douze taels et permettent de payer les salaires journaliers non pas de 25, mais de 60 travailleurs chinois » (2). Convertie en monnaie française, cette rétribution eut été de 1 franc, 0,75, 0,79 et 0 fr. 41. A ce dernier chiffre, elle est par rapport au salaire moyen de l'ouvrier américain, 6 fr. 50 environ, comme 1 est à 16. Cette circonstance constitue une sorte de prime pour les usines et manufactures chinoises et encouragera, si elle persiste, les Européens, les Américains et les Japonais à hâter l'outillage économique de cet immense territoire.
Ainsi les capitaux et les initiatives des étrangers joueront-ils dans la création de nouvelles industries et de Texploitation perfectionnée des richesses du sous-sol un rôle prépondérant.
Par contre les Chinois n'avaient besoin d'aucun maître
(1) Taél, monnaie d'argent variable suivant les régions. Le laél de Shanghaï a une valeur au pair de 7 fr. 47 et un cours qui au change, a varié de 3 fr. 95 en décembre 1906, à 3 fr. 75 en août 1907 et 2 fr. 90 •en août 1909 (sur Paris).
(2) Le dollar or vaut 5 fr. 18 et se divise en 100 cents.
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dans le domaine des transactions entre individus. La variété des goûts, des besoins et des ressources de ces 350 millions d'hommes répartis sur un ensemble de régions, au sol, au climat et aux productions diversifiés a favorisé de tout temps le développement du commerce à travers le pays et des facultés mercantiles chez ses habitants. Les boutiques sont innombrables et les opérations de banque familières à de nombreuses personnes. « Certaines même figurent dans les jeux des enfants ». Mais si considérable que soit dans ce très vaste et très peuplé territoire le marché intérieur les négociants de l'Empire du Milieu s'expatrient volontiers et Ton en rencontre dans toutes les villes de l'Extrême-Orient (0. Patients et avisés, honnêtes et actifs ils se groupent en congrégations, organes de défense mutuelle et de solidarité professionnelle. Ils excellent à la fois dans la Banque, le gros et le petit commerce. Le jour où la Chine devenue une puissance industrielle voudrait exporter l'excédent de sa production, elle trouverait dans ses nationaux établis un peu partout des auxiliaires précieux. Les échanges avec les autres peuples du monde se font par des a ports ouverts ». Leur nombre actuel est de 41 et les plus importants sont Shanghai, Tien-Tsin, Hankéou, Canton, New^-Tchouang, Swatow, Tché-Fou, etc.
Essentiellement agricole encore l'Empire du Milieu n'a pas un commerce extérieur en rapport avec l'importance de sa population et Tabondance de ses richesses naturelles. Les facultés d'achat de ses habitants dépendent chaque année exclusivement de la quantité et de la qualité des récoltes. Comme tous les pays neufs il achète plus qu'il ne vend et cette circonstance contribue au fléchissement du change au-dessous du pair. En 1906 il a exporté pour 236 millions de taels — 931 millions de francs au
(1) Singapore, Saïgon, Batavia, Vladivostok possèdent des quartiers chinois très populeux.
CHINE. — SITUATION ENONOMIQUE.
cours de 3 fr. 95 (novembre 1906), — et a importé pour 410 millions^ soit au même cours 1.619 millions de francs, de produits divers (i).
Exportations
Francs.
Importations :
Soie
Thé
Coton brut
Peaux
Paille tressée ....
Gâteaux de fèves
Fi*ancs.