‹ De quelques considérations sur les fractures de l'extrémité supérieure du péroné: Par arrachement et par choc directChapitre 21 sur 28 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Communiquée par M. le Docteur Hergott, à la Société Médicale du Haut-Rhin (Séance du 10 avril 1854)

FRACTURE PAR ARRACHEMENT DE LA TÊTE DU PÉRONÉ. LÉSION ET PARÉSIE DU NERF. GUÉRISON.

Joséphine Muss, servante, âgée de 55 ans, fit une chute il y a quatre ans et se fractura les deux os de la jambe droite, à la partie inférieure du membre; cette fracture fut consolidée au bout de 45 jours et au bout de 3 mois la malade put reprendre ses occupations. La santé a toujours été bonne, pas de syphilis.

Le 21 janvier 1854, se trouvant dans un corridor non éclairé, elle prit la porte de la cave pour une autre porte, et elle avança le pied droit pour faire un pas dans l'appartement qu’elle croyait non éclairé ; en voulant poser le pied droit sur le sol, elle sentit le vide sous elle ; étendit ses bras pour se soutenir au chambranle de la porte, se jeta instinctivement en arrière pour prévenir la chute et alors sentit distinctement un craquement dans la jambe gauche sur laquelle portait le corps ; elle tomba ‘et roula en bas de l'escalier. C’est là que je trouvai ma malade

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assise par terre et dans l'impossibilité de se poser sur sa jambe gauche.

Aucune excoriation, aucune ecchymose n'existait à la surface du membre. Jefis transporter la malade à l'hôpital civil, et là je pus examiner de nouveau le membre à l’aise.

La malade n’accusait de douleur qu’à la partie supéro-externe : la douleur était très-vive mais très circonscrite; le genou n’était pas déformé. Mais vis-à-vis la tête du péroné où la malade accusait la douleur, il y avait une légère tuméfaction.

En examinant attentivement cette région, j y trouvai une crépitation manifeste que la malade sentit aussi bien que moi. Pour percevoir le mieux la crépitation, il fallait poser les deux pouces des deux mains àla partie interne du genou et presser légèrement avec les doigts sur la région externe, sur la tête du péroné. La crépitation était ainsi très facile à percevoir, et je l’ai fait sentir à plusieurs de mes confrères auxquels j’ai montré cette malade jusqu’au douzième jour de la fracture.

Les mouvements d’extension et de flexion du genou étaient faciles à imprimer, maïs la malade ne pouvair les exécuter seule, à cause de la douleur qu’elle en éprouvait.

La fracture de la tête du péroné n'a pas été un instant douteuse pour moi, ni pour les confrères auxquels j'ai fait voir cette malade ; elle avaiteu lieu par une violente contraction du biceps crural dont l'extrémité inférieure embrasse la tête du péroné, et cette contraction ayant eu lieu, la jambe étant déjà un peu féchie sur la cuisse, l’action principale du muscle biceps s’exerça perpendiculairement à la direction du péroné, dont la partie rétrécie qui se trouve au-dessous du renflement opposa moins de résistance que les ligaments qui le fixent au tibia. Ces ligaments renforcés par l’expansion aponévrotique du biceps qui se rend au tibia, se trouvèrent par la direction de leurs fibres, dans une situation plus favorable à la résistance que le péroné qui n’est nulle part plus faible que dans la portion retrécie où:il s’est rompu.

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En pressant avec les doigts sur la partie supérieure du péroné pour sentir la crépitation, on sentait les deux fragments se mouvoir légèrement et se rapprocher du tibia qui, en raison de sa concavité externe, se trouve assez éloigné du péroné pour avoir pu permettre un mouvement sensible; aussitôt qu'on abandonnait la pression, l'os reprenait sa position normale.

En mettant le membre en demi-flexion la douleur cessa en grande partie.

Nous plaçimes la jambe sur des coussins assez élevés, nous assurant bien que le talon ne portait pas; la partie supérieure de la jambe fut couverte de compresses résolutives, et ce fut là tout le traitement. Il ne resta aucune tuméfaction bien appréciable, mais la région fut pendant longtemps douloureuse, et la marche était encore pénible deux mois et demi après l’accident. Le voisinage du nerf péronier et l’importance du muscle biceps dans la station et la marche rendent compte de cette douleur et

de cette difficulté.

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