‹ De quelques points relatifs aux récidives et aux généralisations des cancers du sein chez la femmeChapitre 3 sur 17 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Grâce à leur excessive fréquence, à leur marche inexorable et fatale, les cancers du sein ont de tout temps vivement attiré l'attention des chirurgiens et provoqué les essais thérapeutiques les plus divers. D’autre part, cette variété de néoplasmes, siégeant dans une région facilement accessible, se prête fort bien aux ablations radicales, non seulement de la tumeur elle-même, mais aussi des infiltrations ganglionnaires qu’elle entraîne, pour ainsi dire, constamment à sa suite. Aussi, lorsque les chirurgiens de tous pays ont commencé à s’occuper scientifiquement des résultats de guérison durable obtenue par le traitement opératoire, c’est principalementaux cancers de la mamelle qu’ils se sont adressés pour établir des statistiques destinées à mettre en évidence les progrès de la thérapeutique contemporaine. Ces résultats, encourageants on peut bien le dire, nous n’avons nullement l’intention de les étudiérdans notre travail ; les mémoires importants, publiés sur ce sujet, notamment à l’étranger, constituent, à cet égard, des documents suffisants, dont quelques-uns ont été utilisés par M. Monod (1) dans une série de remarquables leçons sur le pronostic et le traitement des cancers du sein. Toutefois, il ne faut pas se faire illusion sur le sort réservé à l’immense majorité des opérées ; en dépit de nos efforts, la guérison définitive reste la terminaison tout à fait exceptionnelle, quelle que soit l’époque à laquelle on intervienne et quel que soit le procédé opératoire mis en œuvre. A notre grand regret, nous devons reconnaître que les guérisons incontestables sont malheureusement bien plus rares encore qu’on ne tend à l’admettre

(1)Ch. Monod. Pronostic et traitement des cancers dusein. Gaz . méd. de Paris, 1884, n»sl,2, 4, 5.

de nos jours ; nous montrerons, en effet, qu’il faut, dans l’espèce, raisonner sur une base plus large que celle acceptée depuis Voklmann par la plupart des auteurs.

11 semble que les chirurgiens, se souvenant surtout des cas dans lesquels ils sont sortis victorieux de leur lutte avec le cancer, aient quelque peu oublié leurs nombreuses défaites. Tandis que la littérature contemporaine est riche en mémoires sur la curabilité de la maladie cancéreuse, la question des récidives et de la généralisation a été un peu passée sous silence, et la seule discussion importante sur ce sujet est celle qui eut lieu en 1888 au Congrès français de Chirurgie. Pendant notre année d’internat chez M. Tillaux, notre excellent maître nous avait engagé à étudier dans leur ensemble les récidives dans les cancers chirurgicaux. La bonne volonté ne nous eût point fait défaut ; mais nous avons senti que notre esprit n’était pas mûr pour une œuvre d’une telle envergure. Nous avons préféré nous limiter aux cancers de la mamelle chez la femme.

Même avec un cadre ainsi restreint, nous n’avons pas voulu aborder sous toutes ses faces ce sujet, qui touche étroitement à la pathogénie encore si embrouillée du cancer en général. Celui-ci, on le sait, est, malgré de remarquables recherches, inconnu dans sa nature intime, et le débat reste tout entier ouvert entre les anatomo-pathologistes purs et les microbiologistes, ceux-ci soutenant l’origine parasitaire du cancer, ceux-là le considérant comme la conséquence d’un trouble dans l’évolution et les propriétés des éléments anatomiques. Nous n’avons nullement qualité pour intervenir dans un semblable débat. Qu’on ne vienne pas davantage, nous le répétons, chercher dans cette thèse un exposé complet des récidives et de la généralisation dans le cancer mammaire. Notre but est plus modeste ; nous désirons uniquement attirer l’attention sur quelques points particuliers, et c’est avec humilité que nous soumettons les résultats auxquels nous sommes arrivé à l’appréciation et à la critique des hommes compétents.

Cependant nous n’avons pas cru devoir passer sous silence l’examen des considérations générales relatives aux récidives dans

les carcinomes mammaires ; on les trouvera exposées au chapitre II de ce travail. Dans les chapitres III et IV, nous étudierons quelques côtés spéciaux de la question, savoir les récidives locales et les récidives envisagées dans leurs rapports avec l’étendue des opérations. Enfin, ayant été frappé, au cours de nos recherches, de la prédilection avec laquelle le foie était frappé dans l’évolution du cancer du sein, nous avons essayé de nous rendre compte de cette particularité et nous avons été amené à reprendre l’étude des lymphatiques de la région mammaire, étude qui se trouve exposée au chapitre V de cette thèse. Mais nous ne saurions pénétrer au cœur de notre sujet, sans nous expliquer (chapitre PO) sur la façon dont a été conçu ce travail, sur l’esprit qui a présidé à la réunion des matériaux qui lui servent de base.

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