LES ÉTATS-UNIS
Si dans révolution économique et sociale de l'Empire du soleil levant les pouvoirs publics ont exercé une influence prédominante ce sont les qualités d'énergie et d'initiative, l'esprit de progrès et le sens pratique de leurs libres citoyens qui ont fait, surtout dans la seconde moitié du XIX® siècle, la formidable puissance des Etats-Unis de l'Amérique du Nord.
Toutes les ressources abondantes et variées de cet immense territoire ont été méthodiquement mises en valeur et les bénéfices de leur exploitation ont servi sans relâche à la constitution de nouveaux moyens de production. Les résultats de cette activité intense se sont fait sentir sur les autres pays et l'expansion économique de l'Union s'est propagée sur le monde entier. Elle a été suivie de ce rayonnement immatériel qui émane de tous les peuples forts, qu'ils aient arraché à la nature de nouveaux éléments de jouissance ou qu'ils aient vaincu d'autres groupements humains. Certaines particularités internes originalisent la physionomie de la République yankee et paraissent le produit d'une civilisation, inconnue jusqu'ici, en voie d'élaboration. Des intérêts distincts, des difficultés spéciales et des dangers propres obligent cet Etat à suivre une politique générale à nombreux égards difterente de celle des grandes nations d'Europe et d'x\sie.
Le territoire des Etats-Unis se compose essentiellement d'un bloc de plaines, carré de 1.800 à 2.000 kilomètres de
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côté, traversé du Nord au Sud par le Mississipi et bordé à l'Est par la ligne des Alléghanys, à l'Ouest par une zone de plateaux insérés entre deux chaînes élevées, les Rocheuses au Levant, les sierras au Couchant. De vastes espaces s'otfrent ainsi à la culture et à l'élevage, tandis que dans le flanc des montagnes de nombreux gisements miniers appellent les industries extractives. Toutes ces richesses du sol et du sous-sol pleinement mises en œuvre aujourd'hui (*) constituent les éléments et la base de l'unité économique la plus forte qu'il y ait dans l'Univers.
L'agriculture américaine se différencie nettement par plusieurs traits de l'agriculture des pays européens.
Dès le début elle disposa de larges facilités naturelles, groupes isolés de forêts aux essences diversifiées, prairies immenses et riches en substances nutritives^ plaines ouvertes d'un défrichement aisé, climat rude mais salubre. L'étendue considérable des terres vierges (2) permit l'attribution à chaque cultivateur d'un lot important et la superficie moyenne des propriétés rurales est de 60 hectares. Les frais d'exploitation sont peu élevés. Le nombre des animaux de ferme, 21 millions de chevaux et mulets dépasse celui de toutes les nations, sauf la Russie. L'emploi des machines agricoles est très courant; les dépenses de main-d'œuvre sont en moyenne de 6 à 7 francs par hectare, celles pour achats d'engrais chimiques de 1 franc et là où elles existent les redevances d'irrigation ne sont nullement onéreuses. Le transport des produits s'effectue
(l)La plupart des renseignements reproduit^ dans ces quelques pages | sont empruntés au livre de M. Leroy-Beaulieu : Les États-Unis au xk^ \ siècle et à celui de M. Camena d'Almeida : Les grandes Puissances'^ mondiales et à divers numéros de VÉconomistc européen. [
(2) Il faut noter que les cultures et les centres d'élevage se déplacent i de plus en plus vers TOuest et s'éloignent ainsi des ports de l'Atlan-, tique. i
dans des conditions avantageuses. Le coût de la tonne kilométrique est de 2 centimes 1/2. Les grains sont chargés et déchargés par de gigantesques élévateurs; les viandes, les fruits, les légumes sont acheminés dans des wagons réfrigérants, le lait par des trains spéciaux. Enfin les agriculteurs disposent d'un marché intérieur énorme, 87 millions d'individus travailleurs et désireux de confortable. Les progrès du bien-être et le goût du luxe font augmenter dans l'alimentation des foules la proportion de pain de froment et de viande, des œufs et du beurre, et dans leurs achats de vêtements la quantité des tissus de coton. De 1880 à 1900 la consommation intérieure du blé a presque doublé et celle du coton triplé.
Au début du siècle cette céréale occupait 21 millions d'hectares, — contre 14 en 1880 — qui produisaient 240 millions d'hectolitres. « De 1893 à 1902 les exportations n'ont varié qu'entre 31 et 40 0/0 des quantités récoltées ». Le rendement à l'hectare n'est que de 12 hectolitres alors (ju'il est de 18 en France, 20 en Saxe, 28 en Angleterre et 30 en Belgique. Cette culture semble ralentir ses progrès. La récolte est passée de 522 millions de bushels en 1900 à 664 millions 1/2 en 1908 (Le bushel vaut 36 litres). Par contre le maïs recouvre des surfaces grandissantes, 25 millions d'hectares en 1880 et 38 millions en 1900. La production annuelle est montée de 757 millions d'hectolitres en 1900 à 963 millions 1/2 en 1908. La presque totalité est consommée sur place. C'est avec l'avoine, 291 millions d'hectolitres, la nourriture par excellence du bétail américain. Aussi l'élevage est-il très développé. Les Etats- Lnis possèdent 67 millions de bovidés, 62 millions de porcs et 61 millions de moutons. Ils tiennent le premier rang pour la culture du coton dont ils fournissent à eux seuls les 3/4 des quantités récoltées dans le monde entier, 10.245.000 balles en 1900 et 13.432.000 en 1908, et dont ils ont vendus en 1907, pour 1.446 millions de francs Des grains est extraite une matière grasse qui sert à couper L. J. ^ 6
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les huiles comestibles et à fabriquer des savons. Enfla c'est l'Union nord -américaine qui possède les champs de tabac les plus vastes, 440.000 hectares. En 1899, elle a expédié au dehors la moitié environ de sa récolte, soit 140.000 kilogrammes.
L'importance respective de ces diverses branches de l'activité agricole est mise en évidence par les chiffres suivants. En 1908, la valeur totale des animaux et de leurs produits a atteint tout près de 14 milliards de francs, et celle des récoltes 25 milliards, parmi lesquels le maïs à lui seul figurait pour un tiers, le blé, le foin, le coton pour le second tiers, les autres denrées pour le troisième. Afin de mesurer la place que tient dans l'économie nationale Tagriculture américaine, l'on peut signaler qu'en 1903, à 218 millions de dollars (1) près, elle a suffi aux besoins pourtant énormes de la consommation intérieure et fourni au commerce extérieur les 2/3 des exportations, soit 873 millions de dollars.
Le colossal essor des industries extractives a été dû à, l'existence dans le sous-sol de l'Union de richesses métalliques et minérales abondantes et diversifiées. « La houille (t le fer sont dans l'Est où le flot de l'immigration s'accumula, l'or et l'argent dans l'ouest où ils furent l'appât qui at!ira la population vers ces solitudes arides et inhospitalières (2) ».
L'emploi de machines puissantes et perfectionnées, l'application des dernières découvertes de la science et la concentration des capitaux permirent à la fois une production rapidement progressive et un abaissement notable du prix de revient. Tandis que la tonne de charbon vaut en moyenne sur le carreau de la mine 10 fr. 80 en France,.
(1) Le dollar vaut 5 fr. 18.
(2) Oppei, Annales de géographie, cité par Camena d'Almeida.