‹ De quelques ouvriers-poètesChapitre 28 sur 28 · ENCOURAGEMENT · texte numérisé non relu

ENCOURAGEMENT

à Vami Fernand Février Cft n'est j.imais en vain que Tarlisan travaille, Qu'il vive par le soc, la plume ou le marteau, lie pain quoliJien peut devenir gâteau 11 suffit d'avoir foi dans l'art ou la seniaille.

Est-on las d' cliprclier, il s'offre une trouvaille, La nuit qui semblait noire entr'ouvre son manteau La balince indécise incline son plateau, On la croyait perdue, on gagne la bataille.

A ceux qu'ont tant meurtris les cailloux du chemin, Uui sait si le succès ne viendra pas demain? Un effort héroïque entraîne la victoire. . .

Courage amis ! ceignez vos reins et liaut le cœur!

l 'arias Ju travail ou pèlerins de gloire,

Encor un jour de lui te et vous serez vainqueur.

Je me résume : je suis heureux de terminer ces quelques noticespar celle de Georges Nicolas — le seul vivant de la collection — parceque j'aime sa personne autant que j'aime ses vers. Je l'aime parceque c'est un

sincère; un amoureux de louL ce qui est beau, et que c'est un ennemi de la pose.

Quand vient sonjour de conpjé — le poète se retrouve — il s'envole sur les grandes routes où les chênes et les acacias centenaires foraient des voûtes pleines de fraîcheur, ou il s'égare dans les sentes où l'on disparaît dans les blés qui vous entourent; il connaît toute la verdure des environs de Paris. 11 ne s'attable pas : il marche, il se sature du grand air qui l'ait une douce diversité aux senteurs acres de l'encre d'imprimerie qu'il respire chaque jour, et toute la poésie qui se case dans son cerveau, passe vile au bout de son crayon, et de là sur le petit carnet qu'il n'a pas oublié.

Nicolas possède à un haut degré l'esprit de confraternité, et nous devons à ce sentiment la publication d'une série de poésies ouvrières sous ce titre : Les Coquelicots. Cette publication a duré deux années sous la direction de Nicolas et a permis à une vingtaine de travailleurs, de se révéler amoureux de celte fée qui adoucit tant de peines : la Poésie.

Je ne sais rien de plus attachant que les sonnets qui forment les dernières pages du livre de Nicolas : chacun d'eux est consacré à la mémoire d'un des précurseurs ou des maîtres en l'art de la typographie. Les obscurs, comme les plus connus, ont la l'hommage qui leur est dû ; le poète les met tous en pleine lumière — ici sa poésie est chaude et colorée, et l'on sent passer dans

chaque ligne le bonheur qu'éprouve le poète typographe en traçant ses remarquables médaillons — Voici un de ces sonnets :

PIERRE SCH.EFFER

à Auguste Maze.

Comme à l'ombre du chêne un ormeau prend sa sève. Ainsi près du savant se place un érudtt, Scliœffer dans l'atelier de Gutenberg grandit, Ayant pour aiguillon le travail el le rêve.

Ce que Jean ébaucha Pierre à présent l'achève. Il complète cet art qui déjà resplendit, Et, par son zèle aidé le maître s'apphudit. Sentant qu'a son niveau le disciple s'élève,

Le copiste inspiré devient le créateur

Du moule, d'où jaillit le métal enchanteur.

Nul secret du grand art alors ne lui résiste.

Le divin Gutenberg qui, hier, devait gémir.

Dans sa gloire, aujourd'hui, peut aller s'endormir,

Car d'un scribe sans nom il a fait un artiste.

Je regrette de ne pouvoir faire plus de citations, mais je signale aux amis de la poésie : La Fontaine du bu. La Lampe de grand'mere. Salut fraternel. Héliade-Iiadulesco. Chanson d'entrée à la Lice chansonnière. Les chansons de la vie. Gloriole de typo^ et vingt autres que vous trouverez dans les Brins d'Œuvre, chez le bon éditeur Lemerre,

Gréteil 1897.

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