‹ De quelques sépultures d'anciens indigènes de l'Amérique découvertes à Montréal [microforme]Chapitre 7 sur 9 · DS LS · texte numérisé non relu

DS LS

des yeux leur pendaient sur les joues, et les seyoient et couchoient prés du dit Capitaine pour les toucher: tellement qu’il semblait que

Dieu fut 1à descendu pour les guérir,

Le dit Capitane voyant lu pitié et loy de ce dit penple, dit PEvansile Nt, Jean, sçavoir: la principio, faisant le signe de la Croix sur les pauvres malades, priant Dieu qu’il leur donnât connatssauce de notre saincte l'or, et de la Passion de Notre Nanveur (D et grace de reconvrer chrétienté et baptesme. Puis prhit le dit Capilaine uue paire d'heures, et tout hautement Iut mot à mot la Pas-

sion de Notre-Neiouneur, si que tous les assistans la purent ouïr, où

tout ce pauvre peuple fit un grand silence, et furent merveilleusement bien cnteudibles, regardans le ciel et faisans pareilles cérémonies qu'ils nouüs vevoient faire, Après liquelle ht le dit Capituine ranger tons les hounes d'un côté, les femmes d'in autre, ei les enfans d'autre, et denna ès principaux et autres, des couteaux et des hachots, et aux femmes des patenotres, et autrcs menues choses, puis jetta parmi la place et entre Les dits enfans des petites bagues et .Ignus Dei, d’étain, de quoy menèrent une merveilleuse joie. Ce fait, le Capitaine commauda «le sonner les trompettes et autres instruments de musique de quoy le dit peuple fut fort réjouit. Après lesquelles choses, nous prismes congé d’eux, et nons retirasmes. Voyant ce, les femmes se mirent auderant de nous pour nous

rêter, et nous apportérent de leurs vivres lesquels ils nous avaient apprestés, savoir: poisson, potages, fèves, pain (2) et autres choses pour nous cuider faire repaistre et diner au dit lieu. Et pour ce que les dits vivres n’estoient à nostre gout, et qu’il n°y avoit gout de sel,

les remerciasmes, leur faisant sione que nous n'avions besoin de

repaistre.

Après que nous fusmes soitis de la dite ville, fusmes couduits par plusieurs hommes et femmes d’icelle sur la montagne devant dite, qui est par nous nommée Mont-Royal, distante du dit lieu d’un quart de lieue (3) ; et nous, estant sur la dite montagne eusmes vue et connaissance de plus de trente lieues à l’environ d’icelle, dont il ée de montagues, qui sont Est et Ouest

oisantes, et autant vers le Nu; entre lesquelles monta

v a vers le Nord une ran

œ ones est la

(1) Ces mots ne se trouvent ni dans Ramusio, ni dans Hackluyt. (Red.)

(2) Ce mot n'est ni Uans Ramusio, ni dans Hackluyt. (Red.)

(3) D'un peu moins d'un mille, (Ramusio.) (Red.)

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Evan- Croix silice (Det Capi- 1 Pus- Air, OÙ

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Capitre, ei iteaux 1enues petites illeuse ttes el réjout.

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larre la plus belle qu’il soit possible de voir, labourable, unie et plaine : et par le milieu des dites terres, voyons le dit fleuve outre le lieu où estoient demeurées nos barques, où il y a un saut d’eau le plus impétueux qu’il soit possible de voir, lequel ne nous fut possible de passer (E,: et voyious le dit fleuve tant que l'on pouvait regarder grand, large, et spacieux, qui allait au Su-Oues, et passoit par auprés de trois belles montagnes rondes que nous voyions et estimions qu'elles estoient à environ quinze lieues de nous; et nous fut dit et montré par signes par les trois hommes (2) qui nous avoient conduit qu'il $ avoit trois itieux Nauts d’eat au dit fleuve, comme celui où vstoient nos dites barques ; mais (3) nous ne pusmes entendre quete distance lv avait entre lan et Pautre, Puis nous montraitent que les dits sauts passés, Von pouvait naviguer plus de trois lunes par le dit flenve. (4) Et là dessus me souvient, que Donnacona Seigneur des Canadiens nous à dit, quelquelois avoir esté à uue autre terre, ou ils sont une lune à aller avec leurs barques depuis Canada jusqu'à la dite terre, en laquelle 11 croit force Canelle et Girofle. Ils appelleut la dite Cannelle Adotathui, le Giroitle C'anoaolku. Etontre nous moustroient, que le long des dites montagnes estant vers le Nord, ii v a une grande rivière qui descend de l'occidunt comme fe ditileuve. Nous estimons que c’est la riviere qui passe par le Royaume et Province du Saguenay : et sans que leur lissious aucune demande et signe, prisrent la chaisne du sitilet du Capitaine qui est d'argent, et un mauche de poignard qui estait de laiton jaune contine of, lequel estoit alu Cote de nos pnaritiers et

moutroient que cela venait d’amont le dit ileuve, et qu'il ÿ avait dex

Agojudus (5): qui est à dire inauvaises gens, qui eéstoient armés

jusques sur les doigts, nous montrant la facon de leurs armures, qui

sout de cordes, de bois lacés et tissus ensemble : nous donnans à

entendre, que les dits Agojudas menoient lu œuerre continuelle les

uns és autres ; mais par defaut de langue, ne pasmes avoir connais-

sance combien 11 ÿ avait ju iues au dit pays. Le dit Capitaine (1) Certe dernière phrase manque dans Ramusio, (Red.;

(2) Ces muts ne <e trouvent ni dans Ramusio ni dans tlackiurt.

(Red.) (3) Cotume nous ne comprenions pas leur iangue. (Ramusior, (Red)

L] (4) Tout ce qui suit jusqu'aux mots : ‘et outre? manque également dans Ramusio et dans Hackluyt, (Red.)

(5) Agouronda, (Ramusio)., (Red.)

leur montra du cuivre rouge, qu’ils appellent Caquedaxe (1), leur montrant vers le dit lieu, et demandant par signe s’il venoit de là. Ils commenrèrent à secouer la teste, disant que non et montrant qu’il venait du Saguenay, qui est au contraire du précédent. Aprés lesquelles choses ainsy vues et ente. ‘s nous retirasmes à 08 barques, qui ne fut sans avoir conduite de nd nombre du dit peuple, dont partie d’eux quand venoient nas gens las, les chargeoient sur eux comme sur chevaux, et les portoient.?”

Fig. 16.

A, porte; B, carré; C, maison du chef; D, palissade de défense.

L'édition originale des voyages de Cartier paraît avoir eté illustrée de cartes ou de plans ; il en existe une représentant Hochelaga dans la traduction italienne de Ramusio (2) publiée à Vénise en 1560. C’est une espèce de vue idéale à vol d'oiseau faite ou sur les lieux ou d’après souvenir. Une copie réduite des

(1) Cuigneludie, 2e voyage ; aignataze, 1er voyage. (Ramusio). (Rèd.)

(2) C’est à M. l'Abbé Verreau, Principal de l'Ecole Normale Jacques-Cartier, qne je dois d’avoir pu consulter cet onvrage, (Aut.)

, leur de là.

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(Réd.)

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parties le: pius importantes est donnée fig. 16. Elle montre Ja construction «le ces palissades de bois, la forme et l’arrangement des maisons et ella donne une idée grossière de l’aspect des environs. Elle noua permet de comprendre les dimensions que Cartier donne aux habitations : ces dimensions évidemment ne se rapportent pas à des demerres particulières qui sont carrées, mais à une suite de quatre ou cinq maisons, De plus elle donne environ 120 verges pour le diamètre de l'enceinte circulaire, et environ 30 verges pour chacun des côtés du carré placé au centre. Elle montre encore que le village était situé près de la base de la montagne, (laquelle ne paraît pas cependant, parceque le point de vue était pris du sud), qu'il ÿ avait un petit ruissean à l’ouest et probablement nn antre à une grande distance vers l’est,

Comparaut la description de Cartier avec les details postérieurs des Jésuites nous pouvons, je pense, arriver aux concinsions suiantes sur l'emplacement d’Hochelaga, Cet emplacement était non seulement éloigné de 4 ou 5 milles de la place où Cartier débarqua au pied du courant; mais encore à quelque distance du fleuve, au pied de la montagne, sur une terrasse sabloneuse qui est plus propre que tonte autre partie de l'ile à la venne du chéne et la cuitur: du blé-d’inde telle que les Sauvages la faisaient. 1: était situé 4 nu quart de liene du sommet de la montagne, à lest dun petit rnisseau qui en descendait et en face d’un autre ruisseau semblable jui coulait au nord-ouest, et comprenait da nn diamètre d'environ 10 verges nn amas assez dense de cabanes, Toutes ces indication: correspondent à l’endroit en question, et si le village fit détruit avant 1603 et toutes les constructions de bois consnmées par le feu, ii ne devait en rester aucune trace en 1642, et le sol était probablement à cette époque convert d’arbnstes et de jeunes arbres, Mais la traction des sauvages pouvait avoir conservé le sonvenir de l’endroit, et si, comme il n’y a ancun motif d’en douter, l'endroit meutionné dans la relation des Jésuites était le front de l’escarpement de la monta:ne, leurs compagnons auraient en tout à leurs pieds l’ancienne sesidence de leurs pères, et leur remarque sur le climat et la position anraient été exactes et nécessairement dictées par le spectacle qu’ils avaient sous les yeux. Je ne prétends pas que cette preuve soit certainement assez évidente pour identifier le site ; mais #i nous considérons en même temps les restes que nous venons de trouver, nous somnies suflisamment autorisés à croire que c’est là l'emplacement le plus probable d’Hochelaga, jusqu’à ce qu’on donne cles preuves plus certaines en faveur d’un autre endroit.

La seule objection de quelque poids qui se presente à mon esprit en ce moment, c’est le petit nombre de cadavres trouvés. Ni cetie place avait été habitée pendant longtemps et si le peuple a été dans l'usage d’ensevelir ses morts prés de leurs demeures, nous pouvons espérer trouver un cimetière plus vaste, Mais nous ne savons pax combien de temps Hochelaga a existé au temps de Cartier, et les eXCavations qui ont été faite: ne sont pas suflisantes pour constater le uombre de tombes, De pius ce peuple avait peut-etre la contume, aitribuée par Charlevoix à d'autres tribus, de déteirer «0x morts tous les 8 où 10 ans et d'aller, après nue fête solennelle en leur honneur, les ensevelir dans uu méme endroit, souvent assez éloiuné du village, On doit aussi observer que ces Corps on été ensevelis suivant l'usage primitif des sauvages, et Pétat où ils sont indique une antiquité plus que sutlisante pour qu'on les puisse supposer enterrés à une époque aussi reculée que celle du voyage de

Cartier,

E, plan d'une maison: «, entrée et place du feu: EF, section d'une partie de la palissade,

Je ne pius ternunuer cet article sans exposer sur les annales préhistoriques de Montréal quelques conclusions qui découlent des faits établis plus haut.

[. Les aborigenes de Montreuil étaieut de race algonquine (D. Cartier indique évidemment comme identiques les langues par-

lées à Stadaconé où Québec et à Hochelaga. Plusieurs mots qu’il

(1) On les a regardé généralement comme froquois on Hurons, sans aucune autre raison apparente que leur vie sédentaire etagricole, [ Aut.] Pour des raisons que nous n’avons ni le temps, ni l'espace dé développer, nous doutons encore contre l'opinion du savant auteur, que le® sauvages dont il est question fussent Algonquins. | Red.]

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cite incidemimeut sont les inémes où n'oflrent qu'une légere diilerence et il ne donne qu'un vocabulaire pour ces deux places. Cela s'accorde parfaitemeut avec ce que disent expressément les relittions des Jésuites, que cette tribu dont les ancctres avaient habite Montréal parlaient la langue Algonquine et à Pépoque de Cartier et en 164%, Ce peuple était en meme temps politiquement et socialement uni aux Algouquius du bas du fleuve, De plux, les habitants

Hochelaga inlormeut Cautier que le pays an sud-ouest était habité par un peuple ennemi, redoutable à la guerte : ee peuple peut étre les Hurons, où les Froquois, ou tous les deux: et, ce qui s'accorde avec cette supposition, e’est que les Jésuites apprenneut en 1647 que les Hurons avaient détruit ce villages; que ce peuple avait autrefois été l'ennemi des Alsonquins, quoiqu'alors fut en paix avec fui.

il. Au temps de Cartier, les habitants de Montréal et de ses environs fuyaient devant les Troquois et les Hurons, et peu de temps après ils perdaient finalement la possession de Pile de Montréal, Le récit des denx Indiens en 1642 suppose qu'à une époque plus ancienne les Algonquins s'étaient étendus au loin dans le sud et louest de Montréal. Cette tradition ressemble beaucoup à celle des Delawares, dont les ancûtres, alliés aux lroquois, (quoique ceux-c1 plus turdeussent eu des démelès avec les Delawares comme avec les Hurons,) auraient chassé devant eux les Aligewe, peuple qui habitait comme les Algonquins des villages entourés de remparts de bois. Ces deux histoires marchent absolument de pair, sielles ne font pas partie d’un de ces grands mouvements de population, Nous apprenons de plus des missionnaires Jésuites qu'une partie des Alwonquins chassés fut absorbée par les Hurous et les Froquois, fait iniportant pour ceux qui étudient les traits physiques et socianx de chacune de ces races,

I. Le déplacement des Algonquins teudait à les réduire à ur degré plus bas de barbarie. Cartier regarde évidemment le peuple d’'Hochelaga comme plus stationnaire et plus agncole que ceux placés plus à Fest, et il est naturel qu’un peuple demi-civilisé, lorsqu'il ne peut vivre en sécurité et qu’il se trouve poussé sous un climat moins favorable, devienne plus grossier, et plus errant, comme nous apprenons par les Jésuites que tel a été le cas pour les descendants de ces peuples.

Si Hochelaga avec ses champs bien cultivés, avec sa population stationnaire et peu guerrière en apparence, était seulement

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un reste d’une muititude de villages semblables autrefois, répandus sur la grande plaine du Bas-Canada, mais détruits bien avant la colonisation du pays par les Français, nous aurions actuellement ici un exemple historique ‘le ces déplacements de tribus sédentaires et pacifiques, déplacements qui paraissent s’être opérés d’une manière si étendue en Amérique. Nos Algonquins prinitifs de Montréal pourraient donc prétendre descendre de ces races demi-civilisées, dont les restes répandus dans les différentes parties de l? Amérique du nord, ont excité tant de recherches. Si Cartier était arr 6 quelques années plus tard, il n’aurait pas trouvé d’Hochelaza Fâût-il arrivé un siècle plus tôt, il aurait vu plusieurs village: semblables sur une contrée occupée dans son temps par des ces ho”tiles.

Ces réflexions ne sont pas de simples spéculatior.s, elles ouvrent la voie à des recherches utiles. Jusqu'à quel point la civilisation des Iroquois et des : arons était-elle emprnntée à ces races qu’ils déplacèrent ? Quelle est actuellement la différence de ces restes trouvés à Montréal et ceux des Hurous dans le Haut- Canada ? Y a-t-il quelques restes de villages dans le 1 : s-Canada, qui puisse confirmer le récit de ces deux anciens sanvages en 1642?

A ces questions, je n’ai pas lintention de répondre ; 15 me contente de diriger mon attention vers ces restes récemment découverts près de ma demeure, et qui seront, je l'espère, recueillis et conservés avec tout le soin que demande leur importance comme ouvenirs historiques. C’est dans la persuasion que J’ai de leur importance, dans le désir de préserver de l’oubli les dernières reliques d’une tribu éteinte, que je chercherai l’excuse de m’étre oc2upé d’un sujet qui ne se rapporte pas directement à mes études ordinaires, mais qui est, comme recherche éthnologique, du ressoït de ce journal.

Nork.—Pour ce qui regarde les gros concombres et les fèves dont parle Cartier, on peut remarquer que suivant l’opinion de feu le Dr. Harris et du Professeur Gray, qui tous deux se sont occupés de ce sujet, les aborigènes de l’Est de l'Amérique possédaient et cultivsieut certainement la citrouille commune et quelques espèces de courges et probablement deux sortes de fèves, quoique ces plantes ne soient pas indigènes au nord du Mexique, Leur culture, comme celle du hléi doit avoir passé des pays du sud à ceux du nord. [Autenur.]

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Nouvelle Note sur les Antiquités Aborigènes trouvées à Montréal,

Depuis la publication de mou premier mémoire, on a terminé les travaux de déblayement commencés sur le site de l’ancien village sauvage dont je parlais, et maintenant que toute la couche supérieure de sable a été enlevée, le terrain a perdu sa forme et son apparence primitive, et il est peu probable qu’on y fasse plus tard de nouvelies découvertes. Tous les travaux ont été surveillés avec soin dans le cours de l’année dernière ; des fouilles spéciales ont été pratiquées aux endroits qui promettaient le plus ; nous avons pu ainsi découvrir de nouveaux objets dont plusieurs offrent bezucoup d’intérêt.

M. Murphy, membre de cette société, a contribué à nos recherches, et a réussi à former une collection considérable : je dois à l’obligeance de M. Dand, chargé de surveiller les ouvriers, divers spécimens aussi bien que l’indication de quelques endroits les plus favorables aux fouilles. Dans les faits dernièrement constatés, il n’y a absolument rien qui puisse m’engager à modifier l’opinion que j’émets dans mon premier article : cet endroit est sans aucun doute le site d’un ancien village sauvage, probablement celui que Cartier désigne sous le nom d’Hochelaga. Ces conclusions sont même corroborées par les dernières observations.

Le terrain qui renferme ces restes s’étend de la rue Mansfield à une ligne tirée un peu à l’ouest de la rue Metcalfe, d’un côté, et de l’autre, il commence un peu au sud de Burnside Place et se termine à 60 verges environ de la rue Sherbrooke : dans cet espace reserré qui n’excède pas 2 acres impériaux, 20 squelettes ont été trouvés depuis 12 mois, et les ouvriers assurent que les endroits déblayés les années précédentes en renfermaient une bien plus grande quantité. Nous avons pu constater les places de plusieurs

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centaines d’anciens foyers et d’au moins 10 à 12 huttes ou cabanes. Dans quelques cas les cabanes semblent avoir été élevées au-dessus d’un cimetière, comme si une génération avait voulu établir sa demeure sur le tombeau d’une autre. L’emplacement de ces habitations, sur quelques points, offre, jusqu’à la profondeur de 3 pieds, une masse noire, saturée de matières carbonisées et remplie d’ossements d'animaux sauvages, de charbon de bois, de poterie et de débris d’ustensiles en os ou en pierre. Cette masse noire paraît en même temps formée de plusieurs couches, comme si on l’avait déposée successivement sur les parties les plus basses du terrain.

L’espace de temps pendant lequel cet emplacement a été habité, se trouve aussi indiqué par l’état de conservation plus ou moins parfait des fossements et des instruments en os, dont un certain nombre, dans les couches inférieures, paraissent certainement plus anciens que ceux qui se trouvent plus près de la surface. La même conclusion peut aussi se tirer de la grande quantité de poteries de différents modèles, et des restes abondants de nourriture animale répandus ensemble dans le terrain décrit plus haut.

Tout cela fait voir que les aborigènes y ont fait un long séjour, et tandis que d’un côté, l’absence cemplète, sur les points fouillés pour la première fois, d’objets de manufacture européenne, suppose une date qui remonte à la découverte du pays ; de l’autre côté, leur présence, dans des circonstances qui empêchent de l’attribuer au bouleversement postérieur de la surface du «ol, suffit pour montrer que le village existait encore à l’arrivée des Européens. D’autres faits qui se rapportent à ces différents points ressortiront de l’ensemble des détails que je vais donner sur les articles trouvés depuis la publication de mon premier mémoire.

Restes humains.—On a encore découvert un grand nombre de crânes ; mais plusieurs sont trop fragiles pour être conservés. Leur conformation accuse le même type que ceux qui ont déjäété décrits.

Voici les mesures de cinq crânes qui ont été le mieux conservés :

No. 4. No. 5. No. 6, No. 7. No. 8.

Diamètre longitudinal 6% pes. 7 pes. 7; pes. 8Epcs. 7 pes. 6 pariétal 5} 5} 8 5% 54 66 rontal 4} 4 4i 4ÿ k € vertical 5. 5f i 53 i Arche intermastoïde 11% 12 0 14} 12 Ligne intermastoïde 5 5 0 5 0

Arch. occipito-frontale 134 135 144 15} 13} Circonfér. horizontale 194 20 20! 22 20

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Le No. 4 fait partie de la collection de M. Guilbault. Les autres sont en ma possession. Les Nos. 5 et 6 appartiennent à des squelettes d’homme et de femme ensevelis ensemble. Tls ont les os Wormiens très-développés, ce qui n’existe pas chez les autres. Le No. 8 offre une distorsion latérale qui semble avoir partiellement exisié pendant la vie; mais qui doit avoir été augmentée par la pression du sol, après la destruction des parties molles.

J'étais très-désireux de m’assurer si la mesure des crânes pourrait jeter quelque lumière sur la question de savoir à quelle race sauvage en particulier appartenait ce peuple. Le professeur Wilson a eu la complaisance de me fournir pour cette étude les calculs suivants, qui présentent les proportions moyennes d’environ quarante crânes hurons et de trente autres supposés algonquins:

Huron. Algonquin.

Donne en enee 7,37 pouces 7,23 pouces.

PEU CT APN NE ATEN TES 5,47 (‘6 5,58 6 PLOUIO UP 8 re imekauniaese 5,42 4 5,37

Ces chiffres font voir que le crâne des Alzonquins est plus large, mais plus court et moins haut que celui des Hurons. Les dimensions des crânes d’Hochelaga, données plus haut et dans ma première "note présentent entre elles tant de différence, qu’il est impossible de les comparer à cette moyenne. Les Nos. 3, 4 et 8 approchent beaucoup du type algonquin ; les Nos. 6 et 7, du type huron ; le No. 7 est remarquable par sa longueur, et, sous ce rapport, il diffère presque complètement du No. 4. Ilest possible que le type crânial de la tribu d’Hochelaga renferme des différences plus grandes que n’en donnent les moyennes du professeur Wilson, où que les individus dont nous avons trouvé les restes n’appartiennent pas à une même tribu. Dans chacune de ces suppositions, il nous aurait fallu un plus grand nombre de crânes pour établir, d’une manière satisfaisante, les points de comparaison ; par là, nous aurions pu laisser de côté ceux qui présentent une forme anormale et ceux qui accusent une origine étrangère. Il ne faut pas oublier, non plus, que dans un‘endroit central, au confluent de deux fleuves, à une époque où Hochelaga devait être le point de réunion des différentes tribus qui fuyaient devant les Iroquois et les Hurons, la population devait offrir beaucoup de mélange.

Les remarques qu’on va lire sont tirées d’un article publié par le

professeur Wilson, dans le Canadian Journal du mois de septembre

‘ Le Dr. Dawson, dans un mémoire plein d’intérêt, publié par le Canadian Naturalist, sur les “ antiquités aborigènes découvertes récemment dans l’île de Montréal,”? nous a donné la description de 3 crânes, l’un de femme et deux d’homme, trouvés au milieu d’un grand nombre d’ossements humains, au pied de la montagne de Montréal. L’auteur pense, avec beaucoup de raison, que cet endroit a été le site de l’ancien Hochelaga, village sauvage visité par Cartier en 1535; mais il s’appuie sur des preuves moins convaincantes pour rapporter ces crânes au type algonquin. Depuis la publication de ce mémoire, mon attention a été attirée par le Dr. Dawson sur deux autres crânes, l’un d’homme et l’autre de femme qui sont mairtenant dans le Musée du Collége McGill à Montréal. Le premier fournit un exemple encore plus frappant de déformation subie après la sépulture ; c’est le crâne d’un homme de quarante ans environ: ses dimensions ap;rochent de la mesure moyenne de: crânes iroquois et algonquins, mais il présente une distorsion laterale très-marquée, avec une dépression à la partie gauche et un renflement sur la droite.

‘ Le front est aplati et fortement déprimé vers la droite, et ce côté est tellement rejeté en arrière par la déformation générale du crâne que la partie droite du prolongement annulaire de l’os frontal se trouve près d’un pouce en deça de celui de gauche. Tout le crâne se trouve proportionnellement rejeté du même côté en produisant un grand développement latéral aux protubérances pariétales et une projection irrégulière vers la droite de l’occiput. Le maxillaire droit supérieur et les os malaires sont détachés du crâne ; mais le maxillaire gauche et les os nasaux sont à leur place: les derniers accusent le nez développé et proéminent qui caractérise la physionomie du sauvage. Les os du crâne, à une légère exception près, ont conservé leur cohérence quoiqu’ils aient éprouvé une grande distorsion : dans ce cas, toutefois, l’ossification ne s’est produite à aucune des sutures. L’exception que nous venons de mentionner se rapporte au temporal gauche qui a éprouvé un déplacement partiel assez grand pour détacher le bord supérieur de la suture squameuse, Une partie de la base du crâne manque. On ne saurait révoquer en doute que cette distorsion ne doive être attribuée à une cause posthume, quand on met les condyles de la mâchoire inférieure en opposition avec les cavités glénoïdes : on voit alors non-seulement que les dents de devant ne rencontrent pas les dents correspondantes du maxillaire supérieur, mais encore que les deux premières incisives de cette mà-

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a 00 choire vont frapper contre la première canine droite ; par suite, les autres dunts sont tellement en dehors «le leur position normale, par rapport à celles de la mâchoire supérieure, qu’il leur aurait été impossible, en occupant la même place pendant la vie, d'opérer La mastication, à laquelle cependant elles ont servi, comme leur apparence usée le fait voir.

‘ Cette grande distorsion devient encore plus apparente lorsqu’on examine le crâne à sa base. Los a été fracturé, des fragments s’en sont détachés sous la pression, tandis que les os mastoïdes ont été tordus obliquement de sorte qr:2 celui de gauche se trouve d’un douce plus avancé que celui de droite. ‘Les circonstances dans lesquelles le crâne a été trouvé peuvent servir à jeter du jour sur la manière dont cette déformation posthume a été produite. Il était recouvert par un peu moins de deux pieds de terre dont le seul poids n’a pu produire ce changement de forme, et il était complètement rempli du sable fin dans lequel il était enterré. Supposons d’un côté que le corps soit demeuré sous cette légère couche de terre jusqu’à la destruction de tous les tissus de la cervelle et que le sable fin ait rempli le vide de la boîte cranienne ; supposons, d’un autre côté, qu’au moment où les os étaient encore remplis de la matière animale, et amollis par le sable humide qui les environnait et les enveloppait, il y ait eu une pression considérable exercée à la surface de la tombe, comme par une construction massive ou par l’accumulation soudaine d’une masse pesante, le sable à l’intérieur devait présenter à ce nouveau poids, dont l’action se transmettait presque égale en tout sens, une résistance suffisante pour empêcher l’écrasement du crâne ou la rupture des os, mais non pas assez grande pour les empêcher de céder à la pression de toute la masse. Dans ce cas, le crâne aurait été soumis à une espèce de procédé assez semblable à celui que les Têtes-plates exercent sur la tête de leurs enfants ; le développement anormal qu’ils produisent suppose un grand déplacement de la masse cérébrale ; mais il n’en diminue point, ou presque point, la capacité intérieure. La présence de nombreux restes de pipes, d’armes et d’ustensiles domestiques en poterie et en pierre, prouve suffisamment que cet endroit a été le site d’un village sauvage, en même temvs que d’un cimetière ; elle fait voir, par conséquent, la possibilité soit d’une construction, comme celle que nous avons supposée, soit d’une masse quelconque, accumulée sur la tombe, à une époque assez rapprochée de celle de la sépulture pour produire le changement que nous avons décrit plus haut.

‘4 C’est à des causes analogues qu’il faut attribuer les cas semblables de détormation posthume : ils sont tellement exceptionnels qu’il est impcssible de les regarder comme l’effet de la pression ordinaire du sol.

‘6 Un autre crâne, probablement ceiui d’une femme, trouvé dans le même cimetière et qui est maintenant dans la collection de M. Guilbault de Montréal, semble aussi avoir éprouvé un changement artificiel de forme, soit pendant la vie, soit après la sépulture. Les arcades sourcillières sont proéminentes, l’os frontal est rejeté en arrière, mais encore convexe et l’occipital a éprouvé une projection inférieure considérable, qui paraît surtout très-sgrande, à cause d’un aplatissement général à la région coronale et d’une dépression très-marquée produite immédiatement au-dessous de la suture lambdoïdale, résultat probable d’une pression posthurie. La conformation anormale de ce crâne paraît, par les proportions de l’arche intermastoïde qui mesure seulement 11,75, tandis que la mesure moyenne, telle que je l’ai constatée sur 33 crânes algonquins, est de 14,34, et 14,70 telle que constatée sur 36 crânes hurons. ?’4

La plupart des crânes découverts ont les dents d’une régularité remarquable, bien que considérablement altérées par l’âge, et souvent tombées pour cause de vétusté. Dans deux cas cependant, constatés chez des personnes qui doivent être mortes jeunes, nous avons trouvé les dents très-irrégulièrement développées. Tous les squelettes complets sont repliés et reposent dans une posture inclinée, au lieu d’être droits, ou bien ils sont couchés sur le côté, la tête ordinairement tournée vers l’occident. On a rencontré quelques crânes, et d’autres os séparés du reste du corps, séparation causée probablement par la charrue ou par les fouilles modernes. Nous signaierons, comme méritant une attention particulière, deux exceptions très remarquables à la manière dont ces restes humains se sont généralement présentés.

Près de l’un des foyers, à une profondeur de deux pieds, on a découvert, parmi des ossements d’animaux sauvages et des fragments de poterie et de charbon de bois, quelques parties d’une mâchoire humaine qui avait appartenu à un individu fort jeune et qui avait été évidemment brisée ou rongée par des animaux, à une époque très-rapprochée de la mort. Cette circonstance pourrait faire croire que les habitants d’Hochelaga se livraient de temps en temps à des actes de cannibalisme, si nous n’y pouvions voir également une preuve de la destruction du village, destruction où il est probable que la plus grande partie des indigènes, jeunes et vieux,

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périrent sous les ruines de leurs habitations. Il n’est guère possible, non plus, de trouver dans ce fait une indication des tortures ou indignités qu’on infligeait aux prisonniers de guerre, puisque ces restes ne sont pas ceux l’un adulte; mais peut-être s’y trouve-t-il quelque rapport avec la coutume indiquée par les objets que nous allons décrire.

Ce sont deux vases, des coupes peut-être, formés de portions de crânes humains. L’un m’a été donné par M. Dand, l’autre fait partie de la collection de M. Murphy. Tous deux ont été formés d’os pariétaux grossièrement coupés, et polis autour du bord, L’un a un trou rond destiné à recevoir un manche, ou une corde. Ces restes, sans aucun doute, nous montrent la coutume attribuée à plusieurs tribus primitives de l’ancien monde, de se servir des crânes de leurs ennemis tuëés dans les combats comme de vases pour les usages domestiques. Cette coutume doit-elle être reprochée aux habitants de l’antique Hochelaga, ou aux ennemis qui détruisirent cette bourgade? Voilà une question à laquelle nous ne saurions répondre avec certitude, et il n’est peut-être pas mal de laisser le bénéfice du doute à ceux qui accueiliirent Jacques- Cartier avec tant d’hospitalité.

2. Grains de porcelaine ou Wampum. On n’a trouvé qu’un échantillon du coquillage wampum ou ‘ Esurgny,”? comme l’appelle Cartier. Nous le représentons, Fig. 1; il est petit, bien formé, provenant, selon toute apparence, du coquillage perlé, d’une Unio, probablement l’Unio ventricosus. (1) Les grains, par leur petitesse et l’habileté qu’il fallait pour les travailler, doivent avoir été d’un très-grand prix, et d’un autre côté, le vif éclat de perle dont ils brillaient leur donnait plus de magnificence qu’on n’en trouve dans le wampum des fndiens de la côte. Si ce seul échantillon repré-

(1) Ou l’Unio Canadensis de Lea, laquelle n'est peut-être qu’une variété de l'espèce nommée dans le texte.

sente sbelleiment les grains auxquels Cartier fait allusion, il est d'accord avec lé rapport OU CG Havifateur nous apprend que la inalére de ces grains était tirée du fleuve ; mais il n’explique pas le récit curieux qu'si fait de la maniere dont ont l’en tirait.

Nous avons trouvé, M. Murphy ét moi, beaucoup d’échantillons de disques de terre cuite, grossiérement ornés et perforés au centre conne dans la Fig. {ls semblent avoir été une espèce plus

Soininuné el inoins cohteuse de Wälnpurm.

Fig, 5. Fig. 4, Fig. 5.

3. Ustensiles d’os.— Lls sont en très-grand nombre et de formes diverses. La Fig. 3 représente la pointe d’une lance de poisson barbelée ; la Fig. 4 peut avoir êté la pointe d’une lance ou celle l’une flèche, et la Fig, 5 représente une aiguille en os. On a trouvé une grande quantité d'objets pointus, qui sont peut-être des dagues, des têtes (le lances, des épinglettes ; quelques-uns avaient une forme

très-élégante, mais sans aucune ornementation de sculptures. Les

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