X AVANT-PROPOS
taire et agissante la solidarité verbale et balbutiante que la nature des choses impose aux foules européennes?
Alors même qu'un pareil problème ne comporte aucune solution immédiate, il n'est pas inutile de le poser et de le discuter. Son étude projette une lueur sur les particularités de l'évolution de l'Europe, sur la part qui revient, dans sa civilisation progressive, à ses diverses unités composantes et sur les désirs collectifs que ses habitants caressent plus ou moins consciemment. Elle tend à créer, au-dessus de chaque patriotisme qui demeure fortifié et asirandi, une mentalité et une culture européennes, une atmosphère de cordialité et d'estime réciproques dans laquelle s'évanouiront peut-être les empêchements et les obstacles actuels. Délimiter nettement ce qui sépare les nations, c'est pénétrer dans l'intimité de leurs sourdes rancœurs et le secret de leurs plus vives appréhensions, c'est mettre en lumière tout ce qui, en dehors de leurs dissentiments profonds mais peu nombreux, les rapproche et les unit.
Que les jeunes Européens cherchent à se connaître davanta2;e et à se mieux comprendre;, qu'ils pensent à ce que leurs communes bonnes volontés pourraient faire de l'Europe de demain, et le bloc des difficultés présentes, ébranlé par le choc de leurs idées, se fendillera sous Taction de leur mutuelle et féconde sympathie.
Léon-Ernest JACQUES.
Paris, janvier 1910.