PRÉFACE
Les pièces réunies dans ce volume, quoique diverses^ ont une certaine unité. D'abord elles se rapportent toutes à Tanti-
3uité plus ou moins directement; ensuite elles ont pour objet es questions de doctrine, c'est-à-dire des notions abstraites, où l'exacte détermination de l'idée examinée est souvent ce qu'il y a de plus difficile; enfin, et c'est là pour moi le principal mérite du livre, la méthode y est partout la même.
Au point de vue de l'érudition pure, en effet, on pourrait affirmer que je ne cite rien, que je n'ai rien lu d'absolument nouveau ou que d'autres n'eussent pu lire et citer comme moi : je le reconnais et le proclame. Mais les textes ont été entendus de manières très-diverses ; au jugement de plusieurs, ils n'ont pas été compris du tout, ou l'ont été en contre-sens.
J'ai désire, quant à moi, ne rien dire qui ne fût parfaitement clair, qui ne présentât surtout une idée si nette qu'on pût immédiatement en reproduire l'objet avec une rigoureuse exactitude.
Il fallait pour cela, loin de rien prêter aux Grecs ou aux Romains, me mettre à leur place , me pénétrer de leur esprit, lire leurs livres avec leurs idées, non avec les miennes, descendre par conséquent de l'état élevé ou avancé des modernes à la position relativement arriérée ou inférieure des anciens, afin d'être frappé comme eux des mêmes choses, et de les apprécier à leur manière.
C'est là ce que je me suis proposé, et c'est ce que je nomme la méthode suiyie dans ce livre. Je suis loin de la croire nouvelle en France, quoiqu'elle le soit peut-être pour les sujets dont je m'occupe. Elle a fait la gloire de notre Académie des inscriptions et belles-lettres et de notre pays à une époque où l'amour de l'antiquité^ aussi éclairé que sincère, ne cherchait pas chez elle autre chose que ce qu'il y avait réellement.
Aujourd'hui cette marche prudente et sage est un peu passée de mode. On aime à systématiser ses idées; on Ut les auteurs moins pour les connaître, eux et leurs temps, que pour appuyer les théories qu'on leur prête , ou plutôt qu'on leur impose avec une passion plus que paternelle.
En cela consiste cette autre méthode que l'illustre et regrettable Letronne appelait fantastique, qu'il disait « caractérisée par le dédain des faits et le penchant aux hypothèses vagues et gratuites, merveilleuse pour embrouiller tous les sujets qu'elle touche, incapable d*en éclaircir ou d'en expliquer au-
Vllj
PRÉFACB.
ctm. » Il y opposait la méthode eriiique, qui, « dirigée par le sentiment et le besoin de la vérité , part de la connaissance des faits , enseigne à les étudier avec soin, puis i en tirer des déductions fondées sur le sens commun, qui peut seule , enfin , enrichir la scî^m^ de résultats positifs et ceitains, et ramener la lumière sur les sujets que la première méthode a le plus obscurcis. »
Ces excellentes paroles m*ont paru devoir être placées audevant de mon livre. Je n*en connais pas qui marquent mieux, ni plus énergiquem^t, la différence des esprits légers et des esprits solides parmi ceux qui s'occupent des belles-lettres, ni qui fassent mieux voir auelle route doivent suivre dans le vaste champ des recherches nistoriques les hommes vraiment judicieux ; je n'en connais pas surtout qui répondent mieux à ce sentiment vif et instinctif qui, dès mon enfance, me poussant vers la vérité, m'engageait i me bien comprendre moi-même, à ne jamais employer, mais i rejeter avec dégoût les phrases ambitieuses et les théories abstruses dont Totecurité ou l'emphase faisaient tout le mérite.
Je dois à cette conformité de goûts entre M. Letronne et moi la bienveillance qu'il me témoigna dès notre premier entretien, et qu'il m'a continuée jusqu'à sa mort.
J'aurais été heureux de lui oflEHr ce volume dont il n'avait vu
Sue les deux premiers et le dernier morceaux, comme Touvrage 'un homme qui s*étttdiait à suivre de loin ses traces. On 89li% avec quel succès il appliquât aux recherches les plus ptofondes dans les régions les plus inabordables de l'antiquité la sagacité merveilleuse d'un esprit orné de tant de connaissances, et les ressources d'une mémoire si richement meublée. J'ai tâché, selon mes moyens, et dans la sphère du peu que je sais, d'appliquer une méthode semblable à l'analyse des idées qui entrent duis quelques sciences et à la détermination de ce que les anciens en savaient Quelque peu élevé que soit ce travail, j'aime i croire que M. Letronne eût applaudi à mes efforts, comme il avait approuvé ma thèse sur la Physique é^Àriêtote et la pièce qui la suit et la complète.
Je me félicite, dims tous les eas, d'avoir pu,i Toccasion de la méthode que j'ai tâché de suivre, m'appuyer de son autorité, et payer en même temps mon tribut d admiration i la mémoire d'un savant dont la perte , toujours vivement sentie, ne sera peut-être pas réparée de longtemps.
Parif , 20 décembre 18S>3.
THESIS
DE PHYSICA ARISTOTELIS',
Quum plurima sint argumenta quœ speciatim ad literarum FacultatemperUneant, mirabuntur fortasse me banc tractandam elegisse maieriam, qu8B potius ad scientiarum Facuitatcm spectare videtur.
Sed si hoc physicœ nomen quomodo illud intelligebat ^ristoteles , et nos intelligere volumus y jam non scientiam proprie dictam auC qualem astatis nostrœ docti definiunt, in quœstionevefsarividebimus; sed tantummodo hodieproponi veteres Iramani ingenii labores, quos nec ad physicos, nec ad mathematicos, sed ad homines eruditae antiquitatis studio- »os , pertinere omnes fiaicile concèdent.
« G«tte thèse a été soateDne, le samedi 31 juillet 4836, devani la Faculté des lettres de Paris. Les juges étaient MM. Le Clerc , doyeo , Laro^ miguière, Villemain» Cousin, Guigniaut, Patin et Saint-Marc-Girardin. En voici la dédicace : lUustrissimis utriusque FacultatU (soientiarum et literarum) in acad»mia parisiensi professoribus, quorum ut auditor esspm amplissimo Dei optimi mtiximi beneftcio mihi contiffit , graiissimi animi pignus. J^ai conservé le texte tel qu^il était, sauf une petite addition crae i^indiquerai en son lieu. Quant aux notes, qui avaient été rejetées à la nn du volume, ie les ai mises, avec les renvois, au bas des pages. J'en ai ajouté, développé ou supprimé quelques-unes. Gomme elles ont presque toutes pour objet d'expliquer la science antique par comparaison avec la science moderne , on ne s'étonnera pas qu*elles aient été rédigées d'abord et maiotenues en français, quoique se rapportant à un texte latia.
t LA PHYSIQUE D ARISTOTE.
Ea enim est iUarum quœ vulgo dicuntur exaclœ scientiarum nécessitas, ut quum physici reoentioris opinio in vêterum explicationis vicem se subdiderit, hœc statim ab omnibus contempta rejiciatur, et vix in historicis libris locum inveniat ubi se posteronim memoriœ commendare possit.
Sic quum Aristoteles summus et unicus omnium scientiarum magister et doctor tôt secula dictus esset*, quum in scholis pamocrator, si hoc verbo uti possum, et exclusts omnibus aliis regnavissety nec solum politica studia aut moralia, verum etiam physicos labores solus direxisset; postquam docti quidam aut expérimenta agentes, aut experimentis solum physicam scientiam progressuram esseprofessi, Kepler in Germania, in Italia celeber ille Galilœus, Baconus in Anglia, et noster prœsertim Gartesius, veterem illius famam et potentiam aperto marte aggressi, banc scholarum arcem et propugnaculum labefactare cœpenmt; magnus ille vir ab omnibus antea sui studiosis sensim et pedetentim derelictus, destitutus omni ope, nudus mansit et vulneribus patens; mox ludibrio et despectui cuiquam fuit-, et quem olim instar dei aut plus quam hominem venerabantur, nunc oblivione sepultum nemo, proh pudor! nisi ut absurditatis et ineptiarum reum nominavit *.
Gujus tantœ ruinse causas si quis hodie perpendere volet, comperiet focile errores longo œvo consecratos , tandem experimentorum et recentium scientiarum luce dissipatos evanuisse , nec ullam ex tôt libris et operibus extractam esse phœnomeni explanationem, quœ nuper inventis non fiinditus evertatur.
Quid ergo, dicet aliquis, nunc de opinionibus disseris quœ
* Voy. Molière, ptuiitn; Boileau, dans V Arrêt burlesque contre la rmison, et presque tous les philosophes du xviii* siècle. Bacon Itti-méme. daus son Temforis partus nuuculus , et son hedarguUo pMloiophMurum , juge Aristote afec une rigueur ineiplicable dans un homme qui n'avait pas besoin , pour s^élevcr lui-roéme , de rabaisser ses de? anciers.
lA rav^QUE D*AMsrerE. ^
jam dudum contemptœ , nuUam afferre possunt doctis seu pbysiciestudiosis uUlitatem? Quid tcmpus consumis in perlegendis operibus, unde quidquid erues, hoc antcquam teneasy falsum esse noris '?
Nihil, fateor, scientise proprie dictce prodesse possunt ho* ^e Aristotelis opéra : toto cœlo, tota via aberrat qui fuhnina, aut grando, aut ros quomodo fiant a Stagirita quœrit: nec ta-^ Bien hune philosophum propterea negligendum dicere veUm« Non satis est enim artes istas coli qusB ad opulentiam, et si creditur, non dicam Epicuro y sed fipicuri de grege porcis, ad vitam beatam plurimum conferunt; non satis est opibus affluere , aut divitias sibi comparare iUa prfesertim ratione quam nunc indmtriœn nuncupant y et quse ex physica chy* miaque maxime pendet.
Sed altéra est humani ingenii faciès, et animi nostri pars divinior. Opulentis enim domibus y viridibus hortis, splendidis vestibus, lauta denique vitce supellectile delectati, dili^ gimus etiam homines et amamus : et illos grato animo pro* sequimur, qui ut hominum sortem legibus, aut scienttis, aut institutis quibuslibet meliorem efBcerent, tolo animo, totis viribus in hoc unum incubuerunt.
Qui quidem utrum erraverint necne, posft longum tempus> parvi refert : quales autem viri et quanti fuerint, hoc nostra plurimum interest. « In re enim , ait M. TuUius * optimum
* Cette objection s'applique, non-seulement à ]a physique, m&is à tontes les sciences. Gomme les faits passés n'ont jamais pour nous la même gravité que les faits présents , il s*est trouvé des gens qui ont révoqué en doute l'utilité de toute histoire , el , à pins forte raison , de l'histoire des sciences : à ceux-ci, M. Cousin a répondu par ces belles et éloquentes paroles : « Celui qui néglige Thistoire d*une sdence se prive de l'eipérience des siècles , se ]]lace dans la position du premier inventeur, et met gratuitement contre soi les mêmes cnances d*errenr, avec cette différence que les premières erreurs avant été nécessaires, ont été utiles et, par conséquent, plus qu'excusables, tandis que la répétition des mêmes erretirs, n*ayant pas été nécessaire, est inutile et stérile pour les autres, et hon<« teose pour soMnême, n (Cours d'Mxtotrs de la phUoêophie , oniième leçon.)
* Cieéron, DeoffMisJ, 44,
4 LA PBYSIQUE D AEISTOTE.
quieritur; in homine quod estdicitur. » Nec tune illud primum dijudicandum est, utnim veritatem absolutam in mundum attulerint : ai illa omnibus aliis prior est quœstio et pne cieteris tractanda : Quis fuerit ante illos scientiae status? An iliis ducentibus, et usquequo progressa fuerit?
Nametsi veritatis unius inventio meritam laudem et omnis «vi benevolentiam inventori prœstare débet , gloria sine dubio major ilii reservatur qui totam scientiam ex inferiori loco, ut ita dicam, in superiorem proferens , iUam ad supremum veritatis (astigium, quantum in se est evehit.
Sic quum Gartesius mirabile istud Vuxbwam systema invenit *, etsi faisum omnino erat, de scientia tamen et veritate optime meritus est, quando quidem omniacœliphsenomena, sponte sua ante se producta, astraque sine ulla lege generali in pecuiiaribus sphœris volventia se, ex una mechanica conditione pendere pronuntiavit: ita ut posteri omnesCartesian» methodo necessario cedentes , dum Gartesii opinionibus infensissime adversantur, iliius tamen discipuli sint qui neminis in hoc auditor esse potuerat
Non secus de Aristotele : nemini dubium esse potest quin absolute erraverit : quin discipulo cuilibet e nostris collegiis egresso , facillimum sit innumeros iliius coarguere errores ;
' M. Guillon , dans son Histoin de la philosophie ancienne et moderne ^ t. I , p. 257, rapportant , d'après Diogène Laêrce , Topinion de Leucippe sur la formation do monde par les atomes qui s'accrocnaîent dans le TÎde , croit y Toir le germe de ces fameux tourbillons dont on a fait, dit-il, honneur au ffénie de Descartes. 11 faut se tenir en garde contre ce désir de retrouver cnes les anciens ce que les modernes ont découvert ; c^est aioai qu*on a voulu voir TAmérique dans un passage du Timée et du CriUas de Platon, et Tattraclion newtonîenne dans quelques vers obscurs d^Empédode sur Pamour des éléments. Tout ce qu*on peut conclure de ces ressemblances, o'esl que les idées extrêmement abstraites et générales, comme celles d*amour et de haine , d'attraction et de répulsion , de mouvement et de repos, étant en très-petit nombre, les auteurs qui les ont employées ont dû nécessairement s*y rencontrer. Mais ensuite chacun y a joint les idées accessoires données , ou par l'état de la science à Tépoque où il a vécu , ou par son propre génie : c'est là ce qui constitue véritablement l'invention dans les sciences naturelles.
LA ravsiQUB d'rmstots. s
imo, si hodie Aristoteles ex œterno sepulchri somno suscitatusy ad superiores oras rediret, et opéra relegens, opiniones suas lot et tantis experimentis infirmatas, aut plane destructas videret, ipse foteretur falsam ex omni parte doctrinam libris suis contineri , nec se duce quemquam nisi stultum et insanum physicœ operam esse daturum.
Sed quum primum prodierunt in lucem Aristotelis libn , îpsius de physicis phœnomenis sententiam exponentes, num putatis de nova doctrina istam fuisse Atheniensium existimationem? Longe alla profecto fuit; et quos hodie libros ver» scienti» inutiles judicamus, ne dubitetis quin tune maximum et perfectîssimum opus habiti sint.
Multi enim a Thalete sapientiœ studiosi fuerant-, et cum philosophia ethicam et physicam simul complecteretur, uniuscujusque philosophi scientia, si auctorum testimoniis fides adhibenda est, e sparsis moralibus prsBceptis tune constitisse videtur, et opinionibus maie junctis de phaenomenis quibusdam, aut de universi principio, quodalter ignem, aller aquam, hic aerem, ille quatuor elementa esse contendebat.
Quum Socrates duas philosophi» partes separavit, hinc aspectabilis naturœ et corporis, illinc animœ humanœ studium ponens, hanc divisionem Aristoteles secutus, in utroque génère disjectas veterum opiniones colligens, alias cum alits comparans, rejectis illis bas admittens, suas prsecipue adjungens observationes et explicationes, omnia tandem a physicis nota in unum scienti» corpus redigere conatus est; et quum in tôt diversas aut contrarias sententias dividerentur schote philosophorum, in hujus dissidii locum, unum systema belle coagmentatumsubstitueretentavit, et sic magnum opus edidit in lucem , quod totius mundi tune cogniti explanationem amplectebatur*.
* C'est là. Il je ne me trompe, le mérite particulier et rétemelle gloire d*Aristote , le grand dusificateur et le grand analyste.
t LA raTSIOUE DAIIIST9TB:
Putavi aliquid opère ftilunim esse pretium, si toCpost seeuh osfendere possem quodnam fuerit hoc systema-, si dicerem quid de mundi &bricain universum senserit Art^loleles; si demam brève ex physicis iUius operibus compendium expedirem, quam apertissime philosophi doctrinam exhibitunim.
Quamobrem y non semel desideratis tractatibus qui jam non sunty superstites libros attente legi» sœpe longiores, difficUes semper, disputationibusque aut plane inutilibus, aui c^rte abstnisioribuSy aut a re alieuissimis redundantes-, e quibus quam plurima haurire prœcepta, quam paucissimas eniere paginas mihi in animo erat.
nia sunt quœ sœpe versavi opéra* : l** Mechanicœ quœstiones; 2* Naiuralis auseullationis $eu de principiis phy9ici$ Ubri aeto^ 5* De ccHo libri quaîtior,' 4» De generatione et carruptione libriduo, ^•Melearologieorufn libri quatuor; 6»/Voblematum teetiones oeto et triginta; 7" Appendix de nomini" bus ventorum; S"" Liber de mundo, quem ab Aristotele exaratum nenio sane credat, sed a quodam e suis discipulis compositum et magistri fere referentem ideas omnes facile concèdent \
Qmitto hic libros De ientu etsensili^ Desomnio et vigilia, Beanimalium motiom, re$piratiane, ineeuuj De hietoria^ parlibus aut generatione anmàlium; llbrumDe mirabUibus au»-
' Dans réditîoa de Da?a] , en deux vohunes in-folio, Paris, 1620. G^est à celte édition que se rapportent tons les renvois.
> On trouvera dans la Bibliothèque grecque de Fabricius (édition de Harlès) une longue dissertation sur le véritable auteur du De tnundo. Les uns, comme Stobée, Démétrini, Apulée, Justin le martyr, Philoponus. les anciens manuscrits grecs, etc., l'attribuent à Aristote; queloues-uns paraissent douter, on ne se prononcent pas : tels sont Cicéron, Origène, Tbéodoret, Thémistius, Procius, etc.; d'autres nient absolument ^'u soit d'Aristote : Muret, les deui Scaliger, Gasaubon , Saumaise , Heinsius, Mé* naffe, Vossius, Huet, Vives , Naudet, etc., qui Tattribuent à Tbéophraste, à Anaximène de Lampsaque, i Posidonius ou à d'autres; enfin Heumann «roit que le De tnunâo original est celui d'Apulée , et que le grec n'en es^ qjue la traduction.
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LA PUYSIOUE l»*AIIISTOT£. 7
cuUaiianibui^ de aiudUnUbus ei de eolarUmi, qui etsi ad physicam generalem periinenl;, propius ad mediciûam, aut, ui aiunt hodie, ad phj/siologiam et historiam naturalem accedunL
Sed antequam resUtuendo Aristotelicie scienliœ œdifido vacem cujus in supra dictis operibus sparsa siepius jacent fragmenta, non inutile prorsus videbitur horum librorum brevem cognitionem dare, et veteris philosophiiB studiosos paucis verbis admonere quid de istis generatim judicandum sity facta prsesertim comparatione cum hodiernœ phyfuce partibus quibus magis congruere videntur.
l"". Meehanicœ quceetionee. Brève opus, sex et triginta queestiones compiectens, hoc uno pretiosum quod nobis indicat quœ fuerint machinaa simplices tune usitat» : veciis ad quem alias omnes machinas referre tentât-, libra, cu$uu$\ $eeuri$\ gubemaculufn\ sq/take^ îrochkœ^ et rechami^ ergalœ*^ capreoli seu grue$\ quibus in re ledificatoria Grœ-
■ 3ièchanicm qucBstUmês, iS , p. i i92 , B. — Aristote attribue la force du coin pour feudre le bois » à ce que c*eft un double levier : il se trompe, c'est un plan incliné.
* Ibid., 20, p. il92, E; et li93, A. ~ Aristote dit avec raison que la baebe est un coin.
* ibid.^ 6, p. ii88, B. — Aristote croit que TeCTort de la mer sur le gouvernail peut être assimilé à Taction d'un poids sur un levier : c'est uue erreur, la mer agit sur le gouvernail comme sur un plan incliné ; mais , à part cette faute, Tauteur reconnaît avec beaucoup de sagacité l'action de Tbomme qui tient la barre , le mouvement de Teau qui frappe obliquement le gouvernail , et la puissance de celui-ci pour faire tourner le vaisseau autour de son centre de gravité.
* Ihid., 12, p. 1190, D, E. ^ Les scytahs dont parle Aristote sont des rouleaux comme ceux qu*on met sous les pierres, pour les Cure avancer, plutôt que des cbariots à petites roues eomme ceux dont se servent souvent les rouliers.
* JUd,, 19, p. 1192, G, D. Trochkm^ ce sont des poulies dont on attribue l'invention à Archytas de Tarente. Aristote parle là d'une poulie mobile , et la rapporte avec raison au levier. BechanU , ce sont les moufles , ou poulies combinées , qu'il indique sans les nommer.
* Ibid,, 14, p. 1191, B. — Ergatœ^ ce sont les cabestans, ou treuik, que les Grecs nommaient 6v04.
' Ibid,, la, p. 1192, D, Ë^— Ce sont les cbèvres et les grues.
s LA PHTSIQDB D'aRISTOTE.
cos uti dicit, eeUmia\ sive toltencnes quibus hodie etiain utuDtur olitoresad hauriendam e puteis aquam.
In his omnibus notate fùerunt egregie uniuscujusque instnimenti natura et proprietas; sed istam partem quam iheariam dicimus, sœpissime folsam inventes , et ridicub plane tibi videbitur proprietatum vectis explicatio, quas e circuli natara pendere crédit, quia circulus mira est linea quœ radio semper progrediente descripta , hue tandem redit unde profecta est*.
2*. Naiuralis amcuUationis , $eu de prindpiis physieù Hbri octo. Longum opus et ingratum, et difficile, et unde, quamvis titulus physicaô convenire videatur, unam vix aul alteram notionem', extrahere poterisad phvsicam vere pertinentem. Constat enim illud opus e disputationibus, objectionibus, responsis , redargutionibus de $ensu verbarvm , de motu gfneratim sumpto et quiète , de movente et moto, de tfionî, de loco, de tempore^ de infinUo, de necessitate, casu, forluna, etc., quœ omnia indubitanter scientiae hujus partes sunt quam metaphyrieam vocamus \
ÏH^
SUT i
Aristote le« désigoe , non par leor nom , mais par leur CMDDodtîoii : ce ffODt, dit- il, des machines composées de pooUes, de moufles, de cabestans et de leTÎers ; 3 parie aassi , dans son premier chapitre , d^one machine composée de plusieurs lefiers ou de cercles (c*est-i— dire. Mns doute, de roues dentées) contigus les uns aui autres, et disposés sous une enveloppe qui les dissimule, de manière à produire un efiet d^autant plus merveilleui qu'on en ignore la cause (ch. i, à la fin). Je crois qu'D est ici question du cric.
' Ihid.y 29, p. i 198, D. — ^CêUmiay ce sont des cigognes . ou grandes bascules pour élever Teau des puits.
• /W<f., l,p. H83,C, D;etH84,A,B, C.
' On trouve, par eiemple, une eipérience intéressante destinée i prouver que le vide existe (iV, 2, p. 359, B) ; cette expérience est indiquée avec plus de détails dans les problèmes (XXV, 8). Voyes aussi II, 6. p. 406 , une suite de propositions d'où Ton peut conclure asses facilement ce grand principe de mécanique , que la force est égale au poids multiplie par la vitesse.
* La Physique d'Aristote est- très-réellement un ouvrage de métaphysique. Baylc , qui n'était ni physicien ni mathématicien , en a tiré de nom-
3'. De cœlo libri quatuor.
4*. De genercUùme et corruptùmê libri duo.
5"". Meleorologieorufn libri quatuor. Longa quidem magniqiie momenti et poDderis opéra heec totam fere Aristoielis dociriDam de naturalibus phœnomenis continent. Displicet autem quod philosophus eogitationes suas in ordinem scientiœ edocendsB minime aptum redegerit : sparsœ hic, illic jacent, et undique coUigendse sunt illius opiniones. Non enim hoc primum sibi proposuisse videtur ut legentes doceret, sed ut aliorum philosophonim placita redargueret; et sic opus suum longis et supervacaneis ratiocinationibus impedivit, nedum iUud clara distributione simplicibusque argumentisiU lustraret.
Si tamen hoc vitium prœtermittere velis, quod opus aUud alius partes et quasi jura interdum sibi arrogat \ tria base opéra summatim définies, dicens primum de cœlestibus phœnomenis et sphœra terrestri , scilicet de quatuor inferio-
breux sujets de discussion , que Ton peut revoir dans les notes de son Dictionnaire, surtout à l'article Zenon.
' Ce défaut est évident dans quelques endroits , mais surtout pour le quatrième livre des Météorologiques, qn*Aromonius, dont les ouvrages sont perdos, et Alexandre d'Aphrodisie voulaient retrancher de cet ouvrage, pour en faire le troisième livre du D$ générations (Voy. la Bibliothèque grecque de Fabricius, art. Aristote; voyei surtout dans Tédition d'ideler, t. II, p. 347 à 389 , une longue dissertation sur ce point). La transposition que voulaient ces deux auteurs est très-bien fondée : non-seulement le quatrième livre des Météorologiques n'est pas en rapport avec ce qui le précède , mais il contient des idées qui sont la suite nécessaire du Ik ge^ neratione, et qui, d'ailleurs, doivent être connues avant qu'on n'étudie les météores.
Il y aurait encore une autre transposition à faire, mais qui serait moins grave. Le premier chapitre du livre ill devrait être le dernier du livre II; car non-seulement il traite de sujets analogues, mais encore il résume i la fin tout ce auj a été traité dans les chapitres précédents. « Nous avons parlé, dit-il , des foudres, tonnerres, éclairs, trombes, etc. ; i> et tout cela est dans le livre précédent , qui se termine presque par les mêmes mots. Qui croira qu'un esprit méthodique ait fait cette division extraordinaire? Aussi . M. Ideler dit-il qu'il n'aurait pas hésité à changer cet ordre , s*il n'eftt été retenu par le respect pour l'antiquité et la crainte de la confusion (t. U, p. 239 de son édition).
LA PMYSIUUK UARISTOTK.
ribus elementis generatim tractare; secundum de elemeniorum inter se mutationibus; terUum autem de actione sphserarum et elementorum in produeendis phœDomenis quae meUora dicimus '.
()". Problemalum liber. Octo et tnginta sectioDes seu qusssUoiium fasciculos coDtinens, e quibus tamen, vix octo ad physicam spectant In bis autem paucœ qusestiones vere utiles existÎHiandœ sunt : et liber totus, nisi Eadlor, videri potest silva quœdam rerum et sententiarum , unde qu» bue olim contulerai, occasione data depromebat auctor, prout componendis operibus utilia videbantur *.
' Ces sQJeU se trouvent surtout bien résumés et bien indiqués dans le premier chapitre àtB Météorologiques^ p. 528 , A.
* Le recueil des problèmes d'Aristote ne doit être consulté qu'avec précaution. Je dis qn on peut le regarder comme une sorte de magasin ou de répertoire où Tauteur mettait , pour s'en servir au besoin , tout ce qu*il recuedlait de c5té ou d'autre. On conçoit qu'à une épo^e où les livres étaient rares , les auteurs habitués à s'appuyer sur les faits , conservassent ainsi ce qu'ils entendaient dire ou ce qu'ils lisaient d'intéressant. Telle est peut-être l'origine de ces recueils qu'on trouve dans Plutarque , dan; quelques-uns desquels se sont même glissées des opinions contraires aux siennes. Ces ouvrages ne doivent donc obtenir la confiance du lecteur que lorsqu'ils sont en tout point conformes à la doctrine ou au style de l'auteur. Or, telle n'est pas la qualité du Livre des probiémes. Pour ne parler ici oue dee sept ou huit sections relatives à la physique , on y ren^rque : 1" 1 absence complète d'ordre et de plan , ce oui ne doit pas étonner, du reste , dass ob livre du genre de celui-ci ; 2* aes répétitions fréquentes et si grossières que , si elles ne sont pas dues à la négligence des copistes , elles ne peuvent venir oue d'une rédaction très-précipitée ; 3« des questions d'une fausseté palpable. Exemples : Pourquoi l'eau, aui devient quelquefois plus chaude que la flamme, ne peut-elle pas brûler le bois, lorsaue la flamme le brûle (XXIV, 3)? Pourquoi les choses chaudes se re-
ri l'eau bouillante ne peut-elle pas liquéfier, undis que le ventre liqué- {ibid., 4) ? 5* d'autres, enfin , qui contredisent ce qu'Aristote a dit ailleurs. Exemple : 11 suppose (XI, 33) que l'air est plus plein pendant le jour que pendant la nuit , a cause de la lumière qui s'y trouve , et il a dit (/]» itdma , U» 7) que la lumière n'est pas un corps, que ce n'est qu'un mouvement du tranaparent.
Malgré eas déiauts, le livre des problèmes n'est pas à dédaigner, et j*y renvoie en plusieurs endroits de mes notes.
LA niYSlQOE OARISTUTE. It
T"". Uberde mundo. Brevissimum et exioûum opus ornata oratione scriptum, sub septem capitibus complectens omnem, qualis erat apud Gnccos, scientiam naturalem *.
8". Liber de nominibuê ventorvm. Liber unius paginœ, quem credas e sexto capitulo libri secundi Metearologicorum c&tractum.
Ex bis operibus constat Aristotelem de universo et de natura sensisse qu» sequuntur.
I. De mundo. — Mundus est compages e cœlo terraquo constitata et onmibus naturis quœ ioter ea continentur'.
Muados globosus est seu sphœ^oides^
Fieri non potest ut quod globosum et rotundum est, idem sit infinitum\ Ergo nec mundum infinitum esse ra* tioni consentaneum est\
Mundus ex duabus partibus sive naturis constat, quarum prier œlher* a Grœcis nominata, divina est, in sternum immutabilis, nec uUo modo ortui aut corruptioni aut
* Cette science, ches les Grecs, était regardée comme dirine; Tautenr da D$ mundo , dans son premier chapitre , emploie Teipression 0f o- Xoyéfuy^ fiiisons ditinement connaître les diverses parties de Tunifers , p. 601, C.
* De mundo f 2.
* lUd., p. 601, E; De cœlo, 11, 4, p. 45.
* De etrio, II , 4. — La majeure de ce syllogisme est par&itement juste ; ear nommer une forme, et en particulier la forme sphérique, c'est supposer les limites qoi la constituent. La fameuse pensée de Pascal que le monde est une sphère in/inie dont le centre est partout, la circonférence nuUe part (Voy. ses Peméee, ConnaUsanoe générale de Vhomme), nest donc belle que parce que cette contradiction évidente entre Tidée de sphère et les deiii idées suivantes , jette Tesprit dans le va^e et Tobscnrité où le place toujours llnfini. Mais Aristote dit an contraire . et avec beaucoup de raison, que Vin/lni n'a pas de mUieu: Mio-oy yàproù àrslpou oùk ivru (ZteccBto, 1,7, p. 441, D.)
* De mundo, 2, p. 602, D; De cœlo, I, 3, p. 434. — Le monde éUit un corps pour Aristote, et mène le peroier corps. Or un corps étant ce foi est terminé par des surC^es , Tidée de corps est contradictoire avec celle d'in6ni.
* Du grec àeî éeïy (semper currere) dit Aristote, et non pas de aiêeoûai {mfiammari) De mundo. 2, p. 602, X,B;De cmlo, t, 3, p. 435, A; Meteor^l, 3, p. 530, A.
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LA PHYSIQtE D ARISTOTE.
morti subjecta*', in bac astra volvuntur*. Posierior aulem patibilis plane et mutabilis materia, miscerique ac turban nata'; inferiores mundi sedestenet, sive, ut aiunt, mundum inferiorem efBcit \
Duœ istœ partes et corpora omnia motu proprio et vi ipsis insita agitantur ^
Duo sunt motus simpliees, quandoquidem corpora in orbem seu recta linea moveri possunt*.
Motus in orbem altero prior est, quod circulus e plains prsestantissima figura est^ et perfectum imperfecto natura semper anteit'.
■ De mundo. 2; Deccelo, I, 3. -- CeUe idée de réteniité et de Tii»comipttbilité des astres aajoard'hai peu probable, était alors bien pLss raisonnable qiie celle des philosophes qui crojaient que le soleil , ayant besoin de nourriture , avalait les vapeurs qu*il tirait de la terre , et que c^était pour cela qu'il se roulait tout autour de notre globe , abandonnant un lien aussitôt qn il Pavait épuisé. Aristote qui rapporte cette opinion (Meteor., 1, %, p. 551, E), la traite avec raison de ridicule.
* De mundo ,"2; De cœlo ,1,3.
* De mundo, 2, ^Ibid,
* DeccBlo, 1, 2, p. 432, C.
' De cœlOf 1,2, p. 432. — nSaa xi'Ai^tç,,,, ij tvÛ€ia^ $ kùxX»^ ij èx Toùray fjLtxnf' àrXcuyàp aurai iùa fiôvat. Aristote fait dépendre ici les mouvements des lignes crue décrivent les corps. 11 suppose que les lignes droite et circulaire sont plus simples que les autres. Qu>ntend-il donc par lignes simples? Ce sont celles qui peuvent, dans toute leur étendue, se superposer eiactement (Voy. plus lom le Curé dé VarengevUle).
' Gomment le cercle est-U plus parfait que la ligne droite ou que toute autre courbe bien faite (Voy. U Curé de VaretigewUe)t
* De cœlOj 1,2, p. 433 , A ; II, 4, p. 456 , D. — Aristote donne ici le mouvement circulaire cooune le premier mouvement naturel. Descartes, au contraire , et tous ceui qui sont venus après lui , ont proclamé que le seul mouvement simple était le mouvement en ligne droite , puisque c'est celui d'un corps qui obéit à une force unique. On voit dans ce raisonnemeal d* Aristote un exemple frappant des erreurs où Tentralne toujours cette habitude de déduire les lois die la nature d*idées qu^il s*est faites à priori, en de relations purement métaphysiques. Du reste le mathématicien Xénarqoe iaisait à cette assertion Tobjection suivante : « Le mouvement en cercle ne peut être un mouvement naturel ; car les points inégalement éloignés de l*axe se mouvant inégalement vite , le mouvement naturel serait inmiimefll varié et différent de lui-même , ce qui est absurde, d On peut voir dans Siin-
LA PHYSIQI:K u'aRISTOTK. 13
Ëorum quœ recte moventur corporum motus bi])artito dividiUir, idée quod dupliciter, sursum scilicet et deorsum ferri nata sunt '.
Omnis alius motus utroque motu simplici, orbiculato nempe et recto mixtus est*.
II. De firmammîo. — Gœlum seu sphaera cœlestis quum primum corpus ' et primum mobile sit *, incredibili céleritate circa nos intra viginti et quatuor horas * in orbem agitur, suapte natura et propria vi sese movens *, nec quidquam habet levitatis aut gravitatis \
Errant igitur et insaniunt qui putant cœlumautquietis aut somni, ut propiora terrœ corpora, aut Atlantis cujusdam, qui se sustineat, indigere-, quum vim setemam sortitum, sine labore, sine lassitudine, in omne œvum, instar Ixionis aetema rapti rota *, eademque semper celeritate versatur *.
Mundus quum instar globi in torno circumacti rotetur circii iineam quam vocant axem*% necesse esthujus axis extrema puncta fixa stare et immota-, hsDc mundi polos nominamus.
plirius Tobjectioii, et la réponse qu'il y fait, qui coosisle particulièrement en ceci, que Xénarque est un corbeau qui insulte Taigle de Jupiter, et qui vient faire ses ordures sur les beaux ouvrages des grands hommes.
' De cœlo, 1, 2, p. 432, G; Mêteor,, 1, 2, p. 529, A.
*De cœlo, 1, 2, p. 432, C.
* De ccBlo,\, 2, p. 433, B; lY, 1, p. 485, D. — Tous les philosophes ne croyaient pas que le ciel fût le premier corps et la cause de tout mouTement : oaelqaea-uns |>ensaieiit que la terre , humide à Torigiue , avait, par la cnaleur du soleil, produit beaucoup de vapeur, et, par suite, de l'air ; et que c'était celui-ci qui , en soufflant , occasionnait le mouvement da monde (Meteor., 11, 2, p. 552, B).
* Deoœlo,l,2, p. 433, B; IV, 1, p. 485, D.
* Je détermine ici, selon nos idées, la longueur du jonr sidéral que les anciens ont quelquefois nommé NyctMmére,
* Zfocœfo, 1,2, p. 433, C; 11,1, p. 453, B.
' De costo, I, 3 , p. 434, A. — Ovide, qui suit régulièrement la Physique d'Aristote, dit aussi : et fine pondère cœli (ifotom., 1, 26). ' Cette comparaison est d*Aristote.
* Z>0C<s{o, II, 6, p. 459, E.
»• De mmdOf 2,p. 602, A.
14 LA PHTSlOUe D'AR1ST«TE.
Quorum alter sublimis semper apparet , ei arclicut ab ursa diciUir; aller autem nobis nunquam videndus, sub terra semper latetet dicitur anlarcticus \
Unus est mundus, nec alter esse potest *.
Nihil est extra cœlum% aut mente concipi polest, nec corpus, neclocus, nec tempusautvacuum \
Cœli et mundi totius partes ut in homine distinguuntur : quippe dicimus et ante et pone, et ad lœvam et ad dextram ^ sursum et deorsum fieri phœnomena : erraverunt autem Pythagorei qui primum hisce vocabulis usi, nescierunl aus- Iralem polum capitis, borealem vero pedum vicem gerere, eX sicorientemdextram, occtdentemque l»vam esse mundi \
Gœlum ipsum quod extremum atque ultimum mundi est*.
' De ffittfido, 2, p. 602, A.
* Decœlo, 1, 8 et 9, p. 442à 446.
* /Wd., etlV. J.p.485, E.
* La démonstration qu'il n^y a pa« de Tide au delà du cid, qnoiqu*ea même temps 'û n*y ait rien , est asses curieuse ; c^est , du reste , une part question de mots. Cléomède , astronome recommandable , Ta réduite à si juste valeur, et s'est prononcé comme la logique l'exigeait , pour le TÎde infini au delà du monde (Voy. son Insj^ecHon circulain des météores^ 1, 1 }. j
f De cœlo, 11, 2, p. 453 et 454. — Les Pylliagoriciens mettaient le pôle boréal en haut , et le pôle austral en bas. On voit qu*un bomme qui se placerait dans cette position , et qui reffarderait son méridien céleste « au- , rait en effet Torient à gauche et roccioent à droite. Au reste, Empédode | avait dit tout ce qu'on pouvait dire de vraisemblable dans cette hypothèse d'un devant et d*un derrière , d'une droite et d'une gauche du monde. H supposait les pieds sur la terre et la face toujours tournée dans le sens da , mouvement du monde, c*e8t4-dire vers le couchant; de cette manière la droite était pour lui le tropique du Cancer, et la gauche celui du Gapri- ' corne (Plutaraue, De placitis pkUosophorum, U, 40). Cléomède avait adopté cette iaée.
* Ces expressions sont de Cicéron. Aristote n'admettait rien an delà du ciel des fixes, que la substance divine, éternelle, immense, impassible (De caHo^ 1,9, p. 446, B), incorporelle et mouvant tout le monde (<&fd., U, 6, p. 459, A). On fut, plus tard, obligé de reculer le premier mobile au delà du ciel des fixes , lorsque Hipparque , ayant reconnu qne les étoiles avaient un mouvement très-lent d'occident en orient (la précession des éqninoxes) , Ptolémée appela firmammU le ciel des fixes, et prrmkr mobile la sphère qu'il supposait lui communiquer son mouvement. Il fallut encore, quelque temps après, intercaler des cristallins entre le pre-
lA PHYSIO^E DARISTOTE. 15
in secontinet immutabilibus spatiis afGxos, clavorum instar, stellas quas dicimus inerrantes * y et infra se orbes quosdam qui idem habentes centrum % sese alii alios involvunt -, on>nes tamen coelo involvuntur '.
Quorum unusquisque unicum habct sihique inhœrens sidus * a quo nomen accipit.
III. De planelis et zodiaeo. — Hœc sunt progredientium a stelligero cœlo sphœranim et siderum nomina : Phœnon sive Satumusf Phaëlhan seu Jupiter; Pyroïs^ quem vocant alii Marlem, alii Hereulem; Stilbo quem Mereurium plerique, quidam vero ÀpoWnem dicunt-, Lucifer seu Venus ^ aut aliquando Jtino; Sol et Luna \
Astra in sphaeris suis locum non mutant % sed giobosa et
mier mobile et le firmament, pour expliquer d'autres mouvements que le temps et la patience avaient fuit reconnaître ; et cela dura jusqu'à ce que Copernic , reprenant et fécondant les anciennes idées de Técole italique » vint briser tous ces cieux de cristal , dissiper toutes ces sphères , et nous montrer un monde à la fois plus simple , plus beau et bien autrement étendu que celui des anciens.
* De cœlo, 11, 6, p. 459, B; 8, p. 463, B; De mundo, 2, p. 602, B.
' 11 fallut renoncer aussi a la concentricité des sphères , lorsaue Ton reconnut que les mois d'été étaient sensiblement plus longs que les mois d'hiver. Les anciens ont donné de ce phénomène une explication très-ingénieuse.
» Dsca5to,ll,4,p. 456, E.
« De ccOo, n, 8, p. 460, E; 42, p. 464, C. — Aristote cherche dans ce chapitre pourquoi il v a beaucoup d'astres dans le premier mobile , tandis qu'il n'y en a qu'un dans chacune des sphères inférieures. 11 croit en trouver la raison dans ce que la première est uniaue , tandis que les autres sont plusieurs : celles-ci n'ont donc chacune qu une étoile , tandis que la première en a plusieurs , ce qui établit une sorte de compensation.
■ De mundo, 2, p. 602, C, D.
' De caéto , 11 , 8 , p. 460 , E . — - Voilà l'un des poinU sur l^quels Arislote est le plus éloigné des idées modernes. Laissons les raisonnements métaphysiques sur lesquels il s'appnie ponr prouver que les astres ne tournent pas sur eux-mêmes ni dans leurs sphères. Voici ses conclusions : 1* les astres ne paraissent pas se mouvoir sur eux-mêmes ; le soleil semble tourner à son lever et à son coucher (p. 463, G), mais c'est noe illusion d'optique, un eflet de la faiblesse de notre vue; 2» les étoiles fixes parais- ^ot scintiller, tandis oue les planètes ont une lumière tranquille ; et cela vient de leur grande aistance , parce que notre vue est trop faible pour
4 6 LA PHTSIOl'R D AKISTOTR.
rotiinda, et sphwra» su» adhnerentia eum ipsîi et per i|)saiii versanlur *.
Sphaene autem a primo cœlo sive primo mobili moventur. quod quidem motionem e\ alla in aiiam transfundit, ca tamen lege utquo sibi propior est sphiera, eo majorem, et quo remotior, eo minorem accipiat motum '.
Inde definiuntur varii planetarum anni-, Luna quidem mense uno suum peragit orbem; Soi, Lucifer et Mereurius, anno uno *, Pyrolsduobus annis; Phaéthon duodecim, Phaenon autem triginla annis '.
Omnes hœ stellse quum lentius orbe stellifero provehantur\ videntur luctari mundo* in adversum niti et variis
aller jusqu'à elles , et le tremblement qui 8*y opère nous fait croire qoe c*est Vastre qui tremble en réalité {De cœlo , 11 , 8 , p. 463 , D) ; 3* il est visible que les étoiles ne se roulent pas dans leurs sphères , d'abord parce qu'elles ne paraissent pas le faire , ensuite parce que la lune présente assurément toujours la même face [ihid.) ; 4* enfin, la nature n'a donné aai planètes aucun organe pour se mouToir, et , comme elle ne fait rien ai nasard , qu'au contraire elle fait tout pour un but déterminé , il est absurde de supposer un mouvement propre aux planètes [Ibid , E) ; 5* la conclusion générale est que la rondeur au ciel est parfaitement adaptée à son mouvement éternel, parce qu'il doit tourner dans le même lieu, tandis que la rondeur des planètes est ce qu*il y a de mieux pour qu*elles ut tournent pas dans les spkères qni les emportent (Ihid., i la fin du chap.). Tous ces raisonnements nous semblent bien singuliers.
* DêccBlo, 11, 8, p. 460, C; p. 461, B.
* De ccbIo, 11, 10, p. 463, B, C. — On voit par là comment les anciens avaient conclu , avec assex de justesse , les distances relatires dn planètes. Cependant Vénns et Mercure , qui semblaient osciller autour du. soleil , paraissant tantôt i l'orient, tantôt i l'occident de cet astre, ont di leur laisser moins de certitude ; aussi trouve-t-on que quelques-uns changeaient leur ordre, ou plaçaient le soleil an-dessus d'elles (Voy. Plutarque, De placitis phUosophorum , 11, 15). Manilius, Astronomica, I. 803:
Sant alia adverse luetantia sidéra monde , QuiB cœlom terramqae inter voUtantia pendent ; Satuml, Jovis et Marlis Solisque; snb illis Mereurius Venerem inter agit Lonamqne locatos.
* DeffMfiMfo,6, p. 612, G.
* D0C»to,lI,lO, p. 463,G.
* ^'BxoffTov *yàp àvTi0éptrat rô oùpav6 xarà rèv aùroù kùkXov (ihid.i. De là cette belle expression : luetantia sidéra mundo , employée par Manilius (ci-dessus, et 1 , 259) pour désigner los planètes.
LA PHYSIQUE D ARISTOTE. f7
cœli locis in dies adhaerere^ unde pUmetarum, quasi vago^ rum aut errantiwn$iderum nomen illis impositum est'.
Qui quidem planetie binis viribus obedientes* (universa enim naturœ mundique conversione rapti, peculiari sphœitB suœ motioni nihilominus cedunt) , ad dextram aut ad sinistram plus minusve déclinant \
Has omnes declinationes amplectitur zona quœdam * in obliquum secta, quam zodiacum vocant seu signiferum, propterea quod stellata animalia seu signa continet-, quibus varia anni tempora notari possunt ^
lY. De motu $oli$ ac lunœ. — Sol per médium zodiacum magna celeritate latus solstitiali orbe itemque brumali non longius progreditur^ quos ut attigit circulos fit bine solstîtium, illinc bruma : scilicet hic incipit lestas, illic hiems *.
' De cœlo, 11, 8 , p. 461 ; De mundo , 2, p. 602.
* De cœlo, II , 42, p. 463 , 465. — Arislote expose ici avec une grande clarté , sous le titre dAporia , et en s^appuyant sur des obsenrations trèsexactes. Tune des grandes difficultés de I astronomie ancienne, Tirrégalarite du mouvement des planètes. Malheureusement, il veut Texpliquer, et ne le peat qu^en supposant les planètes animées, ainsi que leurs sphères.
* Dec€BU>,l\, iO, p. 463, B,C; 12, p. 464.
* De mundo f 2, p. 602, B. ^ Je fais du xodiaqne une bande, quoique le De mundo n'y voie qu'une ligne qui touche les deux tropiques : c'est qn'alors cet ouvrage parle de VécUptique; c'est la ligne tracée au milieu du zodiaque , et la route annuelle du soleil autour de laquelle oscillent les planètes : c'est donc la partie pour le tout.
* De mundo j 2, p. 602. — Les anciens nous ont laissé beaucoup de descriptions du sodiaqne; Tune des plus belles est celle que Manilius a placée dans son poème sur l'astronomie (1, ▼. 255).
* J'ajoute ici quelques notions <{ue je ne trouve pas exposées systématiquement dans Aristote , mais qui , faisant partie du système astronomie (|ue dû à la simple observation des phénomènes, étaient connues longtemps avant lui , et ne pouvaient lui avoir échappé. Ces idées sont, d'ailleurs , nécessaires pour entendre la suite de son système. Elles ont pu, d'un autre rôle , être exposées dans le livre sur l'astronomie que Diogène attribue à notre auteur, et que nous avons perdu; ou plutôt, si l'on ne risquait pas tant de s'égarer dans le champ des conjectures , on pourrait supposer que, donnant ses explications dans ses leçons orales , on acromatiques , le philosophe n'avait pas voulu reporter dans des livres où il prétendait fonder ou confirmer des doctrines nouvelles , les opinions communes qu'il ne combattait pas ; il fallait , toutefois , avoir ces connaissances |)our comprendre
Quum vero e brumali ad solstitialem circulum aul ex hoc ad istum progreditur, aequatorem (Gnecis isemermom bis secaty hic vemum, illic autuninale definiens aequinoctium.
Lima, octo et viginti prope diebus totius zodiaci ambitum conficiensy per triginta dies ad solem a quo erat profecta remeat*.
Quum autem luce propria careat, lumen a sole mutualur, et hujus astri radiis aceensa clarescit.
Inde fit ut diversis locis, varia nobis appareat; has species aut permutationes, post Gnecos, phases hodierni vocant astrologi.
Istœ species in dies mutantur crescente luna aut senescente*, septem vero permutationibus luna toto mense distinguitur, quum nascitur, quum fitdichotomos, etamphicjTtos, quum plena, et rursus amphicyrtos, ac denuo dichotomos, et quum ad nos luminis universitate privatur '.
Luna globosa est quod perspicere licet ex ipsius incremento aut deminutione; et quia in eclipsibus, sol ex ea parte qua déficit menoide$, id est concavus^ semper videtur '.
Solis enim fit eclipsis seu, latina lingua, defectus^ si luna ei succedens objectu suo ab humano aspectu lumen ejus repellit*.
Luna autem laborat, quum ipsi contra solem posiUe , sub
ses llTres , et c'est peut-être à cela que fait allusion la fameuse lettre à Alexandre, rapportée par Aulu-Gelle {Noctes atticœ, XX, 5), où il ànt que ses livres ne sont intelligibles que pour ceux qui Font entendu luimême : car un professeur, auteur en même temps d un ouvrage non élémentaire , donne toujours dans ses leçons des oétails qu'il dédaigne dan« ses livres.
' Cet alinéa el les sept suivants n'étaient pas dans la première édîtioo.
« OecoBto, ll,H,p. 463,D, E.
* AfuUytica iH>sterioraf l, 13, n«« 4 et 5, p. 135, C; De cc^o, lieu cilé.
* Deccao,\\, H, p. 463, D, E.
LA PHYSIQUE d'aRISTOTE. 19
eadem stantîs linca, terrae umbra obsistit, ne soliium lumen accipiat *.
Ideo nec sol unquam déficit nisi quum luna nova est, nec luna, nisi quum estsoH adversa, id est, in plenilunio.
V. De mundo inferiori, — Infra istam quam divinam et immutabilem diximus mundi partem', mundus inferior situs est, qui patibilis et mutabilis, ut antea dictum, e quatuor corporibus ' in tôt orbes distributis constat.
Quum cœlum in orbem actum omnino sit levitatis et gravitatis expers, in mundo inferiori solum levitatem aut gravitatem reperics *.
Grave et levé * quum in se quasi incitamenta mo-
^ Analytica post$riara, 1, 31 , n» 4 et 5, p. 159, G; II, 2, n«* 3 et 4, p. i63;8,a«*8àli,p. 169.
* De là Tient cette expression si connue , le monde iubkmaire , pour iodiqner la terre , son atmosphère , et ce qu'on supposait Tentourer jusqu'à la lune.
' Voici ces quatre éléments d*Aristote si célèbres dans les écoles, et que Ton rappelle quelquefois dans les cours de chimie , pour montrer combien les idées différent aujourd'hui de ce qu'elles furent autrefois. Cette conclusion est très-vraie : mais on la déduit de prémisses qui ne le sont pas, en supposant qu'Aristote entendait par éléments, on corps simplet.
ce qu'enteiîia la chimie moderne; loin de là, il repousse tout à fait, nous le Terrons , la définition que Ton donne aujourd'hui, et prononce que les éléments se changent les uns en les autres. M. Biot, en faisant observer, dans une note de la Phytiquàe mécoÊiique de Fischer, qu^il se trouve un rapport fautif, mais asses marqué, entre les quatre éléments d'Aristote et les quatre états de corps que nous concevons ni^ourd'hni , savoir : les soUdês, les liquides^ les ga%, les fluidef incoereiblies , nous montre eiactement ce qu*Aristote entendait. Ses quatre éléments n'étaient pour lui que dea modes de la substance, des abstractions de son esprit , et non des çabstances diverses.
* D«cœto, lll,2,p. 476, C; 3.
' Aristote remarque que les roots lourd et léger s'emploient presque toujours par comparaison : ainsi on dit que le bois est plus léger que Pairain; mais y a-t-u un lourd absolu? un léger absolu? Oui, répond- il, et il a bien soin d'ajouter qu'il est le premier qui les ait ainsi considérés (De cœto, m, 1, p. 485, C ; Cf. IV, 4, p. 490, C). C'est, en effet, l'un des points fondamentaux de sa doctrine , mais aussi l'une de ses plus graves erreurs , puisqu'il va bâtir tout un système sur ces abstractions , comme si elles avaient une action , et par conséquent une existence hors de son esprit.
iï
tus \ habeant, grave est quod ad centrum aut deorsum y levt autem quod a medio sîve sursum fertur *.
Gorpora iimplicia^ elemmta quoque dicta \ ea sunt qus simplici motu fenmtur ad médium aut a medio : mixta autem seu compoiita quorum mixtus est motus '.
VI. De ekmefUis. — Quatuor ergo sunt elementa * : ignù qui semper est levis sursumque tendit*-, aer gravior igné, levior aqua-, aqua gravior aère, terra levior*, terra tandem cieteris gravior, quœ semper tendit ad médium \
Mixtorum levitatem aut gravitatem ex elementorum levitate vel gravitate pendere manifestum est *, ita ut quo plus minusve cujusvis elementi continebit, eo levius aut gravius sit, si levé est elementum; si contra grave, eo gravius aut levius *.
* Aristote emploie ie mot énergique el pittoresque î^il^rupa x/ytfOTtfv des causes actives de mouvement (De cce/o, IV, i, p. 485, C).
« I)ecœto,lll,2,p. 476, C;1V. 1, p. 486 . D, E. » Z)eccBto,lll,3,p. 477.
* DeccBlo,\\\, 3, p. 478, A.
* De ccBlo, IV, 5, .p. 49i,G; De générât,, W, 3, p. 5i6,B, C; Meteor., 1 , 2, p. 529, A. — Aristote distingue, et il faut distinguer arec loi. les éléments, ou corps simples, ffTotx^iXj des principes ou causes, àp%Ai. Ceux-ci sont au nombre de trois , savoir la matière , la forme et la privttion , sur lesquelles vojei U Curé de VarengeviUe, Les éléments sont : le feu , Pair, l'eau et la terre ; c*est là le sens le plus général de ce mot Toutefois , ce sens est quelquefois détourné , soit par la nécessité du discours, soit par une épithète. Ainsi le TpuTov crotxeiov rôv cccfjLâr:^
SMeteor.^ I9 ^9 P/ '^^ • B) àétifue la matière, et le rirrapeç àpxxi (ibid., i, p. 529, A) signifie les qualités primordiales auxquelles Anstote attribuait la détermination des éléments, comme on le verra tout à l'heure.
* Il faut bien remarquer, et j'aurai l'occasion de revenir là-dcssas. 011* Aristote entend ici par feu une matière qui, sans être essentieUemeot chaude et brûlante , Test en puissance , c'est-à-dire peut le devenir à tout instant.
' De cœlo, IV, 2, p. 486. B; IV, 4, p. 489, E. — Ovide (Jfe/am.. 1 , V. 25) eipose en beaux vers toute cette théorie Voy. aussi tfanilius, ^Astron., I, v. 149).
* DeccelOyXy, 4, p. 490, B,C.
* Aristote reproche aux physiciens qui l'ont précédé de n*aToir jamais expliqué pourquoi les corps tombent ou s'élèvent; il l'explique, conune 00
LA PHYSIQUE D^BISTOTE. Itl
Fiunt elementa et pereunt ' -, nec tamen in nihilum aut aliud corpus dissolvuntur^ nec fonnantur e nihilo aut ex alio corpore simplici *, quandoquidem nullum existât corpus simplex prœter quatuor elementa : sed ex sese mutuo generantur et in sese dissolvuntur *.
Ignis, aer, aqua, terra nec ex eisdem similibusque partibus constant, qu8B pluresin bis, pauciores in illis, elementa graviora reddant aut leviora, ut aiunt qui unam dari in rerum natura materiam contendunt^; nec raritate aut densi-
leToit, par la supposition d'une force propre aux éléments; ei encore cette force est-elle double , puisqu'il y a des corps légers et d'autres graves. Newton, en combinant les propriétés des fluides avec une seule £rce occulte , qu*il a nommée Tattraction , a réduit à celte seule force Veiplication de la chute des corps, et rélévation des fluides légers. Avant lui , Descartes avait donné de ces phénomènes une explication ingénieuse et indépendante de toute cause occulte , mais que les progrès des sciences physiques ont renversée de fond en comble (Voy. le Cours de physique d» Bohaut^ H, 28, édit. de 167i). En 1720, racadémie de Bordeaux ayant donné pour sujet de prix à chercher la cause de la pesanteur, plusieurs mémoires furent envoyés à ce sujet. On peut voir dans Montesquieu (CEuv. posth., 11, j>. 28, édit. stéréot.) l'analyse des uns et des autres. L'un de ces mémoires donnait pour cause de la pesanteur celle que M. Aiais a depuis développée dans %on Explication universelle , la transpiration stellaire et la pression de la matière éthérée.
' /)0ccB/o,in,6,p. 481,C.
* C'est là que l'on trouve exprimée d*une manière tout à fait affirmative cette pensée que Lucrèce a placée dans le premier chant de son poème (v. 206 et 249):
Nil igttur fieri de nilo posse fatendum est, Uaud igitur redit ad nilum res uUa....
Notre auteur dit : Oure ^àvrav èffrî yéyeaiç ovt i^Aô^ ov^evàç, (De C(Bto,llI,2,p.477.B.)
> De coBlo, 111, 6, p. 481, E; De gênerai., il, 4; MeUor,, 1,3, p. 529, D.
* Aristote discute ici en détail les opinions des physiciens qui l'ont précédé (0e coslOf IV, 2, p. 486, C|. U condamne toutes leurs opinions , et en particulier celle-ci que le poids plus ou moins grand des corps sous le même volume venait de la Quantité de vide qui se trouvait entre les parties. Cette doctrine, aujoura'hui admise partout, aurait pu le conduire à lexplication de difficultés insolubles dans sa théorie. Je dois, à ce sujet, relever une erreur que j'ai trouvée dans plusieurs ouvrages de physique. On croit communément qu' Aristote avait déterminé d'une manière fautive, ou au moins supposé le rapport de la pesanteur de l'air à celle de Teau.
ai LA PHYSIQUE D*AR1ST0TB.
tate inter se differimt*, nec majus aut minus vacuum levitatis aut gravitaUs * causa est, ut veteres tiuidam autumant philosophi.
Diffenmt igitur elementa qualitatibus coDtrariis* quarum hœ suDt aetivm^ ill» autem pamtnv.
Vn. De quakUUibui $ive eau9i$ elementorum. — Prinue
11 n'en est rien : il établit, au contraire (De ccdo, IV, 2, p. 4S6, D, et 488, B) , que tant d*air qu'on voudra t'élèTora toujours de Teau, et par conséquent, selon sa théorie , pèsera toujours moins qu'elle. 11 est bien Trai qn*il dit (ïMd., p. 490, Cf) que Tair pèse; au' une outre pleine d^air (sans doute comprimé) pèse plus qu'une outre viae ; dans ses Problèmes [XXV y 13) et dans le De cobIo, il remarque que les outres TÎdes , quoique
5 lus légères que les outres enflées , vont cependant au fond de Tean , tanis que celles-ci surnagent ; et cette contradiction pour lui s'explique, parce que ce qui a plus d'air (fue de terre ou d'eau est nécessairement plus léger que l'eau (De ccdo^ ibid.). Mais dans tout cela il n'est question que da poids absolu de l'air. On trouve encore (De coUo , IV, 6 , p. 492 , 493) une difficulté du même genre. Pourquoi, dit Aristote, le fer et le plomb, étendus (et probablement creux) , vont-ils sur l'eau ? Pourquoi les mêmes substances oisposées en boule ou en broche vont-elles au fond? Pourquoi aussi les paillettes de métal , ou la poussière , bien qu'elles soient de nature terreuse, sont-elles emportées dans l'air? Il est clair que celui qui écrit cela n'a aucune idée de ce que nous nommerions la densité de ses qtuitre éléments. Dans le De generatione (11, 6, p. 520, B), il suppose que l'eau pèse dix fois autant que l'air : mais c'est une supposition qu'il prête à ses adversaires pour les combattre. Cest réellement à Galilée qu'appartient le premier essai raisonnable pour déterminer la pesanteur spécifique de Tair. 1 De cœlo, IV, 2 , p. 486 et 487, A. — Yoves, lieu cité, le miaonnement curieux sur lequel s'appuie l'auteur. Je n ai pas besoin de dire qn^ n'y a pas un écolier qui n'en comprit aujourd'hui la fausseté ; mais il devait paraître très-soUde à une époque où l'on n'avait, pour ainsi dire, aucune notion d'hydrostatique , puisque c'est Archimède qui, venu près d'an aîède et demi après Aristote, créa cette science par la belle découverte à U> quelle donna lieu la couronne d'or du roi Hiéron , savoir, a qu'on corps plongé dans un liquide y perd une partie de son poids égale au poids m volume de liquide qu'il déplace. « (Vitruve , De ardUtect,, IX , 3 ; Cf. Priscien. De ponderibus et mensuriSf v. 92 et suiv.). Sénèque (Qucest. nat,, 111 , 25) a profité de cette découverte pour expliquer comment des briques peuvent ne pas enfoncer dans l'eau.
* De générât., 11 , 2 , p. 5i 5 , B. — Voilà , comme je l'ai dit , le point capital de la doctrine d'Anstote et la source de presque toutes ses erreurs ; il s'est imaginé que des qualités qui ne sont que l'expression de la manière dont nous sommes affectés, pouvaient par elles-mêmes modifier les corps auxquels elles appartiennent. « Grande découverte , s'écrie à ce sujet Montesquieu ((JEuvr. potth., U, p. 126), qu'il n'y avait pas de qualité» positives ! »
LA PHYSIQUE D ARISTOTE. t5
corporum qualitates iste sunt : grave et lete, quœ quia nec activa, nec paasiva sunt e causarum numéro rejicere y et effectibus annumerare debemus'; ealidvm et frigtéum quœ activa, hvimidum et $iceum quœ passîva esse nemo inficiabiturV
Calidum id est quod naturas diversas séparons , easdem congregat '; frigidum autem quod omnia cujuscumque generis sint, in unum cogit \
Uvmiuin id est quod, quum vasis cujusiibet parieUbus se facillime accommodet, nuUam sibi propriam affectât figuram-, nectim, e contrario, quod, quum proprio termine belle definiaUir, aliène definiri vix potest ^
Facillime nunc proprietaUbus suis notantur elementa: ignis enim calidus est et siccusj aer calidus et bumidus; aqua autem humida et frigida-, terra demum frigida et sicca*.
Item alia ex aliis elementa fiunt aut in alia convertuntur unius aut duarum qualitatum mutatione ' : sic quum ignis
* De générât., 11, 2, p. 515, B.
* /Wd., C.
* On a remarqné depuis longtemps (Voy. Rohaut , PhysiqvM , 1 , 23] , que cette définition de la chaleor n*est pas exacte: une grande chaleur sépare toujours les molécules, puisqu'elle liquéfie les solides et gaiéifie les liquides. Mais Aristote, frappe sans doute de quelque propriété particulière du feu, en avait fait sa propriété essentielle; ainsi, faites chauiTer de Teau salée , Teau s^évapore ou se distille , et le sel reste ; les parties dissemblables sont donc séparées , parce que , dit Aristote , les semblables sont unis : car séparer, c'est réunur les semblables (De générât.. Il, 2, p. 515, C).
« De générât., 11, 2, p. 515, D.
* Ibid. — On voit ici, pour le sec et Vhumide, deux définitions qui ne peuvent convenir qu'au solide et au liquide : ainsi la {Mremière convient au mercure , aux métaux fondus, à quelques produits chimiques qui ne contiennent pas un atome d'eau; et la seconde s'applique parfaitement aux substances solides où la présence de l'eau est dissimulée : nouvelle preuve que , sous le nom des quatre éléments , Aristote n*entendait pas du tout quatre substances analogues aux éléments de nos chimistes, mais bien quatre formes ou manières d'être.
* De générât., 11 , 3, p. 516, G.
' La doctrine de la permutation des éléments était reçue avant Aris-
tA LA PHYSIQUE d'aRISTOTE.
calidus sit et siccus 9 aer vero calidus et humidus -, si vincetur ab humiditate siccitaSy ex igné fiel aer-, aqua nirsus ex aère» si calori deficienti frigus successerit-, terra tand^n ei aqua» si, manente frigore^ siccum in humidi loeumsesiibimserit*.
Inde coUigi potest elementa materiam non esse -, sed pra^ ter ea esse quamdam materiam communem*, cujus pro-
tote ; on la trouTe dans ie Timé$ de Platon , et en termes si précis , qu'il sera utile de les rapporter ici : Tlpôroy fièvo ^il vv¥ ù^up ùvofAâxofUv, mitywMfvoy ^ ôç ^oxovfievy Xiôou^ xal yijv *yiyv6iuvov opùfuv' rifxifuvov è^e/L xaî ^laxpiyéfuyov raurdv roùro^ TveùfjutKol ààça' cifyiLz^rùévra iè rày àépxxal rvp. (Timée, p. 10S9, C, eiit. in-folio de Francfort, 4602.) « Ainsi cet élément que nous avons appelé Teau , quand il se resserre et se contracte , nous le voyons devenir pierre et terre ; au contraire, s'il se fond et se dissout, il se change en sonfOe et en air; et Tair. brûlé à son tour, devient feu. » Platon continue : « Il représente le changement successif du feu en air, en eau et en terre. » De là, même , il tire cette conséquence , qu'il n'y a ni terre , ni eau , ni air, ni feu à proprement parler, mais seulement du terrestrtt de Vaquetix, de Vaérienj de I'î^im. c'est-à-dire quelque chose qui peut être et devenir accidentellement chacun de cet éléments (tbid., D, Ë). La seule différence entre Platon et soi disciple , c^est donc que celui-«i croit expliquer le changement dont il s V git par le jeu de ces abstractions, le chaud et le froid , le sec et l'humide. Au reste , ce qui peut et parait avoir donné lieu à cette erreur, c*est le passage d'une même substance , de Teau par exemple , à Tétat solide on i Tétat gazeux : mais change-t-elle par là de nature ou de fonne seulement? Les cartésiens ont répondu à cette question par Texpérieiiee (Rohaut. Physique^ 1, 21), et surtout par leur théorie, qui suppo«ait trois corps simples , ou matières primitives essentiellement différentes. Tout k monde admet aujourd'hui 1 opinion de Leucippe , Démocrite , Epicure , Lucrèce, Gassendi, et des atomistes sur la permanence des molécoks élémentaires. Toutefois , cette opinion paraîtra moins contradictoire à celle d'Aristote , si Ton conçoit bien que ce dernier parlait de Tétat des corps plutôt que leur substance.
' Cette mauvaise physique et , ce qui est pire , cette mauvaise philosophie ont dominé dans les écoles et dans le monde jnsqu*à la fin da XVII* siècle. Descartes et ses disciples contribuèrent puissamment à cha^ ser de renseignement cet inintelligible filtras de qualités abstraites agissant sur les corps , et se succédant sans qu'aucune substance connue ob supposée vint causer ces différences. On a peine à concevoir maintenant Tengouement dont les savants se prirent tout à coup pour les tourbillons, la matière subtile et les deux éléments plus grossiers qu'avait imagiaé> notre Descartes : c'est qu'on ne sait ])as assex à quelle doctrine succédait la sienne , et de quelles clartés il éclairait tout à coup l'obscur dédale da abstractions aristotéliques.
* D$ gênerai., Il, 5. p. 518, E. —Voilà enfin la déclaration formclk
LA PHYSiOUE I) ARISTOTE. 25
prium est moveri et paU , dum alierius est potentiœ movere et agere '.
VIII. De terra. — Terra quam incolimus locata in média mundi sede immobilis manet*, nec in axe suo volvitur, dies noctesque per vices referens, nec versatur circa soient quem Pythagorei in medio mundo consUtuunt '.
Non altéra est terra isti quam incolimus opposita, quam antiehlkona vocemus, quœ circa solem ut nostra terra versetur, nec a nobis unquam videatur \
Quum in corporibus duplex tantummodo concipi possit motus, motus scilicet naturalis aut secundum naturam, et motus violentus seu contra naturam*, inde coUigi potest
que les éléments ne sont pas matière , qu'ils ne sont que des modes d'une substance commune différente d'eux-mêmes : âAAiy rtç uAiy Kotytj (Dt gênerai.. Il, 5, p. 518, E). Quelle est donc cete matière conmiune, qui, comme il est dit dans les Météorologiques (1, 3, p. 531, B), est en puis* sance, c*estr^-dire mtuellement chaude , froide, sèche et humide? fXif riç ovva xai ^uyâfut éspfi>i^ xaî 4ft/xpà^ xaî ^fjpàj xat ùypâf
N'est-eepas, autant qu'on en peut juger à travers l'obscurité du langage et la distance des siècles, le unum ens de Parménide et de MéHssus? N'est-ce pas le principe de Tbalès? on celui d'Anazimandre? on celui d'Anaxiniene? ou celui de Leucippe? ou la substance unique de Spinosa?
• De générât., II, 9, p. 524, A.
• Df ccBto,lI.14,p. 470,C.
' /5id. — Selon Plutarque (De placitis phUosoph,, 111» 11), c'est le pythafforicien Philolaûs qui plaçait le soleil an centre de l'univers : autour de lui circulait Vantichthone, et autour de celle-ci notre terre , de telle sorte que les deux terres ne pouvaient jamais se voir. Cette idée bicarré doit déjà nous prémunir contre l'admiration qu'on accorde trop facilement & l'école de Pjthaffore» quand on lui attribue la découverte du vrai système du monde. Ce ^ il y a de vrai , c'est qu'il ne lui appartient pas du tout, et que ceux qm lui en font honneur sont dupes de mots mal entendus. La découverte de Cop^nic, en effet, n'a pas consisté à dire vaguement que les planètes tournaient autour du soleil , mais à montrer par des raisons certaines que c'était la seule hypothèse admissible. Rien de semblable chez les pythagoriciens : ils ont imaginé que le milieu était la place la plus honorable ; et d'un autre côté , que le feu est le plus noble des éléments ; qu'ainsi, le soleil étant de feu , devait être au centre du monde. Anstote , qui expose ces raisons , les juge très-sainement quand il les traite de pures fantaisies, et déclare qu'elles ne peuvent entraîner l'assentimeut des philosophes {De cœto. II, 13, p. 465, E; 466, A, B, D).
' l>sceBto,II, 13, p. 465, Ë; 466.
" De coOOj 11, 13, p. 468, A, B.— Celte idée d'un mouvement propre
3G LA PHYSIQUE d'aP.ISTOTE.
utrum terra moveatur necne : nihil enim contrd naUiram œternum esse poiest-, et quod œtenium esse videmus ut admirabilem hune mundi ordinem, naturale esse necessario asseiimus*.
Omnes autem terrœ partes deorsum ferri aut ad centrum nemo non btebitur : hic est ergo omnium terrœ partium , el postea totius terrœ motus naturalis *.
Si terra nunc naturaDter volveretur, duos haberet motus, alterum conversionis , alterum lapsionis, quod plane non convenit eorpori simplici, quum simplex sit simplicis motus '.
Item si terra moveretur et versaretur circa solem , Stellarum species et distanUœ hoc motu mutarentur ^ -, scilicet
à chaque élément , qu'Aristote regardait comme essentiellement Traie , est diamétralement opposée à celle qui est reçue aujourd'hui par tous les physiciens, savoir, que les corps sont indifférents au repos et au mouvement. Au reste, le raisonnement a Aristote suppose bien connu le sens du mot natwre; et, comme Ta très-justement remarqué Condorcet dans son Éloge dt Tronchm (t. II, d. 410, de Tédit. in-12, 4799), ce mot est un de ceui dont on se sert ^autant plus souvent que ceui qui les entendent , ou qui les prononcent, y attachent plus rarement une idée précise. Condorcet, appliquant cette observation à ceux qui parlent de médecine, ajoute quus font souvent de la nature une espèce d être moral qui a des volontés, qui supporte impatiemment la contradiction , qui a quelquefois asses de sagacité pour sauver le malade, mais qui, malgré les bonnes intentions qu'oo lui suppose, est sujette à se tromper presque aussi souvent que les médecins. Sans doute Aristote ne se faisait pas des idées aussi ridicules , mais son argumentation ne vaut pas mieux. Qu'est-ce, en effet, pour loi, que la nature? C'est ce qui se fait ordinairement, et presque sans exception ; et ce qui est contre nature, c^est ce qui n'arrive qu'accidai tellement et d'une façon passagère. De sorte ^e son raisonnement se réduit à ces propositions identiques : rien de ce qui n*a lieu que par exception n'est constant ni éter^ nel , et tout ce cjni est étemel et régulier, comme Tordre de ce monde , est étemel et régulier.
« De cœlo, II, 4, p. 470, A.
> De cœlo, II, 13, p. 468, C, D; 470, B, D.
* De cœlo, II, «3, p. 468, A et D.
^ De cœlo, II, 14, p. 470, A. — La raison que donne ici Aristote de l'immobilité de la terre est parfutement juste, dans l'opinion reçue de soi temps, que les étoiles, bien que très -éloignées de nous, n'étaient cependant pas à une distance immense. S'il avait su ce que l'on sait aujourd'hui, que, vu de l'étoile de Sinus , le système solaire tout entier, avec un rajon
eas eo minores et pallidiores videremus, quo magis terra ab illis distaret; et quum conversionem perfieiens, eo unde profeeta est rediret, Stella) quoque primo stare, deinde retroferri viderentur, quod nunquam apparet.
Terra ergo immobilis manet, et mediain occupât mundi sedem, ita ut, qaum corpora ad mediam terram ferri videmus, reipsa ad médium mundum deferantur, quandoquidem ea est gravium corporum propria latio ' -, terraque ipsa dum hue pondère suo trahitur, generali legi cedit et mole suastat*.
Terram vero globosam esse et rotundam multa probant : tendunt enim ad centrum omnes materiœ partes, quœ nisi in globum disposit» essent, dum altior magis premeret congéries, minor sane cederet, donec ad œquilibritatem reduct» essent; et sic sensim fieret »quor '.
de 800 millions de lieues, serait caché par Tépaissear d'une soie , il aurait compris que le mouTement de la terre ne pourait produire sur les fixes aucun effst sensible, «jnoique cet effet soit mathématiquement vrai.
* ite oœlo, U, 14, p. 47i, A.
* Yotià donc une démonstration à priori que la terre est suspendue dansTunivers par son propre poids :
Gircumfuso pendet in aère iellus Ponderibns hbrata suis.
(OviDius, Metam,, I, IS.)
C*est sans doute une erreur ; mais combien il y a loin de cette erreur aux hypothèses ridicules, on peut le dire, des prédécesseurs d*Aristote! Xénophane faisait de la terre une montagne infinie dans sa base , tant il ignorait sur quoi la faire porter (Plutarch., De placitis pkHosoph., 111, li).
urres , il faut cependant mstinguer celle que donnait Émpédocle : selon loi, la terre était maintenue au centre du monde contre sa nature par la réTolntîon du ciel , comme la poussière et les corps plus lourds que Tair sont généralement maintenus an centre d'un tourbillon de vent.
* D$ ecriOf II, 14, p. 470, E et 471 . — On remarquera la singulière analogie de ce raisonnement avec celui de Newton et des mathpmaticiens pour prouver la rondeur de la terre. Au reste , il n'y avait pas moins de divergence , entre les philosophes, sur la figure de la terre que sur la manière dont elle se soutient. Anaiimène la com|kurait à une table , Leucippc h un
LA PHYSIUIE DARISTOTE.
Secundo haec opinio maxime cum phaenomenis congruit : nam quum semi)er in lunae defectibqs umbra terne projiciatur in hune planetam, linea orbiculata semper terminatur ^
Praeterea quum e septentrione ad meridiem progrederis. nova continuo ad Austrum tibi surgunt sidéra quœ nondum videras : quœdam autem Boream versus occidunt, quae se tibi antea semper in conspeetu dabant : quod quidem duUo modo fieri potest nisi rotunda sit terra '.
Ergo ubicumque terrarum steterit spectator, duœ sunt polorum tenus cœli partes, quarum altéra semper, altéra nunquam, ab illo cemitur '*, hisunt circuli quospohs proximos, aut arcHcum et anlarcticum nominant \
K. De terrœ dwisiane. — Terra, instar cœli, in quinque partes seu zonas dividitur * : média inter tropicos locaU
Umbour, Démocrite à an disque creux dans le milieu , Hénclite à une
« D0ccao, II, 14, p. 470, E.
* Decœlo, H, 14, p. 471, A.
* De cuOo, II, 14, p. 471, E; 472, A; Demundo, 2, p. 602, A.
* Nous les nommons cercles polaires ; mais les Grecs les nommaient le cercle arcUque et le cercle antarctique. An reste, il faut bien remar(per que nos cercles polaires ne sont pas ceux des Grecs. Les nôtres sont hxes et invariables, parce qu*ils sont déterminés par les borixons des hommes placés sur les tropiques; mais ceux des Grecs, étant déterminés par des borixons particuliers aux points de cbaque parallèle, variaient avec la position de l'observateur sur* le méridien. Voy. la Sphère de Proclus, cb. 2, et V Inspection circulaire des météores de'Cléomède, cb. 2.
* MéUor., II, 5, p. 562. — C*est à Tbalès et à Pytbagore qu'est dû, au rapport de Plutarque {De placitis philosoph., 11, 12, et lll, 14), la division ciel et de la terre en cinq sones. Aristote n'en parle pas d'une manière bien précise ; c'est dans ses Météorologiques (II, d, p. 562, A, B, C) qu*il entre dans les plus grands détails à ce sujet. Il appelle les xones segnmnU de sphère^ rfAif/Aaral la terre habitable, if iwarii olxuvùaixùpa^ n'occupa que deux de ces segments. L'espace entre les tropiques ((a xone torriae) est inhabitable (ibid. B, D), et, a'un autre côté, le froid ne permet pas Je vivre dans les sones glaciales. La terre habitable a donc , de cha<{ue côté du plan de l'équateur, la forme d'un tambour (t6td. B, E), bien loin d'être sphérique ou circulaire conrnie le prétendent quelques auteurs (ibid. C]. Il fait sans doute allusion à ceux qui, suivant la géographie homérique, faisaient de la terre habitable un disque entouré par le fleuve Océan , et dont la Grèce occupait le centre. Le raisonnement et l'expérience prouvent
LA PHYSIQUE d'aRISTOTE. 29
torrida voeatur propter nimium solis acstum; extrcmœ duae arclico et antarctico circulo definita) gladaks nominantur^ zonœ iemperatœ iorridam inter et glaciales zonas utrinque extenduntur, et omnem hanc terrœ partem comprehendunt quam habitabilem ' dicere consuevimus.
Terra tota parva est, nec soli aut stellis pro magnitudine {equari potest *; hujus axis œntum viginti et septem millia stadiorum vix babet longitudinis '.
que sa larffeur est très*limiiée (ibid. C). Rlle est à peine les 3/5 Je sa longueur, il n'y a pas de communication possible entre les deux zones tempérées , puisqu'elles sont séparées par Tinhabitable torrrde ; mais les phénomènes dus à Taction du soleil se reproduisent dans ces deux zones en ordre inyerse [ibid. p. 562, E, et 563, A). On sait que toutes ces idées ont été adoptées depuis par les poètes. Voy. Virgile, Géorg.j 1, ▼. 23 i, et Ovide, Métam., l, 45.
* En grec otxovfiévti : les anciens croyaient que les hommes ne pouvaient vivre ni dans la zone torride , à cause de la grande chaleur, ni dans les zones glaciales, à cause du froid. Posidonius, qui vivait dans le siècle qui précéda l'ère chrétienne, démontra le premier, par de bonnes et solides raisons que Cléomède nous a conservées, que la zone torride était habitable. Mais cette opinion ne réussit pas et ne put s'établir : aussi voyonsnous nue Ton a gardé Texpression de terre habitable, et les poètes ont continué ae dire avec Ovide (Metam,, 1, 45) :
Qaamm qu» média est , non est habitabilis sstu : Nix tegit alla duas, totidem^ inler utramque locavit, Temperiemqne dédit mixta cum frigore flamma.
* De ccBlo, 11, 14, p. 471, E ; 472, A ; MeUor., I, 3, p. 529, D. — Aristote remarque, avec beaucoup de justesse, que la succession rapide des astres les uns aux autres , lorsqu'on marche du nord au midi , prouve que la terre a une grande courbure , et par conséquent une petite circonférence. 11 revient sur ce pointa la fin du chapitre, et dit (p. 472) que la terre parait n'être pas grande, relativement aux autres astres. Il s'exprime plus nettement encore dans ses Météorologiques, et déclare qu'on démontre , en astronomie, qu'elle est plus petite que certains astres {Meteor., 1, 3,
f>. 529, D, E). Le soleil était sans doute un de ces astres plus grands que a terre. Ainsi, quoique la jpreuve directe n'en soit pas donnée, cette connaissance importante existait chez les Grecs dès le temps d'Anstote : c'est un point qu'il est bon de ne pas perdre de vue.
* De coelo, 11, 14, p. 472. ^ Ce passade est obscur; Aristote dit [De ccBto, 11, 14, p. 472, B) que les mathématiciens estiment à quarante myriades de stades (400000) la circonférence de la terre. Le De mundo (ch. 2, p. 604, G et D) dit que les géographes portent à 70000 stades la plus grande longueur de la terre. Au premier coup d'œil, il senible qu'il n'y ait pas contradiction , parce qu'Aristote parle de la terre entière
Terra habitabilis e pluribus continentibus sivc magnis insulis constat, invio et innavigabili Oceano separatis, et sob utraquc temperata zona loeatis '.
Continens nostra qoam solam nobis videre a Diis conces- 8um est septuaginta stadionim miUia in longitudinem patet . stve ab oriente in occasum^ quadraginta autem in latitudinem, seu a mendie in septentrionem '.
Terra habitabilis très habet partes : Europam, Asiam ei Ltbyam. Quisint partis uniuscujusque fines inter geographos param constat*. Europa tamen videtur cippîs Herculis, Ponto etHyrcano mari circumscribi; Asia autem ab Europs finibus ad Arabicum isthmum patet, et Africa seu Libya ab hoc isthmo ad fretum et columnas Herculis \
X. De metêùrii. — Omnia quae circa terram et infra lunr circulum eveniunt, hœc quia supra nos plerumque videntur. meteora nominareconsuevimus ^-, quorum ut natura Gacile intelligaturcognoscanturquecaus8Byhiecprœcipuenotanda sunt
et le De mundo de la terre habitable. Mais le même , quelques lignes anparatant (p. 472, A), dit qu'il nVst pas ioTraisemblable que les colomm a*Hercule soient Toistnes de Thide, que plusieurt choaes le prouvent, et ei particulier les éléphants / qui se trouvent dans Tun et Tantre puys. Ainsi, d'après lui, la distance du détroit de Gadès, à rextrémité de l'iode, c'està-dire la longueur de la terre habitable, c'esV^-dire, enfin, les 70000 stades du i>s mundo, fait à jpeu près le tour de la terre. Or, 400000 sUdes. pour un grand cercle, aonnent pour la latitude du détroit de Gadès uv drconférence de 324 000 stades , c'est-à-dire quatre fois et denaie la longueur indiquée dans le De mundo : nouvelle preuve que ce dernier ouvrafc nVst pas d'Aristote. Il est de quelque philosophe de son époque qui ■on pris le nom du maître nour assurer le succès de son livre, et d'an temps où Ton avait déjà adopté Vidée de plusieurs continents sons notre none teinpérée.
' De mundo, 3, p. 603, B. * Cette idée, présentée légèremeni dav le De miMdo, est exposée avec détails par Gléomède.
* De mundo, 3, p. 604, G. D. — On voit ici d'où viennent les OMt" de longitude et de latitude employés en géographie.
* De mundo, 3, p. 604, D, E; Meteor., 11, 5, p. 562, G, D. ~ Qwlqnes auteurs terminaient l'Europe au Tenais; d'autres regardaient < faisant partie de l'Asie tonte TÉgypte, jusqu'au Nil.
* De mundo, lieu cité.
* Meteor.,l, i.
LA PUTSIÛUfi DAAISTOTE. 51
Ignem vocavimus corpus illud quod siccum et enlidum et eœleris levius sursum semper fertur : hic tamen animadvertendum est corpus illud ignem non esse proprie dictum, siquidem ignis calons exsuperantia est ac veluti fervor * ; sed quia tenuissimœ sunt et mobilissimœ corporis hujus partes, qui faciliime etmotu vel minimo ignescit et inflammatur, illudy alio déficiente vocabulo, non actu, sed potenUa îgnem nominavimus *.
Motus ergo calons causa est, et quo velocior, aut quo propior est motus, eo major calor evadit '.
Inde sequitur solem maximum calorem necessario nobis afferre, quum solus motu satis rapido feratur, nec nimium a nobis distet : stellse enim, siderum velocissima, remotiores sunt quam ut calor ad nos perveniat\ et luna, terne proxima, tardior est quam ut caloreih excitet \
QUum vero terra sole incalescit, ex ipsa se tollit in aerem duplex halitus : alter scilicet siccus , et aeriie naturse quo*
* Meteor., 1, 3, p. 534, C. — jTspCcXif yàp BepfMÙ xaî olov^éciçiffrl TÔ 9rvp.
* Metêor,, 1, 3, p. 534, A, B, D. —Cette obserTation d*Aristot6 est extrêmement précieuse ; elle fait remonter à plus de deux mille ans l'hypotbèse admise aujourd'hui par presque tous les pbTsiciens sur la substance éthérée. Newton avait attribué les phénomènes de lumière et de chaleur à rémission d'un ou de deux fluides particuliers , absolument chauds ou lumineux : l'absence de ce fluide produisait le froid ou les ténèbres. Or, selon Descartes, suivi aujourd'hui en cela par tous les physiciens, ce fluide existe toujours et partout ; mais sa présence ne suffit pas pour produire la lumière et la chaleur. 11 n'est chaud et lumineux qu'en puissance ; pour qu'il le devienne en acte, il faut qu^un certain mouvement lui soit donné . et se communique à la ronde par des ondulations extrêmement rapides!, Cette théorie n*a-t-elle pas avec celle d'Aristote une parfaite analogie?
' Meteor., 1, 3, p. 53t, B ; 532, A, B.
* Ifoteor., 1, 3, p. 532. A.
* Metêor,t lieu cité. — Cette explication de la plus grande chaleur du soleil, par son mouvement et sa distance, est sans doute ingénieuse ; mais elle ne soutient pas Texamen. H n'y avait entre sa vitesse angulaire et celle de la lune, la seule dont les yeux pussent ju^er, qu'une diflPérence de ^30; entre celle du soleil et celle des fixes, la différence n'était que de 4/365. Est-ce là ce qui pouvait expliquer une si grande différence entre les chaleurs produites?
51 LA PHYSIQUE D*AHISTOTE.
dammodo pariiceps, quem ftmidum dicas-, aller autem humidus et aquosus qucm vaporetn nommant*.
Motus in orbem primi corporis *, et duplex hic halitus satis sunt ut omnia meteora explicemus*, quœ quidem tune tripartito dividere solemus, prout e\ igné, aut ex aere^ aut ex aqua illa magis pendere putamus \
XI. De meîeoris igneii. — Meteora ad ignem referenda sunt flammœ, slellœ volanles, faces, caprœ, eomeUB, arbis lacteus ^
Flammœ ardentes, et diseurrentes slellœ, et faces, etquse vocant clypeos, dolia, capras, ardores, etc., unius et ejusdem generis sunt*-, specie solum inter se diflferunt; sed una et eadem omnium causa est, si quem siccum diximus et fumidum, halitus se ex humo sustulerit in istam ignitae sphœrœ rcgionem quœ cœlo in orbem acto proxima est; quum illum per noctem inflammaverit rapidus cœli motus, variœ fient istsB visiones , quibus varia nomina Graeci dederunt \
StcUœ volantes aliquando in obliquum ferri aut in terram delabi magna celeritate videntur : motus iste violentus est, non naturalis, quum ignis natura sursum feratur *.
* Aftteor., I, 4, p. 532, D; II, 4, p. 558, D.
* Par primum cornus oa primum mohiU, Arisiote entend spéciaJement le ciel des fixes, et par extension, comme ici, le ciel toat entier.
' C'est là Tobjet de la météorologie.
* Cette division n^est pas absolument énoncée dans Aristote; il s*y conforme cependant en général, et le De mundo pi as exactement encore. De pins, dans les résumés quMl donne à la fin des chapitres 8 du livre IV (p. 540, A), 3 da livre II (p. 558, C), et 1 du livre IH (p. 574, D), il déclare
rlé ae tous les météores qui tiennent à l'inflan
expressément avoir parlé de tous les météores qui tiennent à l'inflammation
5uis des météores qui C( t que suivre sa pensée.
de l'exhalaison sèche, puis des eaux, puis des météores qui consistent dans le mouvement de Tair. Je n*ai donc fait que » Meteor,, I, 4 à 9.
* Meteor., I, 4, p. 532, D; 5, p. 534, A. ' Meteor., 1, 4, p. 532, C, D.
• Meteor., 1, 4, p. 533. — Aristote fait remarquer (n. 533, C) que les flammes ie dardent quelquefois comme des noyaux que Ton presse enire
LA PHTSIOIÎE DARISTOTE. 33
HiaiuB^ fwem, languinei colores et quotquoi ejus modi sunt phflBnomena, ad eamdem causam referenda sunt '.
ComeUB quoque , qualescunque antiqui de istis opiniones emiserint^ ab halita sicco'et fùmido originem ducunt'; très tantummodo praescribunUir conditîones, ut comètes ex halita fiât : 1* ea esse débet inflammatio quie non subito extingui possit-, 2^ ne tamen adeo vasta sit, ut omnia incendio consumât-, S"" tandem indesinenter sibi succédant exhalationes, et igni semel accenso materiem novam assidue prsebeant *.
Nec secus de Uicteo orbe judicandum est *, etsi veteres philosophi multa de hoc circulo varie opinati sunt ^ mani-
les doigts, et qnelqaefois aussi comme la flamme qui se précipite d'une lampe allumée sur une mèche qui fume encore.
• MeUor,, 1, 5, p. 534, A, B,
' MeUor.,\, 6; Plutarch., De placitis phUosoph., 111, 2. ^Aristote consacre ce chapitre à discuter les opinions des anciens philosophes sur la nature des comètes. Selon Anaxarque et Démocrite , les comètes provenaient du choc ou du concours des planètes fjfatoor., 1, 6, p. 534, D). Pjthagore et Fécole italique y voyaient une planète se mouvant très-près du soleil, et disparaissant, comme Mercure, dans les rayons de cet astre (ibid.), Hippocrate et Eschyle, son disciple, sont d'avis que ce sont des
Slanètes qui prennent leur chevelure dans la réfraction causée par Thumiité qu'elle entraîne vers le soleil (ibid.^ E). On peut trouver quelques autres opinions dans le De placitU phUosopharum (ill , 2). Sénèqne , plus tard (QuouL nat,, VII, li, 22, 23] adopta, contre Tavis des Romains, qui partageaient en général Topinion d'Aristote, Tancienne opinion des Chaldéens , que les comètes étaient des planètes d'un ordre particulier. Descartes crut à son tour les expliquer en disant que les étoiles fixes qui versaient toujours leur matière subtile sans en recevoir d'autre , finissaient par s'épuiser ; qu'alors elles pouvaient être rejetées de leur tourbillon et devenir errantes de système en système.
* Meteor,, I, 7.
* Jlfetoor.,1,7, p. 536, D.
" Meteor., I, 8, p. 538, A, B, G. Plutarch., De placitis phUosoph., 111, 1. -» Pythagore et les Italiques pensent que c'est le passage de quel* qae astre dédiu; peut-être une trace de l'embrasement du monde du temps de Phaéthon ; d'autres croient que c'est l'ancienne route du soleil ; Anaxaffore et Démocrite opinent que la voie lactée n'est que la lumière de quelques astres qui sont en vue du soleil lorsqu'il passe sous la terre ; d'autres, enfin, supposent qu'elle n'est, comme les comètes, qu'une réflection de la lumière du soleil. Aristote oppose à cette opinion un raisoi^
LÀ PHTSIQUB DARISTOTE.
festum est otbem lacieum ejusdem generis esse ac cornelas : quemadmodum enim fit oomeles quum exhalaUo sicca motu sideris unius inflammator, ita nasciiur orlHS lacleus ei sempiierno sphaer» ignée cœlique aflBricUi '.
Xin. De meteoris aeriU. — Meteora quœ ab aère pnesertimorta credere debemus, venU sunt omnis generis, typhô- IMS seu vartiee$, turbme$ aeeemij fiUmma, UmUnui, ferrv molitt'.
Ventui nihil aliud est quam motos aer '.
Quum terra, tum suo, tum superno calore exsiccatur, siccum halitum efifundit; haec est materia venti'; ventus ergo spirat, quum fit ejusmodi secretio *.
Hinc causam cognoscere possumus cur solito, ventis cessantibus, efifundaturimber; item, cur plerique venti ab aquîlone aut austro spirent*.
Ut fluvii, quum e fonte scaturiunt, minimi sunt-, sic venti, ubi nascuntur, imbecilli*, exbalationem autem sicca undique conveniente, increbrescunt et bacchantur '.
Sol igitur excitât et comprimit flatus *.
nement qui n'a de Ttlenr oue dans les idées qu'il se faisait, ayec tous les anciens, an phénomène de la TÎsion. Nous aurons Toccasion d'y reTenir.
* Jfetoor.J,8,p. 539, E; 540, A.
* Jr«t0or.,n,4à9;ni,l.
« I>0m«iiido,4,p.6O5,E.
* Jfetoor., 11,4, p. 560, A.
■ /Wd.
•ife(«or., lI,4,p.560,A,B,G.
' ÊkUor., n, 4, p. 560, D, E. — Cette analogie des Tents avec les fleuves oui sont faibles à leur origine n^est pas aussi claire qn^on le désirerait. Arîstole dit positivement le contnure dans un chapitre suivait ( II , 6 , p. 565 , A). Tel est rinconvénient des similitudes et des principes métaphysiques on à priori; ils ^ prêtent à tout , et prouvent le faux ansa facilement que le vrai.
' Metêor,, II, 4 , p. 561, A; ProbUm,, XXVI , 35. — Aristote n fort bien rencontré en attribuant au soleil l'origine des vents; ce qu^il y a même de bisarre , c'est que cette explication tirée de son exhalaison chaude et sèche pourrait, jusqu à un certam point, se prêter à la véritable théocv de ce météore.
LA PHTSiQOE d'aRISTOTS. 38
Distîoguiiiiiur venti situ et qualilatibus '.
Pro ratione silos , si temet habueris œntrum versus quod fiant veatiy si postea horizontem circulum in duodecim partes squales diviseris % ab ortu œquinoctiali per septentrionem iter faciens; hadc ventis duodecim sic definitis nomina tri* buere debebis : i"" Apeliotes^^CœcUu^ S"" Bardai, Mtuê, Caunioêi 4* Àparetiai aut Boreoi^ &"" Thra$eia$ seu Cœeioê ; e"" Argestei, Olympiai, Sq/rm aut laptXy V ZephurtUf 8* Libif 9^ lÂbanotus seu Ubophanix; 10"* Hotug; il^'furanotusf 12* Euru$ '.
Inter ventes, contrarii sunt qui in hoc circule maxime distant, aut qui ex diametro sunt oppositi\
Venti contrarii contrariis temporibus maxime spirant*.
Impossibile est ventes contrarios simul flare : majore enim miner cempescitur *.
Qttum e variis lecis spirant venti, Aparctias, Thrascias et Ai^gesics maxime in c«Bteres incidunt eosque compescunt '.
* MèUor., Il, 6, p. 563.
* mteor., 11, 6, p. 563; De mundo, 4, p. 606; De sUu vmtorum^ p. i25i. ^ Je suppose ici le eercle diTÎsé en donse parties égales, et c'est en effet de cette manière qa^on trace le plus souYent les roses des ▼ents des Grecs (Voy. la Géographie de Malte-Brun, Carte du monde conmi dêi andenij. Hais Aristote n'indique pas précisément cette dÎTÎsion ; selon lui , Cédas et Argestes sont au leyant et an coucbant d*été ; Eumt et Libs au levant et au couchant d'hÎTer, c'est-à-dire mé chacun d*eux s'éloigne de l'éqnateur de 23 degrés et demi au lieu de 30; ensuite Mêsès et Thrascias sont à égale distance , le premier de Csecias et du p6le nord , le second du pèle nord et d* Argestes ; ils sont donc à 57 degrés de Téquateur au Ken de 60.
' Le libonotus et YEuronotus sont ajoutés par le D» mundo. Cet ouvrage distingue les yents en quatre classes : les Ewrus, ou vents dV rient; les Zéphyrs y ou Tents d'occident; les Borées, ou vents du nord; les Notus, on yents du midi. Il divise ensuite chaque classe en trois vents, comme cî^essus.
* Ifeteor., 11, 6, p. 563, G, D.
* Mstoor., n, 6, p. 564, D.
* Ibid.
' M0lM)r.,ll,6,p. 564,E.
LA PBTSIOUB D ARISTOTe.
Tum procelliB maxime fiuDt^ quas Gneci vocant eenephias, significantcs ventos qui niptis nubibus sœviuni *.
Ventorum alii frigidi sunt aut sicci, alii autem humidi aoi calidi-, alii oœlum serenum efficiunt, alii pluvias aut nivem important Me$e$ fulgura prssertim invehit *.
Venti eteiiœ seu anniversarii sunt qui certis et definitis anni momentis, eodem modo et ab eodem loco spirare incipiunt '.
Spiritus autem in terr» sinu inclusus, causa est cur terra quatiatur^', scilicet terra quum multam intus habeat aut émittat exhalationem tum suo, tum solis calore-, haec, si ignis admixtus est , celeriter fertur % et quum omnium corponim maxime facultatem habeat movendi, terram movet et quatit*.
Fit inundatio simul cum terrœ motu , quum flantibus e\ adverso ventiSy alter terram quatitnec tamen adeovalens est ut repellere possit mare ab altero pulsum '.
* Jfeteor, n,6,p. 565, C.
« Jfet0or.,n,6,p.565,AàD.
> ifeteor.,ll,6,p. 565,D.
* Meteor., U, 8, p. 566, D, E; 567, A.
* ÈkUor.^ Il, 8, p. 567, A. — Arisiote ajoute, dans ce chapitre trèslong , beaucoup de déTeloppements; il cite plusieurs faits qu^il croit venir à Tappui de sa théorie.
* Notre auteur a , dans le chapitre précédent , examiné les opinions des philosophes sur les tremblements de terre : Anaximène pensait que U terre humide se fendait on se desséchait, et que ces fragments énormes retombant sur elle la faisaient trembler; Anaxagore croyait que la terre, étant d'une nature spongieuse (p. 566, A), se remplissait d'air, et que celui-ci tendant toujours à s*élever, brisait la terre et occasionnait ses tremblements (p. 565, E ;Plutarch., DeplacitUphUoioph,, Ul, 15). Démocrite disait que l*eau, entrant dans les caYemes ou les gouffires de la terre, finissait par briser son enveloppe {Mêteor,, 11, 9, p. 566, lieu cité).
' MeUor.y II, 8, p. 570, A. — Aristote rattache aux tremblements de terre plusieurs phénomènes qui paraissent en effet avoir beaucoap dV nalogie avec eux, comme les bruits que Ton entend quelquefois retentir dans le sein de la terre, les flammes oui s'élèvent subitement à sa surface. Voy. d'ailleurs , pour les noms que les Grecs avaient donnes aux divers tremblements de terre, le De mirndo, ch. 4, à la fin.
LA PHYSIQUE D*ARISTOTB. S7
TanUru, fulgur^ turbinem\ turbinem aeeemum quem Graeci frestera vocant *, et fulmina eisdem de causis pendere manifestum est'.
Sic spiritus ^ecretio quœ in ipsis nubibus fit, quum nubium densitati ingruit, Umiiru excitât * : spiritus autem violente hoc affiîetu sœpissime conflagrat et sic nascitur flanuna quam fidgetrum* dicunt; quiB quidem^ etsi post tonitru orta est, lucet antequam sonus ad aures perveniat, quoniam aspectus auditum semper antecedit*.
Fulmm est, si ad terram usque aer illisus sit * ; prviter
* Turbo, une trombe d*air. Sénèqae : « Aer Mpios in se ▼olatttur» tim'ilemqne iliU qius diximus converti aqais facit vorticem; hic Yentus circumactns , et eumdem ambiens locum , ac se ipsa vertigine concitans , turbo est. » {Quaut. naê., Y, 13.)
* Turbo accensus, une trombe de feu. Sénëque : «Qui pugnacior si est et diutius folutatus, inflammatur et efficit quem prestera Gneci Tocant, hic est igneus turbo. » {QucBSt. nat., V, 13.)
» Jfeteor., H, 9, p. 571, A; Ul, 1, p. 574, A.
* MeUor,, H, 9, p. 571, G. — Le tonnerre était proprement pour les Grecs , comme il est pour nous , le bruit produit par la foudre ; seulement , comme ils croyaient que le tonnerre n*était qu'un air violemment agité , le bruit était pour eux le phénomène principal , tandis qu'il n'est pour nous oue l'accessoire, la matière qui forme la foudre étant Téritablement le pomt le plus important. Yoy. sur les explications que les anciens donnaient du tonnerre , Plutarque , De placitis phUosoph,^ Al , 3.
* Metear., 11, 9, p. 571, D. — Aristote rapporte à ce sujet l'explication donnée de l'éclair par Anaxagore et Empédocle. Celui-ci disait que les rayons du soleil, enveloppant le tonnerre, produisaient la clarté qui rac-
compagne. Anaxagore soutenait qu'une portion de la sphère du feu se détachait et tombait à travers la sphère de l'air ; mie l'éclair et le tonnerre n'étaient que la lumière et le bruit qu'elle produit en ♦—"*»••»* '^''••« *--
plîcation est assurément celle qui a le plus d'analogie ! .J«u»: -^ ^ I 1 :^* __ /w.4^- iT A Jr K'
1 tonnerre tombant. Cette exavec la théorie aujourd'hui reçue par les physiciens (Jfttoôr., II, 9 , p. 571, E). Enfin , Clidémus croyait que Téclair n'était qu'une apparence , et n'avait aucune réalité (p. 572, B).
* MeUor., 11, 9, p. 571, D; De mundo, 4, p. 606, D. ' Metêcr., III, 1, 574, A; De mundo., 4, p. 606, E. — Yoyex aux chapitres cités la distinction des foudres selon leurs apparences. Au reste , on comprend qu'il est impossible de trouver chex les anciens , qui n'avaient pas la moindre idée de l'électricité , aucune explication , même indirecte , d'un météore entièrement électrique. Ce n'est que d'hier que l'on connaît la foudre ; non que les systèmes aient jamais manqué , mais pour vàit-on soupçonner à priori les propriétés étonnantes du fluide électrique?
LA nrrsiQOB d arutote.
seu fttffto aeeemuê, ù semiustum, scilicei corn vento moLtuis fiilmen ceciderit'*; varîex tandem seu twrbo, sea ll^pJkon*, si nibil ignîs conceperit '.
Xni. De meteofiê aqwmi. — Yeniamus tandem ad meteora qu» ab aqua potîssimum originem ducunt, netmiam sea caliginmn, imbei, rarem, initii0msîve]»fcioûiiii^]ifiiiMBR, nivem, granibmn, fàmUê, amne$ et mare.
Qaam, defidente calore; aer in aqnam oonvertitur, fil Tapor; qui si sursmn toUitur, tiubet, si autem infeme et pfx>pe terram manet, nebula didtur *.
Jnsqa^à NoUei, ce météore fat un mystère impénélreble ; ee Ait Ini qui , en 1745, annonça le premier que le tonnerre s'expliqnersh trèe-fiiciiemeBt et très-exaetement en le supposant formé par Télectricité HToy. ses Leçom de physique, IV, d. 314); et Franklm prouva la Térité oe cette opimoo, en 1752, par la beUe expérience du cerf-Tolant électrique. Ainsi se dissipi la tliéorie ancienne , ifâ attribuait à la vapeur ou à l'air une paissaace sî singulière , et la théorie plus moderne, ({ue la foudre exerçait ses ravages i raide d^une substance solide, mais invisible et introuvable, qu'on aimlail camau. Cette dernière opinion avait cours du temps de Louis XIv; La Fontaine Ta consignée dans une de ses Cibles (Jupiter et les Tonnerres). et Rohaut la combat de toutes ses forces dans son Traité de physique.
' De mundo, 4, p. 606, E. — La trombe de feu , encore pen connue de nos jours, n'était regardée par les anciens que ^comme un fondre phs faible (Plntarch., De ptaciti8philoioph,y IH, 3).
* Typhon est le nom grec des trombes.
' Meteor., 111, i, p. 573 et 574; De mundo, 4, p. 606, B. — Aa nombre des météores électriques que les anciens ne paraissent pua avair distingués des autres météores ignés , se trouvent les aurores Doréaks. Aristote les décrit asses bien (JfSrtsor., 1 , 4, p. 533, A), mais il les met ta n«nbre des flammes , des étoiles filantes , etc., etc. Sénèque en dit à pea près la même cbose ; on sait aujourd'hui que ces phénomènes confondos par les anciens sont matériellement très-diflTérents , et n^ont souvent aacune analogie les nns avec les autres, Les étoiles filantes et les aéroÛllies sont peut-être des corps cosmiques qui, après avoir circulé pendaDt longtemos autour de la terre , entrent dans son atmosphère et s^v enflumneal parla rapidité de leur mouvement. Toutefois, les recherches ae MM. Coalvier-Gravier et Saigey ne semblent pas confirmer cette opinion. Les sarores boréales sont probablement des jets de fluide électrique bien au ààk de notre atmosphère , et par conséquent dans le vide des régions eélestes. La foudre est une décharge électrioue à peu de distance de la terre ; les feux follets et d'autres météores du même genre sont sans doute dus à rinflammation de quelque gas formé par la décomposition de substance» végétales ou animales , et asses analogue à l'exhalaison sèche d* Aristote.
« ireteor.,l,9,p. 540,C.
Si firigus augescit, jam densa&tur vaporeSi fit ro$ aut plt/h via; pluvia autem poslquam genita est, atalim in Iiumum defertur •.
Magni landau et densissimi imbres quum assidue per multum tempos eflunduntur in lerram^ eatadg$mi seu di* luvii nomen obtînent'; hujus generis fuit qpiod didmus DeucalUmU dUwrium.
Ro$ autem fit quum frigus per noctem ingravescens vaporem e terra diumo calore sursum iaUim , rursus in aqiw guttulas convertit '.
Pniàia est quum tantum est frigus et sic repentinum ut con^acietur vapor, priusquam in aquam conversus fuerit*.
Quemadmodum nelnUa in ranm aul in pruinam convertiiur, sic mbe$ in pbÂviam aut majon frigore in nivem concrescere solet *.
' JfelMT.yl, 9,p.540, C.
* lfelior.,I,14,p.548,B.
* Jfetoor.,1, iO,i). 540, E; 544, A.— .Une fantpat demander à Ariftote une explication bien complète de la rosée; la théorie de ce météore dépend entièrement de celle dn calorique rayonnant, qne les anciens ne connaissaient pas. La rosée n'a été complètement expliquée qne dans ces derniers temps, par M. V^ells; mais les observations d*Aristote, sur la manière dont eUe se forme, sur les circonstances atmosphériques qui l'accompagnent, ne sont pas moins pleines de finesse et de sagacité ; ce philosophe avait reconnu la principale circonstance du phénomène , savoir que les nuits sont plus firoiaes par un temps serein que par un ciel couvert ; il avait trouvé la véritable cause de ceUe différence, je veux dire la dissi-
Sation de la chaleur quand le ciel est pur, et sa conservation quand il y a es nuages; de plus, il avait appliqué cette observation à Texplication de la rosée, et enfin il avait remarqué que le calme de Tair était encore une condition nécessaire (Pro&Ism., aX Y, 18 et 21). Cette exactitude d'Aristote dans Texamen des phénomènes n'a pas été asses remarquée par Libes , dans YBistoire de la physique.
* Jfe«0or.,1, 10, p. 540, £; 541, A.
^ * Êktêor,, l , 1 1, p. 541, E. — La formation de la pluie et de la neige n'est pas trop mal inmqnée par Aristote. Le De nmkdo ajoute pour la formation de la neige une circonstance abs(4ument fausse : comme la neige est hbncfae, ce livre suppose que c'est one mousse on une écume, et
3 ne , par conséquent , elle a été longtemps ballottée et battue dans le sein n nuage (4, p. 605, D). Nous savons qu'an contraire , et le capitaine Sco* resby en a donné des preuves multipliées, la neige est une véritable cris-
LÀ PHYSIQUE DAIUSTOTE.
Grando tandem fit quum multus vapor in altum magno calore solis latus, tandem in frigidiorem aeris partem per\enit, et prius in aquie guttas conversa, postea congelatur *.
AquiB ut supra terram, sic et sub terra formantur aere in humorem converse* : non solum enim sunt, ut quidam automant philosophi, sub terreno cortice lacus et stagna immensa , quibus sicut naturalibus receptaculis congregetitur aquffi pluviales, inde quum emicabunt, fontes postea formaturœ'^ verum etiam montes esûstunt, qui quum spongioss
tallisatbn , dont la bUnchear n'a rien de commiin ayec celle de Feau battue et rédnite en mousse.
' MeUor., I, i2, p. 542, 543. — La grêle est un météore dans la formation «duquel rélectricité parait jouer un rôle important, et <roe les anciens ne pouTaient par conséquent pas connaître ; mais les oDsenratioas d^Aristote sont encore très-eiactes. Il montre d'abord tout ce qu*il y a d^extraordinaire à ce que la pèle se forme en été plutôt qu^en hiYer; à* m qn*elle reste surtout suspendue dans Tair, au moins le temps de s> congeler; il remarque à ce propos : l^que les hautes régions oe Tair doiTeot être froides ; 2*aue la formation de la neige et de la erêle dans ces régions le prouve ; 3* qu une des causes de ce froid , c'est l'absence des rayons réfléchis par la surface de la terre ; 4« que dans Tété les nuages doivent s'éleyer plus haut que dans l'hiver.
* iretoor.,1,l3,p. 544, D.
' Meteor., ibid. — Aristote oppose à cette opinion un raisonnemeiit singulier, ail est absurde, dit-il, de vouloir faire contenir dans des cavernes des fleuves dont chacun roule annuellement une quantité d'eau qui, si on la recueillait exactement, formerait un volume au moins égal à celui de la terre. » (Ibid., et p. 546 , A.) Aristote ne dit pas en termes
Srécis qu*il ne s'agit ici que d un fleuve , mais il le fait bien entendre , car ajoute après le raisonnement préc^nt : « U est clair que la même chose arrive en beaucoup de lieux de la terre. »
Quoi qu'il en soit , si ce conséquent , comme disent les logiciens , est absurde, la conséquence est juste, car le contenu doit être plus petit que le contenant. Mais comment concevoir qu* Aristote ait pu émettre comme prémisse une telle opinion sur la quantité d'eau versée par un fleuve? Re-
Eons d'abord que ce n'est pas, comme on pourrait le penser, sur la lur absolue de la terre que le philosophe est en erreur. U en évalue me , d'après le témoig^nage des géomètres de son temps , la circonférence à 400000 stades (ci-dessus, p. 29). Il est vrai qu^il reste quelque doute sur la valeur du stade, que l'on compte ordinairement pour 600 pieds ffrecs, ou 185 mètres. Mais en l'abaissant jusqu'à 100 mètres, les 400000 stades feraient 40 miUions de mètres, juste la grandeur que nous reconnaissons à la terre.
Comme il n'y avait pas alor» plus qu'aujourd'hui de doute sur la valeur
LA PUYSIOUE d'aRISTOTE. 4t
naturœ sint, aquas omnes, cum quœ dcciduni a cœlo, Uim quœ fiunt in sinu terrœ hauriunt, posteaque emittunt '.
Et quum multorum rivorum aquœ in unum alveum coactsB fluunty fiunt amnes seu flutni, quorum alii sunt perenneSf alii vero, iarrentes vulgo dicti, cito inarescunt \
d'une sphère dont on connaissait un grand cercle, Aristote faisait certainement la terre égale aux 1 l/2t du cube de son diamètre, c*est-À-dire , en employant nos mesures, à un peu plus d'un billion de mjriamètres cubes. L*erreur porte donc tout entière sur Tidée que le philosophe se faisait de la masse d^eau d'un fleure ; et cette erreur est si prodieieuse , qu*elle serait en effet fort étonnante , si nous ne savions que , dans 1 ignorance absolue où étaient les anciens des moyens à employer pour mesurer Teau des fleuTes, rien ne doit nous surprendre de leur part. Car on il n'y a aucune mesure possible , notre imagination se perd dans des exagérations sans bornes. Aristote aurait tout aussi bien pu supposer un volume d'eau dÎK fois , cent fois égal à celui de la terre ; au point où il était , il n'y avait pas de raison pour s'arrêter. Nous pouvons aujourd'hui mesurer son erreur : les fleuves d'Europe portent seulement aux mers environnantes 1117 billions de mètres cubes d'eau par année ; l'Europe ayant plus de 2000 billions de mètres carrés de surface, on voit que si toutes les eaux que roulent annuellement ses fleuves s'y amoncelaient sans s'évaporer, de manière à conserver partout une hauteur égale au-dessus du sol, on ne trouverait guère qu'un demi-mètre pour l'épaisseur moyenne de cette couche d'eau ; ainsi , en supposant les continents et les îles arrosés proportionnellement comme l'Europe , et remarquant , d'ailleurs , que les terres forment à peine le tiers de la surface du fflobe, tous les fleuves du monde ensemble ne donneraient pas la huit- millionième partie de l'eau qu' Aristote supposait fournie par un seul.
' La formation des fleuves a pendant longtemps embarrassé les phvsyciens , autant ceux qui suivaient la doctrine d' Aristote que ceux qui la combattaient. D n'y a , en effet , que les théories toutes modernes de la chaleur, de Tévaporation et de la condensation de l'eau , et surtout l'étude constante des terrains , qui aient pu jeter quelque jour sur ce grand et beau phénomène.
* Meteor,, I, 43, p. 544, E; 545, A. — La dernière partie de ce chapitre est un morceau très-intéressant de géographie ancienne ; on y trouve quelques erreurs de fait que ne doit pas négliger Thistoire de la science. Le Tanais y est donné comme une branche de l'Araxe. Malte-Brun conjecture avec vraisemblance que l'Araxe était pour Aristote , non le torrent de c« nom, mais un composé imaginaire de jplnsieurs grands fleuves septentrionaux, tels que le Volga, leTanaîs, l'Oural, peut-être même Tancien Jaxarte (Géogr.^ 1. 1 , liv. iV). Les Alpes apparaissent dans ce chapitre sous le nom de Pyrênes. Deux fleuves y ont leur source , savoir, le Danube , qui traverse toute l'Europe et se jette dans la mer Noire ; et le Tartessus , qui se jette hors des colonnes d'Hercule. Qu'est-ce donc que ce Tartessus , dans l'opinion d'Aristote? Presque tous les géographes y voitnt un fleuve
4t LÀ PHYSIQUE 0*ARISTOTE.
Plerique fluvii ex boreali parle defluentes probant ediliora terr» loca ad septentrionem sila esse '.
Omnes fluvii et quidquid gigoitur aquie, in mare influunt '.
Non sunt igitur maris fontes S ut antiqui philosophi opi-
Tartems
d'Etptne, particaiièremmt k Goadal^ohir ; mait si c'est là le d*Héroaot6 , ce ne peut être celui d' Anstote ; la définition qall ne paraît poaToir conTenir qa*aa Rliin , qm se jette en effet hors des colonnes d'Hercoie, et, comme le Danube, prend sa source dans des montagnes , qui , se rattachant à la pande chdne des Alpes , paraissaient au Grecs de cette époque fûre partie de leurs Pyr^iMS-
* MÊteor., II, 1, p.550,E;S5i,A;IYo&l.,XrVl, i6.~ C'était une ancienne opinion, que la partie boréale de la terre était plus éle? ée que les autres. Ce ne fut que plus tard qu*on reconnut et qu'on démontra que Ici plus hautes montaignes sont moms sensibles , relativement à la masse da globe , que les grains de poussière qui peuvent s'attacher sur une balle , os que les mégtJités de la peau d'une orange. Yoy. le chapitre Sur la groMâeur de la terre , dans le lÎTre de Cléomâe.
* Meiear., U, 1, p. 550, E; 551, A.
* Meteor.t U, i , p. 550, A, B.-» L'opinion mie la mer avait des sources, répandue, comme le dit Aristote (Meteor., Il, 1, p. 549, D, E), et adoptée par les anciens , et ceux qui faisaient de la philosophie théologiqoe
Sel àf^aioi xal ^larpiCovrH ^e^i ^< étokoylaç)^ était celle d'Homère, l'Hésiode et de leurs contemporains, qui se représentaient l'Océan comme un grand fleuve coulant autour du rond de la terre (Homère, Iliade^ VI, 606; XX, 7; XXI, 195; Ody»., XI, 157; XU, 1. Hésiode, Scuium^fefc., 314; Theog.t 242, 6951. Cette opinion était suivie par les poètes épiques ou tragiques , parce qu elle flattait plus leur imagination , on , comme le dit notre philosophe (lieu cit/j , parce qu'elle leur paraissait phis convenable à la vénération et à la sainteté. Le commentaire d'Olympiodore et celui de M. Ideler (1, p. 274 et 396), nous apprennent que c'est surtoat Hésiode et Euripide qu il avait en vue en cet enoroit. U revient, d'ailleurs, sur ce sujet dans sa Métaphysique (Il , 4j ; il y nomme précisément Hésiode , et emploie pour désigner ceux qui suivent son autorité on ses explications l'épithète remarqufd>le de éioXâyot.
Aristote oppose à ces hommes d'imagination , à ces inspirés , ceux qui , étudiant la nature selon Texpérience et la raison , étaient savants d'osé science humaine : ot ao(p(irepot ri^v àvùpoxlvyiv ao<piay {Meteor,, U, 1); il les appelle (pu^ioXéyoïj (puffioXoyoùvreç ^ (puctoXoyiia'aifre^ ^ (piXoco- ^^avrzq repî ^vtoç (Mêler, 1, p. 660), et rapporte leurs opinions. Les uns disaient que la sphère d'eau qui primitivement enveloppait b terre avait été évaporée en grande partie par le soleil; que la mer étut tout ce qui en restait , et ou'un jour elle serait i sec. Les autres soutenaient que la terre , échauffée par le soleil , avait sué, et que la mer était cette sueur ; que c'était même pour cela qu'elle était salée. QuelquesHUis croyaient que la salure venait de la dissolution de la terre, comme quawl
nati eraDl; sed fluvii omnes suppedilant aquas e quibus mare constat, et sic mare aquie finis est, mm principium ^
Nec difficile est intelligere cur, quum tôt et tantas mare redpiat aquas, nihil tamen accrescat, quum immensam in latiiodinem extensum, immensam assidue perdit aquae quantitatem in vaporem conversœ*.
Moveri autem mare videtur non modo ventis qui fluctus condtant, verum etiam moiu proprio : scilicet quae maria in superioribus locis sita sunt, in inferiora, fluminum more, influant, et hic motus prsesertim in fretis et in bosporis deprehendi potest Sic Mœotis in Euxinum, Euxinus in £g»um, jEgsum in Intemum , Intemum tandem mare in Oceanum defloit '.
Pneterea mare totum a loco in locum progredi aut recedere elapsis c«rtis temporum spatiis videtur * ; et sic antiquas operit regiones , aut novas informat, seu quia littoribus decessit, seu quod limum deposuit * post multos annos siccandum*.
on coule de Teau sur des cendres. Les idées d^Aristote sont fausses sans lioDte, nuis elles sont bien plus que tontes celles^i dans le chemm de la mérité.
« Mttêor., Il , 2, p. 553, E; 3, p. 555, A.
* Mttêor., n, 2, p. 552, E; 553, A.
* JMilsor., II, 1, p. 550, D, E. — Tonte la fin de ce chapitre est une page très-intéressante de la géographie physique de ce temps.
* MBtêor., Il, i, p. 550, 551. — Cette obserration des mouvements de U mer, qui parait s'aTsncer sur certaines côtes en même temps qu'elle en sbandonne a*autres , a fourni à Voltaire le premier chapitre ae son introduction i YEssai sur les mœurs et Vêsprit dss nations. S^il avait lu ce chapitre d^Aristote, il j aurait trouvé des citations qui n'eussent pas déparé un livre.
■ Msîeor., I, U, p. 548, A, E; 549, A, B. — Toute TEgypte, dit Arisloie, est l'ouvrage de son fleuve ; il fait uourtant entendre que la mer Bouge a, da côté de F Arabie , contribué à former le terrain qui la sépare
* Je ne parle pas des marées , il n'en est pas question dans les Mé- Mmvi ; je suis même porté à croire qu'Aristote ne les connaissait pas ; elles sont pourtant indiquées dans le Ds mundo. Mais ce dernier ouvrase est évidemment postérieur à Aristote ; et malgré cela , l'auteur n'en parle que
AA LA PHYSIQUE d'aRISTOTE.
Mare denique cur salsum sit et amarum * reddi ratio potest 9 si consideraris onme quod minime concoctum est *, id salsum et amarum esse ' : atqui quum sicca exhalatio humidae permixta in nubem et aquam cogitur, necessario pars non parva intercipitur, et deorsum fertur cum pluvia * ; haec est marina; amaritudinis et salsitudinis causa ^
comme d'une chose qu'il a apprise par ouï dire (4, p. 608, B et C). U y ajoute cette circonstance , que les nîarées semblables concourent toujours aTec les mêmes phases de la lune. 11 n'y a plus rien lÀ d'étonnant pour nous ; mais alors ce devait paraître une grande merYeille. On sait que Descartes expliquait les marées par la pression du soleil et de la lune sur la matière étnérée, puis sur Tair, puis sur la terre; mais cette opinion est depuis longtemps abandonnée.
* Nous venons de voir oue les philosophes différaient^d'opînion sur l'origine de la mer ; ils ne différaient pas moins sur les causes de sa salure. Les uns voulaient que la sphère de Teau ayant été réduite en vapeurs par le soleil , la terre eût salé tout ce qui en était resté (Il , 3, p. 554, E); les autres disaient que les fleuves, charriant leurs eaux à travers les terres, s'y imprégnaient de sels, comme les eaux qui passent dans les cendres , et les portaient à la mer (p. 555, A); ceux-ci croyaient oue la mer s'était formée , narce que la terre avait été brûlée (p. 556 , B) ; ceux-là soutenaient que la mer est la sueur de la terre , et que c'est pour cela qu'elle est salée (tMd., p. 555, A). Empédocle était de ces derniers.
* La cuisson dont Aristote parle aux chap. 2 et 3 du liv. IV des JUtfiéores, ne peut, dans l'état actuel des sciences, nous présenter aucune idée raisonnable. Ce mot, comme ceux de digestion, de maturité et d'autres qu'il transporte des substances auxquels l'usage commun les applique , à d'autres qui ne peuvent les recevoir que dans un sens figuré , signifiait pour lui certaines qualités absolues , ayant le pouvoir de se taire accompagner partout et toujours de leurs circonstances les plus ordinaires. Ainsi , parce que la cuisson et la maturité détruisent dans certains fruits Taigreur ou l'amertume , Aristote conclut qu'elle en ferait autant sur l'eau amère ; attendu que c'est là l'essence de la cuisson , que , par conséquent , elle manque à l'eau qui reste amère , ou enfin que cette eau n'est pas parfaitement cuite. Il est d'autant plus singulier de voir un esprit de cette trempe recourir au style figuré pour ses explications, que lui-même, au même endroit , reprend très^vivement Empédocle de ce défaut : et II s'exprime ainsi par métaphore, dit-il; la métaphore convient en e&l à la poésie, mais elle ne suffit pas pour qui veut connaître la nature : rpèç rà yvavat rify (pùfftv.oùx îxavQ^. » {Meteor., II, 3, p. 555, A, B.)
' Meteor., IV, â, p. 586, A. — Il cite pour exemples les cendres et l'urine.
* Aristote ajoute que c'est pour cela que les pluies qui viennent du sud et ceUes qui tombent au conunencement de l'automne sont ordinairement salées (Âtotoor., Il, 3, p. 556, C). L'exemple est aussi pitoyable que les causes qu'il assigne à ce phénomène imaginaire.
» if«««or., II, 3, p. 556, C.
XIV. De meteori$ vùifrtftfrus.— Prseterista quœ hucusque examinavimus meteora, alla sunt tria vel quatuor, areœ, scilicet, irides, vxrgœ, parhelia S quse reipsa non existunt, sed visus nostri tantununodo sunt affectus seu phantasia *,
Area fulgor est, totius circuli plerumque formam impleosy et circa solem lunamque et splendidiores stellas factus'.
Efficitur area quum visus refrangitur acre qui in vaporem aut nubem tenuissimam convertitur circa solem *.
Area naturaliter orbiculata est \
Nubeculâ qua refrangitur visus ad solem pro innumeris speculis haberi débet adeo parvis ut colorcm tantum non formam objecti référant *.
Fit area circa lunam et circa stellas '; sed raro circa so-
> JfefM>r.,I,2et3.
' Cette distinction, qn^Aristote n*a indiquée que par la place qu^il donne anx quatre météores ci-dessus , est positivement exprimée dans le Detnnndo (4. p. 607, A). « Des météores qui brillent dans Tatmosphère, dit cet ouvrage, les uns n'existent qu'en apparence , xar iu0aa'tv, les autres existent en substance, Kaô' ùrécrrcuTiv. » Plutarque (D0 placitis phi^ hsoph., III, 5.) répète la même chose d'une manière plus aflirmative encore. Nous ne concevons pas aujourd'hui qu^un météore n'existe pas en substance : car. ne fùt-ti qu'un jeu de lumière , au moins cette lumière existe, et c'est elle qui, mue d'une certaine manière, vient, comme substance, modifier notre œil et nous apporter une sensalion. Mais, d'après l'idée que les anciens et Aristote se faisaient de la vision , celle-ci était une puissance qui sortait de l'œil et allait toucher son objet. 11 suffisait donc que cette puissance fût elle-même ou insuffisante, ou affaiblie, pour que la sensation fût perçue sans aucune cause externe. C'était alors , dans toute la rigueur dfu terme, une simple apparence.
' Jfotoor., 111, 2, p. 574, E. — Les anciens étaient tout à fait hors d'état d^expliquer ce météore. Voy., au reste, Plutarque, Deplacitis phi- Umph., 111, 5.)
• Aftteor.,111,3, p. 576,A,C.
' Metêor., lli, 3, p. 576. — II v a ici un raisonnement géométrique pour prouver la rondeur du halo. C est un théorème analogue à celui par lequel on démontre que les obliques égales partant d'un même point et ^'arrêtant sur un même plan , y déterminent un cercle.
* MeUor,, 111,3, p. 576. C,E.
' Jfeteor., 111 , 3, p. 576, E ; 577, A.
46 LA PHYSIQUE D'àRISTOTE.
lem quumad cœli foatigium pervenit-, nimius enim calor vaporem dissipai slaiiiB *.
Arem ecrieslù sive iri$ refractio est visus nostri versus solem*; nam aspectus ab omnibus levibus refirangi videtur'*, quando igiiur pluere cœperit et nubium aer in guttulas concreverit S si sol fuerit oppositus, tum fiet coloris apparentia, non astri-, quia unumquodque spéculum minimnm est et indivisibile\
Arcus solaris dimidiato circulo nunquam major est '.
Arcus cœlestis duplex est, scilicet e duobus arcubus constat idem centrum habentibus, quorum alter inferior, alter vero superior est '.
Iris Iricolor est, punieea, viridis et violacea , et hi colores in duobus arcubus inversos sese exhibent *.
» Metêor,, m, 3, p. 577, A; 6, p. 582, E. « ifc*eor., m, 3, p. 577, E.
» ^eteor., III, 3, p. 577, A.
* Jlfetoor., lll,3,p. 577,C.
» Jfot»or.,m,2,p.575,D.
* Metêor,, m, 2, p. 575, A. — Cette proposition d'Aristote est toat à fait faosse. 11 suffit ae coosidérer raro-eo-ciel d'un lieu trë»-élevé pour Toir qu^il dépasse le demi-cerde.
' Jfttoor., m, 2, p. 575, A, B ; 3, p. 579, A, B, D.
* ÊÊBteor., m, 2, p. 575, B. — Aristote emploie ici les trois mots (fht^ iftKOvv^ rpâfftvoy et àXoupyâvy le ponceau, le vert et le pourpre. Or, il y a cet inconvénient, que les dictionnaires traduisent également par pourpre les mots (poivtxovq et àXovpyàç. Ici , heureusement, il ne peut y avoir de doute : àXoupY^y est évidemment le violet , car Aristote applique Tépithète (poivmlct. quand il y a deux arcs-en-ciel , à la plus grande circonférence de Tare utérieur, et à la plus petite de Tare extérieur (îMd.) ; et il ajoute que la partie entre le vert et le poncean parait souvent jaune : rd fure^ù rov 4>oi9ixov xaî rpaaivou, <paiy€rat rokXâxiç ^avBév. Plntarqne (Deplacitisphilosoph.t III. 5) rapporte Topinion d* Aristote, et donne aux couleurs des noms un peu différents et un antre ordre. Quant aux explications ajoutées , elles sont telles qu'on devait les attendre d un homme
3ui n'avait aucune idée de la décomposition de la lumière , et qui ne voyait ans la réflexion et la réfraction qu'une seule et même chose. Il était réservé à Descartes de donner la première explication de Tarc-en-ciei (Libes, Histoire de la physique, II, 1), et à Newton de la compléter par sa théorie des couleurs (ihid., III , f ).
LA PHYSIQUE D AIIISTOTE. 47
A superiori iride refractio imbecillior exultai, quia fit in loco remotiore \
Très aut plures arcus nunquam hucusque simul in cœlo visi sunt, quia, quum secundus sit adeo imbeciUis, infirmior csset tertius quam ut refractio visus ad solem pervenire possei '.
Fit aliquando iris ex opposito sole, quum aqua in minutissimas particuias fracta, undique, roris instar, projicitur^ quum rémiges, exempll gratia^ aquam remo verberant, aut quum fiunt ex aqua cadente aspergines *.
Arcus cœlestis etiam a luna oritur : sed adeo rarus evenit^ ut quinquaginta annis ante Aristotelem, bis tantum notatus fuerit^ et ea sane causa est cur veteres illum nunquam exislere opinati sint \
Arcus lunaris albus videtur quia in nube atra et noetu luc^t •.
* Metear., RI, 2, p. 575, A, B; 4, p. 579, D, E.
* ifeto>r.,IIl,4,p. 580,A.
» J«w>r.,lll,4,p.578,C.
* Mktear., III, 2, p. 575, C. — L^auteur délermine &?ec beaucoup de justesse les causes qui rendent Tarc-en-ciel lunaire beaucoup plus rare oue rarc-en-cîel solaire ; c'est d'abord que les couleurs échappent plus facilement pendant la nuit (il Teut dire , sans doute, que Tarc-en-ciel est plus faible), et qu'ensuite, ne pouTsnt guère détenir apparent qu'à la pleine lune , il faut , pour qu'il se forme , un concours fort rare de circonstances &Tonble8.
» JIW«>r.,IlI,2,p. 575,C.
* Èfotêor., III, 4, p. 579, C. — La dernière raison donnée par Aristote est tout à fait incompréhensible pour nous ; elle tient à la fausse idée qu'il se disait des couleurs ; il cro][ait que les couleurs n'avaient point une natore propre; qu'on ne les jugeait que par comparaison, de telle sorte que le ronge , au lieu d'être essentiellement rouge , comme nous le pensons anjooidliai , était blanc, par eiemple, relativement au noir. Alors on conçoit que, selon sa théorie, l'arc-en-ciel lunaire devait être blanc par comparaison avec les ténèbres de la nuit. Mais ceux qui ont vu et attentivement eiaminé Paro-en-ciel lunaire savent qu'il n'est pas blanc , et que si sa teinte blafarde présente en gros l'apparence du blanc , on y distmgue avec un peu d'attention les couleurs du spectre solaire , mais à un degré de p&leur et de faiblesse que ne peuvent saisir les vues peu aiguës.
Fit aliquaDdo iris circa lucernas accensas quum per hiemen flat ventus humidus '.
Arcus et area sont ergo refractiones, prior ex opposito sole, posterior circa solem accidens; différant autem varietate colonim, et quia alter ab aqua fit , et ab atro et e looginquo^ alter ab aère, et a candido, quum aer aqua candidior sit, etcominus, quum sitad solem propior *.
Virga tandem et parhelium ex obliquo fiunt , circa solem ascendentem vel descendentem-, raro quum in médium cœlum pervenit '.
Yirga est quum, consistentibus prope solem nubibus, aspectus ab aliquo humido refractus sese ad nubem .applicat \
Yirg86 etiam propter speculi inaequabilitatem solis colorem non formam referunt; sed si aer maxime œquabiiis est et ex {equo densus, tum solis imago geminatur et parhelium habe mus*.
Nunc igitur, Judices, Aristotelis de rerum natura sententias tenetis, ex ipsius operibus, quantum potui, depromptas : quas dum colligebam, ut justum de auctore judicium ferrem, omnium ex industria oblitus quse ab eruditissimis professoribus edoctus eram, attente consideravi quidnam de eisdem phœnomenis fuissem ipse sensurus, si viginti ante secula natus, cum Aristotelis, tum cœterorum illius œtatis philosophorum auditor esse potuissem. Plane et aperte profiteor, nisi me meus fallat animus, me tune Aristotelis partes
' MetêùT.^ 111, 4, p. 578, B. — Sénèaue observe [Quœst, nat., 1) qa*il se forme de pareils halos dans les salles ae bains.
* Jlfeteor., lll,4,p.577,E.
* MeUor., m, 2, p. 575. B, C; Problem,, XV, H.
* ifetoor.,m,6, p. 582, B.
'^ Ibid, — Toutes ces eiplications sont également fausses; plusieurs de ces phénomènes, au reste, et les parhélies en particulier, sont jusqn^à ce jour fort peu connus ; à plus forte raison devaient-ils échapper aux explications , sinon aux hypotnèses des anciens.
LA PHYSIQUE d'aRISTOTB. 49
amplexurum fuisse. Nonne satis hoc erat ut, etsi seculo nostro damnatur^ eum absolverem?
Nolite tamen putare me cadco in Aristotelem amore cap* tom , ad ejus errores pleronunque interpretum instar, ultro caligare : adeo non me fugiunt illius vitia, ut ista libenter hic recensere paratus sîm, duobus modo his excéptis , quse quia semper et ubique dominantur, unaquaque fere pagina carpere &cile est, fidsas dico explicationes et singularem islam solique geometriœ accommodatam elocutionis fonnam, qu8B specie tantummodo darior, reipsa obscurat et intellectu difficiliorareddit auctoris cogitata.
His omissis , non desunt alia qute philosophe nostro vitio vertere possimus.
1*". Difficultatis aut, ut loquitur, aporiœ nexus in verbo quum situs est, etsi facillimum erat una definitione data , omnes extemplo convenire, Aristoteles longius dissent ac si de re ageretur * et in memoriam nobis revocat prœ* clarum istud Holerii drama, quo Âristotelicus doctor, nesdo quis, contendit petasi figuram, non formam dicendam esseV
â*. Sœpe inscienter aut cogitato, a vocabulo ad rem condudens , seu ex altero in alterum sensum transiens ' in btud sophismatis genus incurrit quod olim scholae faUaciam
* Cest ainsi qa*il veat {MeUor.^ i« 3, p. 530, A) que le mot mther vienne de àeî ùeiv^ et non de eHétvûeu \ cpi'il soutient (De ccelo , IV, 1 , p. 485, E) aa*il n'y a hon du monde ni plem ni Tide ; et encore (£% cœlo , 11, 2, A la nn), que les Pythagoriciens se sont trompés en mettant le haut du monde an pôle arctique, parce que cela ferait regarder la gauche comme Torigine du mouToment, ce qui ne doit pas être. Ai^lov yàp eKâtrrov Xéyof/tey oôev vj àpxi '^^ xttràréxov xivtitTtaç, (De cœlOf II, 2, p. 435, A.)
* Le dodeor Pancrace , dans le Mariage forcée se. 6.
* Qaand fl parle de Taction da cftatui on du fn>id , du sac ou de ^kwnide (De gênerai,, U , 2) , des qualités oeU/œB et des qualités paesivee !ilÀd,), ce sont des mots représentant ses propres perceptions qu'il transforme èa êtres, ou substances capables d^agir sur les corps extérieurs.
tSO LA PHYSIQUE D^ARISTOTE.
grafmmatieam nuncupaverant* et quod ipse in Logica sedulo vitandum esse dicit *.
3*. Omnium fere argumentorum fundamentam et originem ponit principia qusddam specalaUva % seu ideas générales et maie definitas; quas ipse ratione quadam sibi propria circumcidensy aut ad simibUidinem nescio quam fingens, in intellectu suo formavit : et ex illis ideis concludit tanquam illis esse posset extra mentem aut actus, aut potentia, aut existentia quieiibet.
4^*. Imo ista, quibus nititur, opiniosa principia , non modo inania sunt et falsa, sed etiam aliquando ridicula aut absurda * et qu», nisi diu quae^eris quid significet auctor. ab humana mente plane disjuncta credas.
5^. Quia illi fixum et statutum fuit omnium rerum causas invenire et explicare, imprudens in iQud sophisma quod de falio iupponmie* olim vocitabant, utrobique incidit, sive res omnino fiilsas imaginatus * ut rationem reddat cur sint
* Damartais, Logique, art. 45.
* De sophUt. eknch., 111 , 4, ii<»* 3, 4, 5, p. 283, 284.
* Tels sont les raisoiiiieiiieBts siÛTants : « Le cercle est la prmniért des figures , parce qn*il est formé par une seule ligoe , tandis qne les pohgones sont formés par plu$iewrt {De oœlo, II, 4, p. 458, G); on doit donc attribner l'uni f^ an cercle et la duaUté an trianf^e , parce que les trois angles de celui-<i Talent deux droits (Urid,, E); le cercle étant la première des figures , la sphère sera le premkr âêi corps , et le del étant le premier corps, sera ephérique (ibid., D, E). » Yoyes aussi (ch. 6, p. 459, A) un raisonnement analogue sur le mouTant et le mû.
* En Yoîci des exemples : « Le moindre mouTement est celui qpi est le plus rapide : èXaviff'nf ià xlimaiç y raxltmi [De cœlo. II, 4, p. 457, B). » Et ailleurs : a La fanne spnérique est la moins propre an moavement : ifKtffTa ^è xtmiTtxâv fi v(paSpa {J)e cato^ il, li, p. 463, D). » Ne seraitron pas porté à prends pour principes précisément les contraires de ces deux propositions?
* Dumarsais, Lo^iriçiie^art. 15.
* Pour montrer que la salure et Tamertume de Teau ne consistent que dans son mélanine a? ec une substance salée ou amère , Aristote dit [Meteor., Il , 3, p. 557, B , G) que si Ton plonge dans la mer une bouteille de cire berroéUquement fermée, Teau 8*y introduira par les pores de la cire, mais elle y passera douce, le sel étant trop grossier pour y pénétrer avec
phasnomena; sive, quod adhuc ridiculius est, pluenomena neutiquam existeniia animo efiiDgens et explicare tentans *.
6*. Denique hoc illi prœcipue crimini dandum est, quod totum dum se tradit rationibus quas logieas vocat* obliviscitur physicam non e syllogismis, sed ex observatione et experimentis maximas recipere vires-, et sic pro veris naturœ legibus Aristotelicas tantummpdo co^tationes, ne dicam phantOMU^ exponit , quas mox severius examinabunt et funditus evertent Gallicœ seu Gartesianœ philosophie studiosi '.
Haec sunt Âristotelisvitia-, quœ, quamvis auctore Horatio, attenuare fes esset, hoc facere minime conatus sum : ait enim poeta :
At pater at gnati, sic uos debemns, amici , Si quod sit TÎtiuro, non fastidire *.
Ego vero omnia ingénue et aperte fassus sum-, sed inju-
elle. Il est flU:heux que ce mofen si simple soit one pure ÎDTention ; il eût été d*ane utilité infinie dans les voyages de long cours.
' Aristote cherche (De cmlo, U, 12, p. 463 et suit.) pourquoi il n'y a qu*ane planète dans chacune des sphères inférieures , et pourquoi il y a tant d'étoiles dans la sphère des fixes ; et ce qu'il y a de pis , c'est <^u'il IrouTe une raison pour cette difiërence qui n'existe aue dans son imagination; il dit aussi (Meteor,, I, 3, p. 530, C, et 531, A] pourquoi les sphères des quatre éléments , qui n'existent pas , et qui ne peuvent avoir aucune proportion d'aucune sorte , en ont cependant nécessairement une ; et encore [Mffteor.f 11; 3, p. 556, A) , d'où vient la salure des pluies d'automne, oui ne sont pas plus salées que les autres. C'est toujours l'histoire de la oent d'or. Voyes li-dessus la Logique de Port-Royal,
* Dans le De generatione (I, 2, p. 496, B), discutant contre Démocrite, il dit que ceux qui se livrent à l'étude de la nature peuvent être convaincus par telle preuve qui sera facilement renversée par ceux qui sont haMtttés à la discussion. Mais il entend ici une discussion s'appuyant sur dès principes métaphysioues; et, en effet, il part de la pour chercher si les corps sont composés de surfaces, ou de prânts, etc.
' J'ai déjà dit que je regardais Descartes et sa philosophie comme la fremière orinne des progrès qui ont été faits depuis ce temps dans toutes tes sciences. Voilà pourquoi j'attribue spécialement à la philosophie b'ançaise, on cartésienne , le renversement de la philosophie d' Aristote , quoique de puissants efforts venus de l'étranger aient aussi puissamment concouru à Vaceomplissement de cette œuvre.
• Horat.,Sattr., 1,3, V.43.
5i LA raYSIQUË D*ARISTOTE.
riosus merito dicerer, nisi quraïadmodum iUius culpas carpère volui, sic méritas illi landes tnbaerem; hie vero magnœ et mult» sunt.
Jam enuntiavi quid de Aristotele senliendum esset, prout scientiam physicus exposuerit^ et in unum redegeril corpus'. Ne tamen credatis ipsius labores, si scientiam proprie dietam et veritatem absolutam consideraveritisy omnino inutiles et infecundos fuisse. Tantum abest ut e contrario multa apud iUum reperiantur ângularem perspicadam et quasi divinam inspirationem aliquando probantia.
Quœ ut quanti aequum est aestimetis, fingite cogitatione physicam scientiam nullas adhuc certas excogitasse aut ordinato disposuisse régulas. Quid ergo y quœso, de viro censetis judicandum qui omnes in unaquaquescientiœ parte graves et prœcipuas quœstiones aut tractaverit, aut proposuerit , aut saltem indicaverit? Ea autem Aristotelis virtus est, nostra fletate non satis nota.
Hanc allatis exemplis et auctoris nostri propriis verbis probare longius esset ; sed nuUa venia me dignum arbitrarer nisi summatim asseruissem Ulum aut notasse aut observasse aut quodammodo prssensisse : i* in siaiica motus universe sumpti legem generalem*, veram vectis rationem '-,2* in dynamiea variam vim lignorum magis minusve longorumS ^îi^ quam hodie dicimus inertia^-j vim cenirifu-
^ Gi-dessas , p. 5.
* Natwr. ausc, 11, 6, p. 406; Prol^m., XVI, 3. Voyes ci-dessiis la note 3, p. 8. «
> Mêchan. qwBtt., 4, p. Ii87, D. — Aristote éteblii (ch. 4) qa'mi le- TÎer soulèTe mi poids d'aatent plas grand que la puissance y est pins éloignée du point a appui.
* ifyekan, giuMl., i7. — Il traite la question pourquoi les bois deviennent plus fSûbles et ploient plus facilement à mesure qu^iis derîennent plus longs. C'est une des questions de la physique usuelle.
' Âhcham. qitœst,, 32 et 35. — 11 cherche pourquoi ce qui est déjà en mouvement est mû plus facilement que ce ^ui est en repos : il cite pour eiemple les chars, qui ont une plus grande vitesse quand ils sont déjà
LA PHYSIQUE o'àRISTOTE. 85
gam \ cujus apud nos régulas Gartesius suspicatus est, cui felidus staduit Huyghens^ delabentium lapidum celeritatem in momeata crescentem**, angulonim aequalitatem quoa refiexianii ti inddentiœ noniinamus'*, 5** in hydfastaiica^ densitatem seu pondus istud quod vocamus ipeeifieum*, liquoris oisum e profundo in sublime*; ponderis partem perditam quum grave quoddam in aquam immergitur'; 4"* in ky*drodyna$niea aeris aut aquœ aut fluidi cujuslibet renisum'; 5' aquœ et vini vapores, in liquorem iierum densaios' ; 6* hoc
bncés que ^naiid ils eommeacent à rouler ; il demande si tont ce qui et t ponssé ne fiut pas résistance à ce qui le pousse : c'est le principe fameux que la réaetion est égale à Taction.
* Ih caào, U, 13, p. 468, G. — Aristote dit qu'un Tase jplein d'eau étant tourné rapidement , ne laisse pas échapper l'eau qu'il contient , même qoand son ouTorture se trouTe en bas.
' AToliir. ai»c., YIH, 44, p. 427, E. — Aristote a?ait remarqué l'accélération des coq^s tombants | il avait même cherdié à l'eipliquer. Selon lui, les corps qui se meu?ent en ligne droite vont d'autant plus vite qu'ils approchent plus du but où ib tendent ; l'explication sans doute est fausse , mais eUe est ingénieuse, et prouve l'obserration du fait.
» iVoWcm., XVI, 4.
* De eceio , IV, 4, p. 490, B. — Un morceau de bois de cent livres , dit-il, pèse plus dans l'air qu'un morceau de plomb d'une livre ; mais dans l'eau il pèse moins.
* /yoft{.,XXllI,3.
* De ccOo, IV, 4, p. 490; Meteor,, U, 5, p. 557, G , D. — Aristote remarque que l'eau salée est plus lourde que l'eau douce ; que les navires qui paraissaient sur le point de s'immerger entièrement dans les fleuves, sont an point convenable en mer; que souvent les vaisseaux auxquels on a donné une charge convenable jM>ur les eaux des fleuves, ont été renversés 011 ont péri dans la mer ; il cite à ce sujet l'eau de la mer Morte , qui est encore aujourd'hui la plus lourde des eaux naturelles (elle pèse un quart de plus que l'eau distillée] , et en rapporte des merveilles.
' Médian, qitœst,, 55. — D'où vient, dit-il, qu'un corps très-peu pesant ne peut être lancé très-loin? ne serait-ce pas qu'il ne peut avancer qu'autant qu'il peut vaincre l'air en profondeur? L'expression est un pen obscnre , mais le sens me parait clair : un corps ne peut avancer qu'autant que la résistance du milieu dans lequel il se ment n'a pas détruit tout son mouvement.
* Jiitsor.,. 11 , 3, p. 556, E ; 557, A. ^ Aristote dit que l'expérience prouve que l'eau de la mer, réduite en vapeur et condensée de nouveau , est potable, et ne retient plus d'amertume ; il ajoute que le vin et tons les »iK8, quels qu'ils soient, lorsqu'on les met en vapeur, deviennent de
54 LA PHYSIQUE d'aRISTOTE.
Gartesii et Frenelli placitum quo lux et calor corpora doq sunt a centro in nos projecta, sed motus quidam in aère, aut aqua, aut similibus, rotundato puisu et spississimis undulis, iisdemque velocissimis sensum nostrum feriens'; tandem phœnomenon istud quod nostri nUragium appellant *.
Sed alia etiam causa est cur diligamus Aristotelemy illiusque studeamus libris : solus enim ex ista aetate , veterum philosophorum opiniones de rerum natura nobis s^ravit : vix polygraphi quidam aut grammatici, ut Plutarchus in Plor eilis phUoiopharum^ Diogenes Laertius in VUis, Joannes StobœuSy in Pky$ici$ eclogi$ exponunt simpliciter et nulla adjuncta explicatione quœ fuerint physicorum sententiœ. Plato ipse quum de universo loquitur in TinuBo, suas, aut Pythagoreorum, sub Timœi nomine metaphorice exponit idées ; sed raro veteres examinât, aut quid senserint exacte refert Contra^ Aristoteles semper opiniones aliarum scholarum exponit, dilucide explicat, et contra eas optima fide pugnat'*, et sic,
Teau : c'est one erreur qoi proave qu*à cette époque on ne connaisnil auconement les esprits ni les eaox-de-Tie.
* Metêor., I, 3, p. 534, G; 532, B; De anima, II, 7, p. 639, G. — Voyei les endroits cités. J'ai déjià parlé , dans les notes précédentes , de la singulière analogie qui se trouve entre le système d^Anstote et le système des ondulations aujourd'hui adopté partout.
* Meteor., 111 , 4, p. 577, B, G. — L'un des phénomènes que notre auteur cite ici , et qu*il attribue , comme les iris , les halos , les parhélies , à la réfraction ou à la faiblesse de la Tue , est très-probablement le mirage. « On voit très-souyent , dit-il , les promontoires être arrachés de leur place : A7 r âxpai àvBarofffiévctt (fiaivovrai èv tj Bcl- Xârr^ (ibid.f n* 4). — Les objets paraissent plus grands quand rËurus vient à souffler : xaî fU^a rà fuyé^ Tâvray^ Bray eùpoi xyia^i (ihid). » Gf. Alêx. Aphr. Comment., et Ideler, 1. 11, p. 127 et 288 de ses MAéoroiogiquet.
* Yoyes les noies précédentes et toutes les discussions d'Arîstote; elles sont toujours parfaitement loyales , c'est ce qui n'a pas été assex remarqué par ses critiques. Bacon {BedarguL phUos,, § 27) paraît vouloir lui refuser cette «qualité, en désignant sous le nom de intemftnciot minime fidot ceux par oui nous sont parvenues les opinions des Pytbagore , des Leudppe, des Uémocrite, etc.; je n'ai rien vu dans Aristote qui m'ait semblé pouvoir justifier cette accusation. An contraire , il m'a toujours paru que ce philosophe traitait avec une parfaite équité ceux qu'il combat-
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quum injuste iUum quidam accusaverint tanquam voluisser omniiun physicorum aomen et memoriam delere ' y illos e contrario servavit et explicavit^ qui, nisi scripsisset, oomino periissent*.
Denique quam in memorandis veterum opinionibus adhibel diligentiam, eam iterum osiendit in describendis magnis natone phœnomenis : notât sedulo omnes observationes astronomicas aut geographicas, physicas aul meteorologicas', ita ut ab illius libris necessario incipiendum sit, si quis bistoiiam scientiarum naturalium aut scribere aut solummodo Qoirisse voluerit.
Quemadmodum enim ante Herodotum nullum est Grœcorum fiicinus quod a nemine vocetur in controversiam y aut cujus tempus certum fixumque teneatur et libris et hominum memoria, isque propterea historiœ pater merito nuncupatur-, sic in pbysica , ante Âristotelem, nihil nisi sparsas et incertas phsnomenorum descriptiones invenire est ^ ; non magis deerant Homerico orbi prodigia et fobulosœ narrationes * quam heroes et dii poematibus.
Aristoteles a pbysica sicut et a cœteris scientiis, imagina- Uonem amovens, experimentaque et observationem, simulque meditationem commendans et adbibens% omnia
tût. Cela est n trai, jue le cardinal Bessarion, grand platonicien, dans nue lettre an*i] écrÎTait à Apostolius , pour le blâmer de la manière dont il mit parlé d'Aristote , dit : « Lorsqu'on attaque les deux princes de la phtlosopnie, je Tondrais que cela se fit avec tonte la modération qn'Aristote a gardée lorsqu*il a contredit cenx qui Tavaient précédé. » ■ Bacon, fini iâU.
* Ds cœto, 11, i2, p. 464, B; 13, p. 466, 467; i4, p. 47i, D, E; 472, A; jfe(«or.. 1, 6, p. 53$, D, E; 536, A; 8, p, 537, D; Prob^mi., XXIU, 5, 6, It, 17; XXVI, 59.
' Jfrtoor., 1, 9, 10, ii, 12, etsnrtont 13et 44; 11, i, 6, 8; Ul , 2.
* J'excepte naturellement les historiens, et Hérodote en particulier. ' Voyes Malte-Brun \Prki% de la géographie univerteUe, 1. 1).
* On croit communément que les expériences ont manqué à Aristote ; je crois plutôt que c*est l'art de les faire, de les discuter, de les enchaîner entre elles et d'en déduire les conséquences.
hmc, quantum potuit, mendacia dissipavit, et sua vice d^us fuit, qui doctriuarum omnium pater nominaretur.
H»c sunty Indices, Aristotelis mérita; hs sunt virtules quiB a doctissimo quoque noise et flestimaUB, in médium ponunt quare tamdiu absolute et antonomasia quadam pkiUh sapkiu dictns fuerit, et nune etiam illum studio nostro dignum esse déclarant
Ego vero, dum mecum reputo virum non modo bas quas dixi in physica meruisse laudes-, sed quum eamdem onmibus scientîis operam dederit, iUas aut créasse, aut in mdius certe mutavisse; imo omnes ordinate disposuisse, ita ut unius arboris rami viderentur, et sic eneyclapmdim primum j auctorem fuisse*, eum tandem, pro tôt et tantis in sci^itias mentis, a politicis et moralibus vins, a pbysids et mathematicis, a theologis et philosopbis, a poetis et oratoribus pro duce et magistro, communi consensu habitum esse : nescio an nimia mea in illum admiratio, mentis quasi luminibus officiât-, sed maximum qui unquamexstiteritphilosopbum, illum fuisse persuasum babeo; et quœrens apud veteres epigramma quod iUi, me judice probe convenire possit, nibil reperio melius bis versQ)Us quos olim Ennius Sdpioni Afiricano ludens adscribebat, at ego Aristotelem multo verius decere existimo.
A sole exoriente sopra Iteoti' paludes,
Nemo est qai factu me squiparare queat :
Si fas endo plagas cœlestam scandere cuiquam Mi tolei coelei maxama porta patet*.
' La première édition de cette thèse portait les autorisations sui- Yuntes : « Yidl ac perlai , Latetûe Parisioram , in Soriuma, a. d. lY kal. jnn., ann. MDGGCXXXVl, Faciaia<tffttterariimtfiilciid»ffN« Parisimti dêcamu i. V. La CLiac. -« TypU manâeiur, Roosbbllb, «fiNlIonim tusp9Ctar, procumndis Acmdnmm PatrinmâU nhui pntpoiiUu. »