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ET DU THÈME CONSONANT1QUE EST ÉTYMOLOGIQUE

Les abstraits en -tàs } -tàtis présentent à la fois la flexion en -/- et la flexion consonantique ; la preuve la meilleure est la coexistence de génitifs pluriels tels que ciuitâtium et ciuitàtum, v. Neue-Wagener, I, p. 4o8 et suiv. ; il y a aussi des accusatifs pluriels en -tàtïs, ib., p. 388, et des ablatifs singuliers en -tâti, ib., p. 365 et suiv. Or, le védique présente le suffixe sous les deux formes -tàt- et -tâti-, par exemple, dans le Rgveda, sarvâtât- (cf. zd haurvatât-, gr. cXciâ-c-) et sârvatàti-, devâtât- et devàtàti-. L'existence concurrente des deux génitifs pluriels cïuitàtum et ciuitâtium et des formes pareilles est la trace en latin d'un doublet indo-européen et confirme le témoignage védique. On peut faire la même remarque pour les formes de nox } ainsi que M. Brugmann le note déjà (Grundr., II 1 , p. 292) [et cf. maintenant Grundr., II, 1, p. 171 et suiv., ^22 et suiv.].

Le neutre mare donne lieu à une observation analogue. Le nominatif mare est celui d'un thème neutre en -/-; mais le génitif pluriel marum, attesté une fois chez Naevius, est celui d'un thème consonantique ; comme les cas obliques du pluriel de mare sont à peu près inusités en latin, on pourrait suspecter la valeur de ce génitif isolé marum, bien que son isolement même, son caractère anomal et son antiquité soient propres à écarter les doutes ; mais l'ablatif mare, qui est la forme classique et courante, serait à peu près le seul ablatif en -e d'un thème neutre en -/-, car l'ablatif rète, qui serait l'autre exemple si on le rapproche du nominatif rête, a à côté de lui un pluriel rètès, et Vairon a écrit à l'ablatif rete cannabina. Il y a donc un thème mar- de l'ablatif sg. mare et du

génitif plur. marum, à côté du thème mari- de nom. ace. sing. mare, nom. ace. plur. maria. Et en effet il faut un thème à suffixe zéro *mor- *m°r- pour expliquer le contraste vocalique entre le degré o attesté par le thème en -t- v. irl., muir gén. moro (cf. gall. mor, gaul. Arê-morica, Ar-moricd) et le degré zéro '(*/w r-) du thème en -j- lat. mare ; le latin est seul à avoir conservé le vocalisme *m°r- et le thème à suffixe zéro ; lat. mari- résulte sans doute d'une contamination entre (*mor-) *m°r- et le thème mort- d'irl. muir, v. h. a. mari, go t. mari-saiws ; les autres langues qui présentent ce mot ont des dérivés de la forme *mor- du thème : got. marei, lit. màrês, v. si. mor je. On a aussi *sal- (gr. à'Xç, &\àç, lat. sàl, salis, ombr. ace. sing. salu, dérivé v. si. slanii) à côté de*sali- (lat. sale; arm, al, instr. aliw; lette sais; v. si. solï féminin).

Le participe présent a une situation à part. Au masculin, c'était un thème en -nt- ; au féminin, un dérivé en -ï-, -yâde ce thème ; le latin pouvait conserver le thème en -nt- ; quant au féminin, il le faisait passer aux thèmes en -ï-, d'où un nominatif *ferentis, qui venait phonétiquement se confondre avec ferens, un accusatif singulier qui se confondait avec ferentem, et de même pour les formes communes : ferentis, ferentï (dat. sg.), ferentis, ferentibus. Une distinction ne pouvait se maintenir qu'à l'ablatif singvXier ferente et ferentl(d), à l'accusatif pluriel ferentès et ferentis, au génitif pluriel ferentum et ferentium. Ces doublets ont subsisté, mais sans garder une valeur distincte de genre masculin ou féminin, valeur qu'un nombre aussi restreint de formes n'était guère propre à conserver. La répartition a été faite suivant les principes généraux de la morphologie latine ; on a eu à l'ablatif -e dans l'emploi comme substantif, par ex. parente, et -i(d) estdevenu dominant dans l'emploi comme adjectif; dans l'emploi proprement participial du type me absente, eo régnante, etc., on recourt à la forme consonantique -e. Au génitif pluriel, dans l'emploi adjectival, -ium est ordinaire ; il a subsisté des traces de -um, et les poètes dactyliques s'en sont servis pour utiliser le génitif pluriel des participes dont les formes du type fer en-

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tium n'entraient dans leurs vers qu'au prix d'une élision ; -um est de règle dans les substantifs, par ex. parentum. L'ablatif en -t(d) et le génitif pluriel en -ium ont entraîné au nominatifaccusatif pluriel neutre l'emploi de -ia, qui est constant (à l'unique exception d'un exemple de silentd) ; ceci tient à ce que le nominatif-accusatif pluriel neutre n'est guère employé qu'avec valeur d'adjectif. — D'une manière indirecte, la flexion latine atteste l'existence antérieure d'une distinction du masculin et du féminin au participe présent, distinction rendue certaine par l'accord des autres langues : indo-iranien, grec, slave, baltique et germanique. — La perte de celte distinction a été facilitée par le fait que le comparatif en *-yosdont la flexion est presque partout parallèle à celle des participes actifs ne distingue pas les deux genres en latin pas plus qu'en irlandais ou en grec.

Les principes du rapprochement des thèmes en.-/- et des autres thèmes consonan tiques une fois^ posés, la confusion totale qui s'est produite au génitif singulier en -is, au nominatif pluriel en -es, au datif-ablatif plur. en -ibus s'explique sans peine. La désinence en *-es du nominatif pluriel était identique à celle des désinences du génitif singulier qui a été généralisée en latin ; et comme les alternances vocaliques et lés variations de place du ton par lesquelles les deux cas se distinguaient en indo-européen avaient été éliminées (le latin ne gardant trace d'alternances vocaliques dans la déclinaison qu'entre le nominatif singulier, d'une part, et tous les autres cas, de l'autre), il y a eu répartition de *-eyes > -es du nominatif pluriel des thèmes en -/-, et de *-es > -is du génitif singulier et du nominatif pluriel des thèmes consonantiques, l'un étant affecté au nominatif pluriel, l'autre au génitif singulier des deux types. — Au datif-ablatif pluriel, la forme en -ibus avait l'avantage de commencer par une voyelle comme toutes les désinences de la 3 e déclinaison autres que celle du nominatif singulier et, par suite, d'éviter des complications phonétiques; le slave a généralisé de même -%m\ } -\mi 3 -ïmù } -ïma.

L'arménien a aussi ot-i-wkh « par les pieds, avec un / dont l'origine est obscure ; mais d'autres thèmes ont -a- dans les mêmes conditions : jef-a-wkh « par les mains » , osker-a-wkh « par les os » ; sans rien enseigner sur l'origine de i > le fait arménien fait apparaître la nécessité d'une voyelle de liaison dans le cas de ce genre.

Les thèmes en -i- sont ainsi venus se fondre dans la flexion consonantique latine en lui fournissant un certain nombre de formes, à peu près comme les thèmes en -«- se sont fondus avec les thèmes en -o- dans les langues slaves modernes. Commencé avant les premiers textes, le procès s'est poursuivi à l'époque historique. Il a eu pour conséquence un état troublé de la 3 e déclinaison.

Remarques sur quelques adjectifs thèmes en -i-.

En appliquant le principe suivant lequel on reconnaît en latin les thèmes en -i- à ce qu'ils ont le nominatif-accusatif pluriel neutre en -ta, le génitif pluriel en -ium et, au moins à l'état de traces, l'accusatif pluriel en -is à l'époque républicaine, on est amené à considérer comme thèmes en -i- les adjectifs composés suivants:

praecox : praecocia, praecocium ; le nominatif singulier praecoquis est conservé dans un passage du poète Novius.

duplex : duplicia, duplicium, ace. pi. duplicïs, par ex. Plaute, Ps. 58o et cf. Neue-Wagener, H, 119 et suiv. ; de même triplex , etc.

concors : concordia, concordium ; le nominatif singulier concordis se lit chez Caecilius, et Priscien atteste l'existence du neutre concorde. De même : discors, uêcors, misericors, sôcors.

anceps: ancipiiia, ace. plur. ancipitis (v. Neue-Wagener, H, p. 120); de même praeceps .

atrôx : atrôcia, atrôcium ; ferôx : ferôcia, ferôcium, ace. plur. ferôcïs (composés d'après L. Duvau; cf. Walde, Et. ivôrt.).

Ces adjectifs n'ont pas simplement le thème consonantique du second terme pour finale, comme par exemple inops (gén. plur. inopum) ; ils comportent un suffixe secondaire -i- et appartiennent au même type que lat. imberbis, etc. (cf. Brugmann, I. F., XVIII, p. 66, n., où sont énumérées des formes pareilles de diverses langues). L7 s'est perdu dans *atrôc(i)s, concordis, etc., où rien ne le protégeait, et s'est maintenu dans imberbis, hiiugis, exsomnis, etc., par conservation du nombre de syllabes des simples barba, iugum, somnus, etc.

Sont aussi thèmes en -/- les adjectifs en -âx, comme audâx (audâcia, audâcium et traces d'ace, plur. audàcîs), et fèlix (fèlîcia, fèlîcium et traces d'ace, plur. fèlicis). Ces adjectifs ne sont donc pas pareils à gr. vsa;, vÉâxo; et çcTvi;, çsivîsw;, et l'on ne peut se servir du type latin en -âx pour établir l'existence de formations d'adjectifs caractérisées seulement par -h- en indo-européen.

Les ablatifs de thèmes en -/"- praecoci, duplici, concordl, ancipitî, atvôci, audâci, fèlïci sont anciens. Et, comme les nominatifs correspondants n'ont pas conservé -i- et que ces exemples représentent des types assez importants, on aperçoit ici le point de départ de la généralisation de l'ablatif en -i(d) dans les adjectifs ; les participes présents et, éventuellement, les autres adjectifs où des formations de féminin en -is sont venues se confondre avec le masculin correspondant ont contribué à l'extension de -i(d) dans les ablatifs d'adjectifs. — Il va sans dire que les nominatifs pluriels neutres en -ta des substantifs pris adjectivement, comme arma uictricia, sont analogiques du type fêlïcia, audàcia, etc.

La répartition ancienne de -i(d) et de -e n'existe plus à aucun degré dans l'adjectif. Elle était profondément troublée dans ceux des substantifs qui n'ont pas gardé -i- au nominatif, comme mens et mors. Au singulier, on peut donc dire que toute distinction des thèmes en -f- et des thèmes consonantiques est perdue ; et une flexion de tous points consonantique, comme celle de abl, cane, gén. plur. canum, a pu

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recevoir un nominatif en -is, canis ; de même iuuenis (v. K. Brugmann, sur senex, iuuenis, Arch. /. lat. lexicogr., XV, i etsuiv.). C'est seulement à certaines formes du pluriel que, tant adjectifs que substantifs, les thèmes en -/- et les thèmes consonan tiques sont demeurés distincts. Ce résultat a été obtenu par une suite de transformations propres au latin, et qui le caractérisent ; car l'osco-ombrien a peu mêlé les deux séries, et l'irlandais moins encore.

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