LÉSIONS DU TRACTUS UVÉAL
Si nous en croyons Schirmer (Klin. Monatsb., f. p. Augen, 1887), Leber, le premier, aurait signalé en 1885 la coïncidence de l’irido-choroïdite et du diabète.
Cependant, bien avant lui, en France et en Amérique, le diabète avait été signalé parmi les causes de l'iritis et de lirido-choroïdite.
Marchal (de Calvi), en 1863, cite le cas d’une femme diabétique atteinte d'irido-choroïdite.
En 1868, Noyes, à l'American ophtalmological Society, rapporte le cas d’une femme diabétique atteinte de rétinite hémorragique qui s'était montrée à la suite d’une iritis double.
Wickersheimer, en 1874, rapporte quelques cas d’iridochoroïdite diabétique.
Galezowski, en 1879 et 1883, Abadie, Ulman, en 1881, rapportent des cas d’iritis diabétique.
Leber, en 1886, publie neuf observations détaillées recueillies à la clinique de Güttingen.
1° Irrris. — L'iritis n’est pas une complication du diabète aussi rare qu'on l'avait admis.
Sur 35 diabétiques atteints d’affections oculaires, Leber a observé 9 cas d’iritis, dont ? d’iritis purulente.
L'iritis diabétique débute brusquement au milieu de phénomènes inflammatoires violents; quelquefois, ainsi que l'a démontré Abadie, elle se complique de poussée glaucoma-
SR teuse. Elle affecte la forme plastique ou la forme purulente :
Dans la forme plastique, la fausse membrane à une tendance à recouvrir la pupille, mais elle se résorbe facilement sous l'influence du traitement (Leber).
La forme purulente paraîtrait avoir des allures moins rapides que la forme plastique; mais elle entraine un pronostic plus grave : l'hypopion est généralement abondant, la cornée s'infiltre et souvent l'œil est perdu (2 fois sur 3 cas recueillis par Badal). La fréquence des inflammations iriennes dans le diabète peut être expliquée par les modifications que cette maladie apporte dans la contexture de l'iris.
Kamocki a eu l’occasion d'examiner quatre yeux énuciéés chez des diabétiques, aussi vite que possible après la mort, à des intervalles variant d’une demi-heure à neuf heures. Ce qui le frappa, ce furent les modifications qu'il observa dans l'iris. La couche pigmentée postérieure était tuméfiée et distendue, atteignant une épaisseur de 0"",7 et même 0"",33. En même temps, les cellules étaient décolorées, et comme les noyaux et les granules de pigment étaient repoussés vers la périphérie, elles semblaient vides et formaient des réseaux qui rappelaient les coupes faites dans de la moelle de sureau. Sur plusieurs points, cette couche de cellules était soulevée et séparée de l'iris, formant ainsi de véritables kystes. Les autres membranes de l’œil étaient intactes.
Au cours du diabète, Piris parait donc être la première membrane oculaire atteinte dans sa contexture.
Observation XX [ritis diabétique (Moore, N.-Y. med. Journ., 31 mars 1888)
Un homme, âgé de trente-cinq ans, se plaint depuis deux ans d’un amaigrissement considérable. Le 1°° mars 1885, il
AS 600 rend sept pintes d’urine avec 11 grains de sucre par once. Il se plaint de troubles dans la vision: depuis deux semaines dans l'œil droit, depuis six semaines dans l'œil gauche.
VOD = 1/2; VOG—2/3. OD: l'iris est enflammé, quelques points d’adhérences irido-capulaires, trouble de la chambre antérieure, léger hypopion, douleurs périorbitaires. OG : pupille transparente, iris paresseux. A l’ophtalmoscope, les milieux apparaissent transparents.
Quatre jours après, hypopion considérable dans chaque œil - avec tous les signes de liritis. La cornée de l’œil droit est dépolie dans sa moitié externe. On prescrit un régime approprié et le traitement habituel de liritis. L’inflammation dura six semaines et des synéchies persistèrent plus nombreuses dans Pœil droit.
Le trouble de la cornée ne disparut pas complètement.
Observation XXI lritis diabétique (Ulman)
M. S..., prêtre, soixante-neuf ans, très vigoureux encore, diabétique depuis une dizaine d'années. Il se plaint depuis quelques jours d’une iritis très intense : photophobie intense, cercle d'injection périkératique très prononcé, l'iris est terne, la pupille rétrécie est insensible à la lumière, large hypopion, cornée intacte, vue trouble, violentes douleurs périorbitaires. Le malade refusa tout traitement : nous l’observâmes pendant quelques jours, l’iritis restait stationnaire. Quatre jours après, le malade fut emporté par une fièvre urémique.
2 IRIDO-CHOROÏDITE SIMPLE. — Elle débute généralement par des phénomènes inflammatoires violents, le cercle péri-
ON kératique est très développé, la conjonctive bulbaire œdématiée, formant un bourrelet épais autour de la cornée ; la pupille est petite, immobile, et rapidement il se forme des adhérences irido-capsulaires.Quelquefois l'affection débute par des hémorragies choroïdiennes, que l’on aperçoit à l’ophtalmoscope, sous la forme de plaques d’un blanc jaunâtre. On observe aussi des hémorragies du corps vitré, avec perte de la vue, comme dans le claucome hémorragique. Ce dernier symptôme indiquerait, d’après Leber, qu’il y a albuminerie en même temps que vlycosurie.
Le pronostic n’est pas nécessairement funeste, si l’état général est encore bon, et la guérison peut se produire, laissant une acuité plus ou moins faible, comme dans l'observation
de Wickersheimer. *
Observation XXII
Diabète. — Cataracte. — lrido-choroïdite (Abadie) 12 mars 1879. — Une malade, de vingt-huit ans, vint me
consulter pour troubles de la vue. En l’examinant, je m'aperçus que j'avais à faire à une cataracte commençante,et,en raison deson jeune âge, qu'il s’agissait d’une cataracte diabétique. Je l’interrogeai et elle m'a répondu affirmativement. Son médecin avait constaté depuis longtemps le sucre dans les urines, et il la soignait comme diabétique. Je lui conseillai de suivre le régime ordonné par son médecin et de venir me voir tous les quinze jours, pour suivre les progrès de sa cataracte. La cataracte faisait des progrès et je pensais à faire l'opération, lorsque je m'aperçus que l’état de la malade s'agoravait. Malgré le régime, sés urines renfermaient des quantités énormes de sucre, la malade s’émaciait, elle était
NA PTE sans force, la langue sèche, lhaleine fétide, les dents déchaussées et ébranlées.
Sur ces entrefaites, elle vint me trouver, se plaignant d’une inflammation violente qui avait éclaté dans l'œil droit.
Douleurs très vives; le globe oculaire est très injecté, l'iris décoloré, et des synéchies étaient formées sur tout le pourtour pupillaire ; la tension intra-oculaire était augmentée, et il était certain qu'une irido-choroïdite à forme glaucomateuse s était déclarée ; quelques jours plus tard, l'œil gauche était pris, mais avec moins de violence. Je me contentai de rester sur le régime ordonné; frictions belladonées autour de l'orbite. Ïl y à eu un peu d’accalmie, mais trois semaines plus tard, les phénomènes inflammatoires réapparaissaient avec la même violence.
L'état général s’aggravait, et la malade semblait devoir succomber aux progrès de la maladie. [Il est probable qu’elle a fini de la sorte, car elle n’est pas revenue.
Cbservation XXIII .
Irido-choroïdite glycosurique (Wickersheimer)
D..., soldat, 1° régiment de zouaves, trente-sept ans.
Entre au Val-de-Grâce, en juillet 1873.
903 grammes de sucre par litre et 4 litres d'urines; 94 grammes d’urée et pas d’albumine.
Après un mois de traitement, 152 grammes de sucre.
Dans les premiers jours de décembre, son œil devient rouge : photophobie, chémosis volumineux autour de la cornée, en même temps douleurs névralgiques très intenses dans toute la région orbitaire : diminution considérable de la vision.
AE
Actuellement (?), le cercle périkératique à diminué : atrésie pupillaire, corps flottants volumineux dans le vitré. VOG — 1/40.
3% IRIDO-CHOROÏDITE SUPPURÉE. — Nous en avons observé et recueilli un cas.
Le malade, diabétique depuis quatre ans, entra à l'hôpital pour soigner son état général, et, quelques jours après sa sortie, débutèrent les premiers symptômes de lirido-choroidite: nous n’assistämes pas à cette première période; mais, d’après le récit du malade, l'œil devint rouge, les paupières s’œdématièrent et, surtout, se montrèrent des douleurs violentes péri et intra-oculaires.
La cornée se nécrosa rapidement, et, avec la sortie des masses purulentes, cessèrent les douleurs céphaliques.
L’affection parait avoir une marche rapide, puisque dans quatre jours les phénomènes inflammatoires arrivèrent à leur
maximum d’acuité.
Observation XIV (Personnelle)
Diabète ancien. — Irido-choroïdite suppurée