‹ De quelques considérations sur la "Res publica" européenneChapitre 35 sur 74 · L'EUROPE ACTUELLE · texte numérisé non relu

L'EUROPE ACTUELLE

En ce début du xx^ siècle certains problèmes se posent 1 termes identiques à l'attention de tous les gouvereurs européens. Afin de rendre aussi intenses que ossible leurs forces vives et de réaliser pleinement ;ur vocation nationale, les Etats doivent mettre en œuvre ensemble de leurs possibilités économiques, adapter aux spirations actuelles leurs anciennes institutions, et, pour lire face aux besoins imprévus qui éclatent de nombreux Ués, se procurer des ressources de plus en plus impormtes. Mais si graves que soient ces difficultés intérieures s ne sauraient y consacrer la totalité de leurs efforts. Un uissant instinct de conservation les pousse à suivre les rogrès de leurs voisins et à collaborer au maintien entre iurs forces respectives d'un certain équilibre.

Les relations intereuropéennes se sont tellement mulpliées et enchevêtrées que chaque peuple souffrirait eaucoup plus que jadis des atteintes qui viendraient à tre portées, par un tiers ou par leurs propres fautes, à Tinépendance et au crédit, aux facultés de production ou de onsommation de ses voisins.

Ainsi des intérêts communs sont nés que n'avaient pas onnus les générations précédentes. Si la personnalité de lus en plus accusée des différents États a produit entre ux des contrastes frappants et de violents antagonismes lie a souligné plusieurs analogies et provoqué d'impérieux lotifs de rapprochement.

Le sentiment national s'est partout affirmé, parfois brual, toujours susceptible et fier. La solidarité européenne loins bruyante et plus timide ne s'en est pas moins granement accrue et, tangible ou latente, elle unit, pluspeuttre qu'ils ne le supposent, les divers peuples de notre couinent.

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Territoire et population.

Par le fait seul de leur contiguïté ou de leur voisinag( les nations européennes sont los unes vis-à-vis des autrei dans une certaine dépendance mutuelle.

Les malfaiteurs se déplacent facilement et peuvent ai delà des frontières se mettre à l'abri des poursuites diri gées contre eux(l). De bonne heure les gouvernements on obvié à ce danger en signant des traités d'extradition Ceux-ci ne sont pas limités aux seuls Etats de l'Europe ils englobent la majorité des pays civilisés mais sont, pai la force des choses, d'une application plus fréquente entre territoires limitrophes. Bien que basés sur la loi de réciprocité, si importante dans les rapports des sociétés entre elles, ils ne visent pas les auteurs de crimes ou de délits politiques que le droit d'asile soustrait à leur application. Londres et Genève sont ainsi devenus le refuge de nombreux mécontents et d'ardents révolutionnaires.

La solidarité territoriale des divers peuples de l'Europe s'est plus nettement encore manifestée dans le domaine des moyens de communication. Sur le sol de chacun d'eux circulent les hommes et les idées, les marchandises et le? capitaux de ditférentes nationalités. Certains tronçons de chemins de fer ont un intérêt européen. La ligne de Paris à Berlin emprunte la vallée belge de la Sambre, celles de Berlin à Rome le tunnel autrichien du Brenner, d'Ostende de Rotterdam ou de Hambourg, en Italie celui du Saint- Gothard, de Paris à Milan le Simplon et de Londres à Brinj disi le Mont Cenis. Mais aucun réseau national ne possède à quelques exceptions près, le monopole du transit par 1 rail entre ses voisins. Les Anglais peuvent se rendre e

(1) Les difîérentes polices nationales collaborent plus activement qu jadis et s'efforcent en combinant leurs recherches de détruire des band( de voleurs internationaux ainsi que d'atteindre leurs receleurs dispers( sur le continent.

talie soit par les trains français soit par ceux de Belgiue, d'AUemag-ne et de Suisse, les Russes par Berlin ou lar Vienne et, pour aller de Paris à Constantinople, les oyageurs ont le choix entre la voie qui passe par la avière et celle qui traverse la Suisse.

Certains points Bàle, Strasbourg, Cologne, Namur, sont es nœuds de croisements fort importants par où passent e nombreux voyageurs et produits étrangers. Ce mouvelent occasionne un surtrafic que se disputent les régions asceptibles déjouer ce rôle d'intermédiaires. Chaque Etat st intéressé au fonctionnement des voies ferrées des utres nations. Aussi une convention internationale — elle du 14 octobre 1890 depuis plusieurs fois modifiée - a-t-elle été signée à ce sujet entre divers gouvernelents européens (12 sur 19) et un Bureau a-t-il reçu mision à Berne de suivre les détails de son exécution.!*).

C'est également dans la capitale helvétique que l'Union ostale universelle a son siège central qui sert de lien ntre les difféi^ents organismes postaux du monde. Mais i fréquentes et régulières que soient les relations mu- Lielles de ceux-ci, elles sont moins intenses et moins diersifiées que celles qu'entretiennent entre elles les admiistrations techniques similaires de notre continent (2). 11 n est de même des organisations télégraphiques et télé- ►honiques de chaque peuple. Londres, Paris et Berlin conentrent et dispersent tous les jours des informations de 'univers entier. Mais la bonne transmission dans toutes es parties de notre continent des communications par fil, itile aux grandes Puissances de la terre, l'est plus parti-

(1) Une conférence internationale se réunit cet automne à Paris pour xer les règles générales de la circulation des automobiles en Europe, in octobre 1908, s'était tenu dans la même capitale le premier congrès iternational de la roule et à Munich, celui des chemins de fer d'intérêt 3cal et des tramways.

(2) L'adoption récente du coupon-réponse facilitera surtout les échanges de lettres intereuropéens.

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culièrement aux Etats européens. C'est encore à Berne que l'Union télégraphique universelle a son bureau directeur.

Dans Tétat actuel de la science, les relations à travers l'espace soulèvent des problèmes nouveaux, impérieux et précis entre les nations de l'Europe, plus vagues et moins urgents entre elles et les autres parties du monde. L'échange d'ondes hertziennes entre deux postes déterminés est gêné par celles que peut émettre en même temps un troisième intermédiaire. L'Europe seule est intéressée pour le moment à la réglementation minutieuse du fonctionnement des stations de télégraphie sans fil éparses sur son territoire. Il est également vraisemblable que, pendant un certain nombre d'années encore, une législation exclusivement européenne suffirait à résoudre les difficultés juridiques que poseront les progrès de la loco?iiotion aérienne. Il a été proposé en Allemagne, et cela n'a rien que de très judicieux, de recueillir et de mettre à la disposition des aéronautes d'heure en heure, les renseignements météréologiques de tous les observatoires de notre continent.

Il y a longtemps par contre que la solidarité humaine s'est affirmée sur les océans. Ici encore, elle est générale et s'étend sur le monde entier, mais elle n'en a pas moins pour des Européens son champ d'application le plus immédiat en Europe même. Partout le long de nos cotes s'élèvent des phares et des sémaphores, des postes de pilotes et de canots de sauvetage qui profitent indistinctement à tous les vaisseaux, quel que soit le pavillon qui flotte à leur grand mât. Une convention internationale a fixé les mesures les plus propres à prévenir les collisions de navires et à porter assistance aux victimes des événements de mer. L'adoption d'un Gode de signaux universels permet aux marins des pays les plus éloignés de comprendre et de se communiquer tout renseignement utile. Les questions que traite le droit maritime sont souvent complexes. Il n'est pas rare qu'une cargaison soit transportée par un armateur d'une nationalité différente à la fois de celle de

l'expéditeur et de celle du destinataire. Le dommage qu'il subirait en cas de saisie ou d'arrestation arbitraire atteindrait les ressortissants de trois Etats différents.

La facilité et la rapidité des déplacements, l'augmentation de l'aisance des classes moyennes et la mobilité plus grande des travailleurs ont accru dans une proportion considérable le nombre des voyageurs. Il en est de plusieurs catégories. Chaque année, la Suisse reçoit un million de visiteurs et la plupart des grandes capitales de l'Europe, plusieurs centaines de mille. Les bords du Rhin, les lacs italiens, les Alpes françaises, les villes d'eau ou de jeu, certaines plages l'été et la Riviera l'hiver sont des lieux de rendez-vous pour les touristes et les oisifs, les malades et les hivernants. Les croyants s'en vont en pèlerinages recueillis s'agenouiller dans les sanctuaires renommés et devant les chefs-d'œuvre des siècles passés, les artistes retrouvent les enthousiasmes et les ferveurs de leurs glorieux aînés. Transportés dans un milieu nouveau les étudiants enrichissent leurs connaissances d'observations fécondes, tandis que de bourgades en bourgades, négociants et ouvriers en quête de clients ou de patrons offrent leurs services. Dans chaque pays des étrangers apportent des capitaux, lancent des entreprises, exercent des professions diverses : Banques ou compagnies d'assurances, usines ou magasins, exploitations rurales, cabinets de médecins (l), bureaux d'ingénieurs ou d'architectes, humbles emplois. Près de 400.000 personnes étrangères vivent en Suisse, — qui ne compte pas plus de 3.491 .000 nationaux — et 87.000 Allemands habitent en France. Tous les gouvernements européens ont donc hors de leurs frontières, dans le monde mais surtout en Europe, des ressortissants et des intérêts plus ou moins nombreux. Le sort qui leur est habituellement fait comme la répercussion que peuvent exercer sur eux des troubles accidentels ne sauraient les laisser indif-

(1) Le médecins grecs sont nombreux dans tout le Levant.

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férents. C'est en général sur la base de la réciprocité que sont réglées entre les peuples d'Europe les questions relatives aux aubains. Dans certains pays les étrangers malades sont au point de vue des secours et des soins médicaux assimilés aux nationaux (i). L'on a projeté la réunion d'une conférence internationale pour trancher certaines des plus délicates difficultés que soulève, dans chaque territoire, le séjour d'individus de toutes nationalités.

La circulation intense des hommes et des produits à travers l'Europe favoriserait grandement le cas échéant la propagation des maladies contagieuses. Les ports, qui sont en relations à la fois avec toutes les parties du monde et les centres de dispersion du continent, de même que les régions limitrophes de l'Asie sont autant de brèches par lesquelles les épidémies exotiffues, peste ou choléra, pourraient se répandre parmi les foules européennes. Leur organisation sanitaire, leurs lazarets et leurs quarantaines préservent donc d'une contamination certaine les peuples voisins. La fréquence des voyages expose dans chaque pays de nombreux étrangers aux dangers de Tinsuftisance des mesures d'hygiène générale. Aussi le fonctionnement des services destinés à protéger la santé publique dans un État profite-t-il à tous les autres.

Qu'il s'agisse de l'arrestation des malfaiteurs, de l'emploi des moyens de communications moraux et matériels terrestres, aériens ou maritimes, de la condition des étrangers et de la prophylaxie des affections transmissibles, une sortedesolidaritéterritorialeunittous les peuples de laTerre mais d'une façon plus étroite et plus rigoureuse les nations européennes.

Bien grande est cependant la diversité de leurs religions de leurs langues et leurs races.

(l) Par un accord récent les ouvriers anglais en France et les travailleurs français en Angleterre ont reçu en matière d'assurance contrt les accidents les mêmes droits que les nationaux.

Dans la totalité de Tltalie, de l'Espagne et du Portugal, laplus grande partie de F Autriche-Hongrie et de la France, en Irlande et en Pologne les habitants appartiennent à la religion catholique romaine. En Angleterre, en Ecosse et dans les pays duXordils sont pour la plupart protestants, luthériens, calvinistes, anglicans. Les Russes, les Grecs, les Serbes, les Roumains et les Bulgares sont orthodoxes mais obéissent les uns au tzar de ^loscovie, les autres au patriarche œcuménique, les derniers à leur exarque. Les Turcs, les Albanais et certains citoyens des Etats balkaniques sont musulmans. Les Arméniens suivent le rite grégorien et relèvent d'un chef spécial. Enfin une secte nouvelle, l'armée du salut, préconisele retour à la simplicité évangélique. Le Déisme et le positivisme ont fait des progrès dans toutes les classes éclairées d'Europe et servent de base aux idées de laïcité. L'esprit de tolérance religieuse est aujourd'hui général. En certains points les fidèles d'une même église se sont groupés en parti à la fois politique et confessionnel. Les velléités d'ingérence des ministres des cultes dans la vie politique des nations ont provoqué des résistances et déterminé l'anticléricalisme.

Les langues sont le reflet du génie propre des générations successives qui les ont lentement façonnées au cours des siècles. Ce sont elles qui, par leurs profondes racines dans le passé, traduisent entre les peuples les divergences de souvenirs et l'antagonisme de certaines aspirations. La plupart en Europe ont une origine commune dont elles se sont assez rapidement éloignées. Du roman se sont détachés le français, l'italien, l'espagnol, le portugais, le roumain et le grec ; du germain, l'allemand, l'anglais et le hollandais, le suédois, le norvégien et le danois; du slave, le russe, le bulgare et le serbe, le croate, le slovène, le tchèque et le polonais. Le magyar et le turc dérivent du rameau mongolique. Plusieurs alphabets (t) sont ainsi en

(l) La Russie et la Turquie ont conservé un calendrier spécial. L. J. 8

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usage en Europe, caractères latins, gothiques, russes, grecs^ arabes et vieux bulgares. Des différences linguistiques existent au sein de certains États. En Pologne, en Alsace- Lorraine, en Autriche-Hongrie et dans les Balkans des hommes sont devenus ou ont demeuré au cours du xix' siècle les sujets de peuples dont l'histoire et la littérature, la culture générale et le parler étaient différents des leurs. La diffusion de l'instruction et de la presse à bon marché a provoqué la renaissance de langues qui semblaient s'éteindre et le polonais, le tchèque, le serbe, le grec ont exprimé à la fois les souvenirs et les espoirs de nombreux individus.

Les particularités anthropologiques sont aujourd'hui en Europe extrêmement atténuées. La communauté de dialecte et de besoins, d'intérêts et de dangers, a peu à peu fondu les éléments ethniques qui vivaient côte à côte, élargi et discipliné leur action. C'est plutôt pour souligner la réaction que des milieux différents ont exercée et les tempéraments propres qui en sont résultés que Ton distingue encore des Anglo-Saxons et des Latins, des Germains et des Slaves, des Hongrois et des Turcs, des Scandinaves et des Finnois. Des anciennes haines de races ne subsiste que l'antisémitisme. Les juifs sont même aujourd'hui en Allemagne et en Russie écartés de certains emploispublics et ont parfois à souffrir de persécutions politico-religieuses. Mais d'une façon générale aux rivalitésraciques de jadis a été substituée l'opposition moderne des nationalités. Chacune de celles-ci est caractérisée par l'identité de langage et de souvenirs, de risques présents, et de rêves d'avenir des hommes qui se réclament d'elle* Parmi celles qui sont nées au siècle dernier certaines sesont constituées en Etats indépendants, la Suisse et lai Belgique, l'Allemagne et l'Italie, la Grèce, la Serbie, la| Roumanie, la Bulgarie (en octobre 1908). D'autres aspirent à une autonomie de plus en plus grande : Hongrie, Bohème, Croatie, Roumélie, Macédoine, Finlande, Irlande. Les

Polonais, les Français, les Danois et les Italiens actuellement sous une domination étrangère souhaitent leur affranchissement.

Ainsi de profondes divisions séparent sur plusieurs points les différents peuples européens.

Les grands phénomènes démographiques n'en exercent pas moins sur eux des effets identiques.

Plus de 400 millions d'individus se pressent aujourd'hui sur les JO millions de kilomètres carrés qu'occupe notre continent, et présentent une densité moyenne générale de 40 habitants par kilomètre carré. Celle-ci s'abaisse à 7 en Norvège, 20 en Russie, 37 en Espagne. Elle monte à 45 en Roumanie, 56 en Portugal, 57 en Grèce. Elle s élève dans quatre pays à 62 au Danemark, 69 en Autriche-Hongrie, 73 en France et 80 eu Suisse. Enfin dans cinq Etats les plus peuplés de l'Europe elle atteint 112 en Allemagne, 113 en Italie, 132 en Grande-Bretagne, 156 en Hollande et 227 en Belgique. Sur un même territoire elle varie de province à province et, pour n'en citer qu'un exemple, elle est de 9 dans le duché d'Argyll en Ecosse et de 900 dans le Lancashire. Les nations européennes constituent des groupements humains d'importance numérique fort inégale. La Russie renferme 106 millions d'hommes (M, l'Empire allemand 63, l'Autriche- Hongrie 47, la Grande-Bretagne 42. Viennent ensuite la France avec 39 millions, l'Italie avec 32 millions et demi, TEspagne avec 18 Puis la Belgique, la Roumanie, le Portugal et la Hollande qui comptent les deux premières 6, les seconds 5 millions d'habitants, enfin certains pays moins peuplés que plusieurs grandes capitales, la Suisse 3.400.000, la Grèce et le Danemark 2.500.000, la Norvège 2.300.000.

La population est aujourd'hui en Europe répartie en

(!) Acluellement le chilTre des habitants de la Russie d'Europe serait de 129 millions. Economiste européen du 23 juillet 1909, p. iOO.

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agglomérations bien plus considérables que jadis. Les villes, les bassins miniers, les centres industriels concentrent sur un étroit espace de nombreux individus. Les faubourgs s'unissent aux cités, des villages se créent les uns à côté des autres. Avec la banlieue qui en dépend directement, Londres atteint un chiffre d'habitants de 4 millions 700.000, Paris un peu plus et Berlin un peu moins de 3 millions, Vienne 1.700.000, Pétersbourg 1.400.000 et Constantinople 1.100.000. C'est surtout en Angleterre où se trouvent les îlots les plus populeux. Newcastle et les villes voisines groupent 400.000 personnes, Leeds et Bradford 700.000, Liverpool et Brikenhead 813.000, Birmingham 850.000 et Manchester 1.200.000. La proportion des éléments urbains est allée sans cesse en augmentant dans tous les pays européens (i). En Autriche-Hongrie elle était en 1843 de 19 0/0 du chiffre total des habitants et de 32 0/0 en 1890. En Allemagne elle est passée de 35 en 1870 à 47 0/0 en 1890. En Grande-Bretagne elle est actuellement de 70 0 0. Aussi est-ce le territoire qui possède par rapport à l'ensemble de ses occupants, la plus forte proportion de villes de plus de 100.000 âmes, 39 pour 42 millions, alors que l'Empire allemand n'en renferme que 41 pour 63 millions et la Russie 16 pour 106 millions. L'alimentation journalière de ces foules nécessite un apport intense de produits alimentaires (2). La police et l'hygiène, les transports en commun et l'éclairage, l'adduction d'eau potable et la propreté générale dans ces fourmilières

(1) Ce phénomène a produit plusieurs conséquences dont l'une a été d'aider au progrès des idées égalitaires. u L'augmentation de la population des villes a été certainement une des conditions matérielles de révolution générale de l'Europe vers la démocratie ». Seignobos, Histoire politique de l'Europe contemporaine, p. 646.

(2) En 1908, Paris a consommé 206 millions de kilogr. de viande de boucherie, 50 millions de kilogr. de poissons, 30 millions de volaille et gibier, 2i millions et demi de beurre, 743 millions d'œufs, près de 41 millions de kilogr. de fruits et légumes, 6 millions 500.000 hectolitres de vin — Economiste européen du i4 mai 1909, p. 619.

humaines se heurtent, partout où les mœurs et les habitudes sociales sont analogues, aux mêmes difficultés et comportent, à quelques détails près, d'identiques solutions.

Ce sont les ruraux qui sont venus peupler les cités et la dépopulation des campagnes est un fait général sur notre continent. Dans Tensemble le nombre des Européens s'est fortement accru pendant le xix® siècle. De 180 millions en 1800 il est passé, malgré les 100 millions d'hommes qui ont émigré durant ce laps de temps à 400 millions, en 1900. L'augmentation a été considérable dans certains Citats, de 16 millions en Grande-Bretagne en 1800 après de 42 millions aujourd'hui. Si partout, sauf en Irlande en Espagne et en Roumanie, le taux de la natalité a une tendance à décroître, celui de la mortalité s'abaisse plus rapidement encore et d'une façon générale la population européenne est en voie d'accroissement sensible. Voici quelques chiffres qui indiquent par 10.000 habitants le nombre des naissances et celui des décès survenus dans les ditïérents pays d'Europe à six années d'intervalle. Ils sont extraits ùm Journal officiel de la République française, n° du 16 juin 1908, p. 384 {Voir tableau page iiS\

De 1901 à 1905 l'excédent annuel des naissances sur les décès, qui est pour chaque État l'une de ses forces vives les plus précieuses, a été par 10.000 habitants de 18 en France, 106 en Italie, 113 en Autriche, 121 en Angleterre, 149 en Allemagne, 155 en Hollande, etc.

Chaque année un nombre d'Européens, qui varie de 600.000 à 1.500.000, vont s'installer dans les autres parties du monde et surtout en Amérique.

En Grande-Bretagne le chiffre des émigrants est en moyenne de 250.000. Beaucoup emportent im petit pécule et la ferme intention de s'enrichir. En Allemagne il est de 30.000 après avoir atteint 150.000 dans les dix années qui suivirent 1880 : de 512.000 en Italie en 1906 alors qu'il n'était que de 188.000 en 1891, de plus de 150.000 en Espagne, de plus de 180.000 en Autriche-Hongrie.

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Russie

AISSANCES

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