‹ De quelques ouvriers-poètesChapitre 27 sur 28 · LAURENT COSTER · texte numérisé non relu

LAURENT COSTER

Au poète Raphocl Cha'ignau.

Qu;)! é.noi dans Harlem ! l'édilité remplace

Le vieux Laurent Coster qui parait la grand'place,

Et le socle imposteur, honni de tout syndic.

Va recevoir Franz Hais, qu'admirait tant Van Dick.

Ju^jez du temps qu'il faut — nous sommes en Holhinde.

Pour réduire h. néant une absurde légende.

Ce Gosier, dont le nom, comm.; un Idason sali,

Va descendre dans rombre et tomber m oubli

Sans qu'un cri de pilié daigne se faire entendie,

Eut le plus beau dest.n qu'homme ait osé piétendrc.

11 fut, de par le choix d'un groupe admirateur,

De l'ai't de Gut<'n!)f^r^' proclamé l'inventeur!

De ses travaux, itourlaiit, Mibsistaient peu de preuves.

11 n'avait pas subi les cruelles épreuves

Du chercheur, abîmé dans son rêve aveuglant,

El comme sur la olaie attaché tout sanglant;

11 n'avait pas souffert cette horrible agonie

Du savant, dont on met en doute le génie,

Qui poursuivjint, fiévreux, S(m labeur surhumain,

Ne sait s'il tient encoi le prodige en «a main ;

Les veilles, où le front s'empreint de sueurs lentes,

N'avaient pas enflammé ses paupières brûlantes ;

Il n'avait pas senti sa raison s'ébranler.

Ni le sol qu'il foulait sous son pas vacilh r ;

Il n'avait pas vécu cette heure iuspiratrice

Où tout à coup surgit Tœuvre divinatrice.

Et sa bouche, où le sang monte dans un afflux.

N'avait pas proféré le fameux : Fiat lux.'

Il n'étiit pas l'élu qu'un dieu marque dans l'ombre.

r.ostcr eut, malgré tout, des partisans sans nombre :

Ceux, jugeant au hasard — l'aveugle est leur pareil -

Et pour qui c'est vertu de nier le soleil;

Ceux, trop vit?, écoutés, beaux esprits excentriques,

Dont le talent s'exerce aux thèses chimériques.

Et ceux (lu'un sot orgueil excite à dénicher

Le grand homme inconnu qu'abiita leui' clocher.

Mois que Gut( nherg, dans un élan superbe,

Er. types de métal voulait couler le verbe,

Fouinir à la pensée un sûr et prompt levier

Que rien on aucun temps ne ferait dévier,

Créer l'outil puissant au magique engrenage

Que les peuples instruits bénirait^nt d'âge en âge,

Coster. enrore inihu des règles d'autrefois.

Au tiari( liant d'un canif n'mcisait que le bois.

On nous conte qu'ayant dans la forêt prochaine,

Incrusté de dess'ns des écorces de chêne,

L'empreinte se transmit au papier maculé,

Kt qu';i scn yeux, soudain, l'^irt s'était révélé!

D'au-si faibles témoins bien qu'on eût conscience.

On osa l'opposer au maître de Mayenc^,

Sans voir (|ue ces essais, p'us vains que malin ureux,

N'avaient, aprè*^ sa mort, rien laissé denière eux.

Du m.jin^. de Gulenherg les disciples fidèles

De leur art en fous lieux ont semé les modèles ;

Précurseurs décisifs du culte le plus beau

Du progrès sur leur roule ont dressé le flambeau. Et, mages du vrai Dieu qui console et délivre, Comme un astre nouveau fait resplendir le Livre. . . L'imagier de Harlem, quoi qu'on lui décernât. Mit à pi-ine un fleuron aux pages d'un donnât!

Trois siècles ont passé sur ces débats célèbres, Aujourd'hui la lumière a chassé les ténèbres. Partout l'esprit de l'homme, assoiffé d'équité, Lutte pour la justice et p lur la vente. 11 se concevait mal qu'un bourg de la Hollande Persistât dans la foi d'une vieille légende Qui veut qu'à la faveur d'une nuit de Noël IJn Gensfleich, apprenti du Coster paternel, Dérobant les poinçons prêts pour la fonderie, A Mayence ait porté l'art de Tmiprimerie, Et là, fler du larcin fait au maître dupé. Ait goiîté les douceurs d'un triomphe usurpé. . .

C'est ainsi qu'autrefois on enseignait l'histoire. A toi seul, Gutemberg, la palme méritoire : I»ègne sur les esprits, ô génie invaincu ! La légende est bien morte — et n'a que trop vécu.

Béranger dit dans une note qui accompagne sa jolie chanson : La Fée aux rimes, qu'il dédie aux ouvriers-poètes :

« Je n'ai pas indiqué tous les métiers qui « comptent des poètes et des versificateurs, « mais j'ai omis avec intention les typo- « paraphes parceque la plupart ont reçu de « l'instruction et que d'ailleurs leur pro- M fession leur rend les études littéraires « faciles, les livres les viennent trouver, (( il faut que les autres ouvriers les cher- « chent. »

Béranger ne se trompait pas et Nicolas va lui donner raison dans une conversation où il disait : «On me corne aux oreilles que

« placé n'importe où, partout je n'aurais « fait autre chose que de rêver; je ne sais « à quel point cela peut être vrai, mais ce « que je sais bien c'est que c'est le mé- « tier qui a développé en moi, sinon fait « germer et naître, le goût de la rêverie et « que ce goût s'est manifesté sitôt que j'ai « eu le composteur en main. »

Il est vrai que la corporation des typographes est celle qui fournit le plus de poètes. — J'en pourraisciter vingt auxquels ont doit des œuvres du plus grand mérite.

La vie de Georges Nicolas peut se résumer dans ces deux mots : travail et poésie. Il est né à Paris le 17 mai 1839. A douze ans il quittait l'école et entrait à Tatelier ; il y est encore. Quarante-cinq ans de présence devant la casse! et ne pas pouvoir encore exercer son droit au repos. Ah! le travail est un ingrat qui ne s'occupe guère du sort de ceux qui lui font tant honneur. — C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner de l'amertnme qui perce souvent dans la poésie des ouvriers : ils doivent revendiquer pour leurs frères en travail et en misère, c'est leur droit, c'est leur devoir !

Tout ce qu'il faut savoir pour écrire des vers comme ceux qui sortent de sa plume, Nicolas l'a appris au vol; c'est l'histoire de tous ceux dont il est parlé dans ce livre.

Une anecdote : Une nuit notre poète s'égare au bal de l'Opéra! lui qui voit touiours le côté sérieux des choses, même des fantaisies de la vie, qu'allait-il faire dans

celle galère? — le voilà poursuivant un domino, qui ne demandait pas mieux que d'ôLre poursuivi et... attrapé. — Mais tout à cou pic décor se Iransforme aux yeux du poète un moment enthousiasmé, l'idée change, le rêve s'envoie, la réalité apparaît, et cela S(; termine par un joli sonnet.

En voici un bien joli aussi, de sonnet, on y trouve la pensée constante de rauleur de Bi'ins-d'Œ livres :

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