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assez vive au niveau de Pextrémité inférieure de la malléole interne, enfin, à trois travers de doigt au-dessous de l'extrémité supérieure du péroné, une fracture nettement accusée, avec un peu de déplacement du fragment inférieur en dedans. Il me fut impossible d'apprendre, aussi bien du malade que de ses amis, dans quelles conditions s’était produit l’accident. V avait-il eu diastasis tibio-tarsien, et fracture indirecte du péroné ou bien fracture directe? Je ne pus le déterminer de suite. Toutefois le peu d'intensité ultérieure des accidents du côté de l’articulation tibio-tarsienne, la minime lésion de l’extrémité inférieure du tibia me firent penser qu’il s'agissait d’une fracture par action directe. Ilne pouvait être question de la variété observée par MM. S. Duplay et Maurice Perrin. D'ailleurs il n’y avait pas le moindre écartement entre les fragments dans le sens de la longueur de l'os.
Dans le but d’immobiliser la jambe et de la maintenir, je mis une bande autour des membres en la serrant à peine et je disposai celui-ci dans une sorte de gouttière faite avec un oreiller. Le blessé fort agité prit un peu d’opium.
Le lendemain j’appris que la nuit avait été très mauvaise; M. D... avait énormément souffert de son membre, surtout au niveau des orteils et du cou-de-pied ; Il existait d’ailleurs un gonflement considérable de ces parties. J’enlevai immédiatement la bande roulée, mise six heures auparavant, ce qui diminua un peu la douleur, mais non l’œdème du cou-de-pied et des orteils.
À cause de ces accidents, je n’appliquai pas de gouttière plâtrée, comme j’en avais l'intention, et je mis le membre dans un appareil de Scultet qui fut surveillé attentivement par M. le D' Bertin du Château.
Dès les premiers jours. nous constatâämes une insensibilité absolue de téguments du dos du pied et des orteils dans tout le territoire du musculo cutané, avec fourmillements assez vifs
sur les limites de l’anesthésie. L’œdème du cou-de-pied persiste; les mouvements de l’articulation tibio-tarsienne sont libres et à peine douloureux, et la douleur à la pointe de la malléole interne diminue rapidemeut. La fracture est à peine douloureuse, mais à son niveau apparaît un épanchement sanguin s'étendant en arrière dans les parties profondes du mollet, et en dehors dans la gaine des péroniers latéraux.
Contractures douloureuses des muscles de la! région antéroexterne de la jambe, et le malade névropathe dort peu, malgré l’usages des narcotiques.
Au bout de huit jours, vives douleurs, comme des brûlures, sur les régions anesthésiées, mais surtout à la face inférieure des orteils, surtout du gros orteil. Elles apparaissent par crises, suivies d’un instant de rémission, pour revenir plus vives.
L'application de compresses froides soulage un peu le malade, et on en maintient sur les parties hypéresthésiées. Le moindre attouchement réveille ces douleurs, et le blessé compare le contact de la main à celui d’un fer rouge.
Injections de morphine, qui donnent un peu de tranquillité au malade; d’ailleurs elles sont faites dans la région insensible aux piqûres.
En somme, anesthésie sur le territoire du musculo-cutané, hypéresthésie sur les terminaisons des nerfs voisins, en particulier du sciatique poplité interne. Mais il existe des douleurs lancinantes, comme produites par une brûlure, un vésicatoire sur les régions anesthésiées.
Cet état pénible se prolonge pendant plus d’un mois. Enfin l’œdème du cou-de-pied finit par diminuer, et les crises douloureuses vont s’amendant et s’éloignant l’une et l'autre.
Appareil de Scultet enlevé au bout d’un mois, et le membre malade est laissé libre dans le Lit. La fracture est bien consolidée: on électrise les muscles antéro-externes qui répondent à
peine à l'excitation électrique; mouvements méthodiques
l'articulation du cou-de-pied un peu raïdie, par suite de l'impossibilité de maintenir le pied en bonne position à cause des douleurs et de l’inondation d’eau fraîche. Un peu de contracture des muscles postérieurs, tendance à l’équinisme.
Sous l’influence du massage et de l’électricité, les mouvements revinrent assez bien, pour que le malade püût se lever vers la fin de mars ; mais il avait encore des crises douloureuses, la nuit, et de l’œdème des téguments. Toutefois la zone anesthésiée va se rétrécissant peu à peu d’une façon concentrique. Mais aussi apparaissent des troubles trophiques cutanés surtout au dos du pied : desquamation épidermique, aspect lisse, luisant de la peau , induration du tissu cellulaire sous-cutané; formation de petits abcès par les piqûres de morphine, dont le malade abuse. Pas de différence dans la pousse des ongles des orteils.
A l’électrisation on substitue des douches sulfureuses, les bains sulfureux, avec le massage; la marche devient plus facile, larticulation tibio-tarsienne plus souple, mais il y a toujours des crises douloureuses nécessitant l’emploi de la morphine.
M. D... part en mai pour la campagne, et je ne le revis plus que vers la fin de l’année. À ce moment la marche est facile, mais il y a toujours œdème dur du cou-de-pied, troubles trophiques cutanés à ce niveau et anesthésie limitée à ce point. |
M. D... abuse des injections hypodermiques; mais il nous assure que s’il ne le fait pas il est réveillé par des crises douloureuses comme celles d'autrefois.
En résumé : fracture problablement par choc direct de la partie supérieure du péroné, contustion du nerfmusculo-cutané d’où les douleurs violentes immédiates et l’anesthésie du dos du pied. Puis accidents secondaires, analogues à ceux que W. Mitchell a décrit sous le nom de causalgie, calmés par
Me por
l'eau froide et les injections de morphine, apparaissant ici par ‘crises.
La fracture, le diastasis articulaire occupèrent assez peu le blessé et le chirurgien; tous les phénomènes morbides furent des douleurs, et c’est contre elles qu’on utilisa les moyens aneshésiques ordinaires. Ce n’est qu’à partir d’une certaine époque, d'ailleurs assez rapprochée de l'accident, qu’il se développa de la névrite du nerf lésé, d’où les phénomènes singuliers décrits ci-dessus, d’où aussi les troubles trophiques qui persistent encore aujourd’hui après plus d’une année.