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JAPON. — SENTIMENT NATIONAL. — IMPÉRIALISME

Tokio disait en s'adressant aux délégués du Congrès international de l'association des jeunes gens ^) : « ... Votre présence nous fait mieux que jamais comprendre comment d'un rang relativement inférieur et sans réelle importance dans les atfaires humaines en général notre capitale s'est élevée au niveau d'une cité mondiale ». Le Tokio Asahi parlait des « vertus de résistance du peuple japonais et (de) ce fervent patriotisme (-' qui lui a permis de tout sacrifier a l'intérêt commun » et le Japan Times déclarait revenir avec insistance sur « la nécessité absolue defairenaitre chez les générations nouvelles les sentiments de la responsabilité, leur donner du caractère ... pour être civilisée etgrande une nation doit avoir un foyer d'idées auquel sa nature morale puisse se réchauffer, cette force subira une diminution si ceux à la garde desquels nos enfants sont confiés... ne montrent pas plus d'ardeur à éveiller chez leurs élèves les notions du bien et du mal, du devoir et du sacrifice, afin den faire sortir des caractères forts... ».

L'on comprend coQibien Torgueil national japonais fut froissé des mesures prises en Californie pour parquer à part dans les écoles les enfants nippons. Le peuple dans l'Empire du soleil levant semble sentir confusément qu'il lui appartient de jouir un rôle prépondérant dans la rénovation de cette extrémité de l'Asie où depuis 2.000 ans couve sous la cendre des siècles le plus beau foyer de civilisation qui eût alors illuminé l'humanité. S'il possède des intérêts dans toutes les parties du monde, sauf en Afrique, s'il cherche à participer au développement économique de l'Amérique centrale et méridionale il n'en doit pas moins concentrer son attention sur l'ensemble des régions qui

(1) La Revue des Deux-Mondes, l^^" mars 1908, p. 193. UÉvolutionde Vcducation au Japon^ par M. Vay de Vaya.

(2) Voir dans l'article précité de M. le général Négrier, p. 345, les éléments de ce sentiment national; éducation guerrière des samuraïs, mépris de la mort, habitude du suicide, intense piété filiale, aveugle attachement à la personne du souverain, dédain pour les étrangers, etc.

78 LES GRANDES PUISSANCES MONDIALES HORS d'eUROPE.

s'étendent des Indes à la Mandchourie^de Singapour à Vladivostok. C'est là qu'il puise le riz, une partie du coton^ le minerai de fer qui lui sont indispensables, là où il vend ses cotonnades et son charbon. L'évolution de la Chine l'intéresse au premier chef et il ne voudrait la laisser influencer par aucune autre politique que la sienne.

Aussi les premières étapes de l'impérialisme nippon ontelles été loccupation des approches de l'Empire du Milieu, conquête de Formose, protectorat sur la Corée, garde des chemins de fer mandchous.

L'on dit qu'après avoir établi sa domination sur la cour de Pékin le Japon s'attaquera aux possessions étrangères qui l'environnent, Indo-Chine française, Philippines américaines, Indes anglaises et hollandaises, puis engagera pour la suprématie du Pacifique un duel décisif avec la grande République yankee. Il se peut que ce rêve grandiose soit secrètement caressé par les hautes intelligences qui président aux destinées de la patrie nipponne mais sa réalisation ne semble pas devoir s'effectuer à très brève échéance. Le Japon aura besoin quelque temps encore, bien malgré lui peut-être, des capitaux, des machines, et des articles manufacturés de qualité supérieure des grandes nations étrangères, du riz et du coton de certaines de leurs colonies, de leurs marchés intérieurs pour la vente de la soie et du thé qu'il produit en abondance. Néanmoins la hâte qu'il apporte à compléter son outillage économique, les faibles réductions qu'il fait subir à son très vaste programme de 1906 semblent montrer que ses desseins cachés ne sont qu'ajournés etqu'il compte, à l'heure qu'il estimera propice, les transformer en tangibles et fécondes réalités.

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