‹ De quelques sépultures d'anciens indigènes de l'Amérique découvertes à Montréal [microforme]Chapitre 6 sur 9 · PE D · texte numérisé non relu

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missionnaires remarquent de plus que ce peuple, autrefois sédentaire et cultivateur était devenu errant par suite des dangers auxquels il était exposé, fait très important, comme nous le verrons plus loin. Un de ces hommes dont nous parlons s’appelait Atcheast, et d’autres détails montrent qu’il faisait partie d’une troupe que les missionnaires regardaient comme parlant l’Algonquin.

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Les Français ies invitèrent à revenir dans l’île de Montréal et leur promirent de les protéger contre les Iroquois, zuais ils ne paraissent pas avoir surmonté leurs craintes jusqu’à ia conclusion de la paix en 1646. Alors un certain nombre de familles, et parmi elles, dit-on, quelques descendants des anciens habitants formèrent un établissement qui ne paraît avoir existé que peu de temps, parce que la crainte des Iroquois s’empara encore d’eux. Cependant quelques-uns demeurèrent assez longtemps pour semer du blé d'Inde. A l’époque où nous sommes, nous voyons donc établi ce fait important, que ceux qui se regardaient comme les habitants primitifs de Montréal étaient de la langue Algonquine et que le nom de leur tribu était Ononchataranons, (1) ou Iroquet. Leur chef était alors Taouichkaron. C’est la deuxième mention historique que Je trouve de ce peuple, il semble se disperser, ou disparaître de Montréal au commencement de la guerre avec les Iroquois l’année suivante. De ce qui précéde, il résulte que si,

(1) Ononchataronon était le nom donné à cette tribu algonquine par les Hurons qui terminaient en ronon les noms de peuple ; on l’appelait encore l’Iroquet d’un de ses chefs. [Red.]

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comme la chose parait certaine, les restes qui viennent d’être trouvés indiquent l’emplacement d’un ancien village sauvage, ils doivent avoir appartenu ou à l’Hochelaza de Cartier, ou au dernier établissement de 1646,à moins toute fois que ce dernier n’ait occupé précisément ja même position que le premier : dans ce cas il serait difficile de distinguer les restes de l’un de ceux de l’autre. Quant à la seconde et à la troisième alternative, il semble qu’après l'occupation de l'île par les Français et à une époque où les missionnaires travaillaient avec succès parmi ces nations, le terrain occupé par leur village devrait présenter plus de traces de leur commerce avec les européens qu’on n’en rencontre dans l’endroit en question. Avec la craiite qu’ils avaient des [roquois, ils se seraient probablement établis aussi près que possible de leurs alliés dont les habitations étaient sur le bord de la rivière. Deplus, il paraît impossible qu’une aussi grande quantité de fragments de poterie ei d’autres restes fût le résultat du séjour de quelques familles pendant une année seulement. Ils indiquent plutôt un lieu habité pendant longtemps. Ces raisons m’engagent à regarder comme l’alternative la plus probable, que le lieu en question est le site du village primitif visité par Cartier en 1535, à moins que nous trouvions dans son récit quelque raison qui nous fasse rejeter cette conclusion.

Afin que le lecteur puisse juger par lui-même, je cite ici la narration même de cet ancien voyageur si attentif, que je reproduis de l’excellente traduction anglaise de Hakluyÿt avec quelques changements suggérés par le piofesseur Darey du Collége MeGill qui a eu la complaisance de comparer le français donné par la Société Littéraire et Historique de Québec. Entre ces deux textes il y a de nombreuses différences qui proviennent sans doute en partie de ce que la traduction d’Hackluyt a été faite sur les anciennes éditions, perdues maintenant ; mais quelques-uns sont bien évidemment des erreurs de la traduction. L’extrait suivant se rapporte au jour qui suivit l’arrivée de Cartier dans l’ile de Montréal, où il débarqua, pense-t-on au pied du Courant. (1) ‘ Le len-

(1) Au lieu de retraduire en français le passage d’Hackluyt cité par le Principal Dawson, nous avons cru qu’il valait mieux donner le texte de Cartier tel que publié par la Société Littéraire et Historique de Québec. Nous ferons observer que ce texte, copié à la bibliothèque impériale de Paris, sur un manuscrit qui paraît dater du milieu du 16e siècle, diffère encore en quelques endroits de la traduction de Hackluyt corrigée par le Principal Dawson et de la traduction de Ramusio qui est en général faite avec beaucoup de soin. Nous indiquons en note

demain au plus ratin, ir: Cupitaine s'accoustra, et fit mettre ses gens en ordre pour aller voir la ville et demeurance du dit peuple, et une montagne qui est jacente à la dite ville, où allérent avec le dit Capitaine les (1) gentils-hommes, et vingt mariniers, et laissa le parsus pour la garde des barques, et prit trois hommes de la dite viile Hochelaga pour les mener et conduire au dit lieu, Et nous estant enchemin, le trouvasmes aussi battu (2) qu’il soit possible de voir, en la plus belle terre et meilleure plaine (3) des chênes aussi beaux qu’il y en ait en forêt de France, sous lesquels estoit toute la terre couverte de glands, Et nous ayant fait environ une lieue et demie (4) trouvasmes sur le chemin l’un des prineipaux Seigneurs de la dite ville Hochelaga, avec plusieurs personnes, lequel nous fist signe qu'il se fallait reposer au dit lieu près un feu qu’ils avoient fait au dit chemin. (5) Et lors commença le dit Seigneur à faire un sermon et preschement, comme cidevart est dit être leur coutume de faire joye et connaissance, en faisant celui Seigneur chère au dit Capitaine et sa compagnie ; lequel Capitaine lui donna une couple de haches et une couple de couteaux, avec une Croix et remenbrance du Crucifix qu’il lui fist baiser, et lui pendit au col; de quoi il rendit grâce au dit Capitaine. Ce fait, marchasmes plus outre, et environ demie lieuë de là commençames à trouver les terres labourées, et belles grandes campagnes pleines de blé de leurs terres, qui est comme mil de Brésil, aussi gros ou plus, duquel ils vivent, ainsi que nous faisons du froment. Et au parmi d’icelles campagnes, est située et assise la dite ville de Hochelaga, près et joignante une montagne qui est à l’entour d’icelle, bien labourée et fort fertile (6) ; de dessus laquelle on voit fort loin. Nous nom-

les différences qui nons semblent les plus importantes. M. Faribault paraît douter si le manuscrit français est original ou si ce n’est pas une retraduction. [Red]

(2) La traduction de Hackluyt dit cing. [Red.]

(3) Fréquenté (Hac : et Ramusio). [Red.]

(4) Le mot n'est pas dans Hackluÿt : il j'eut cependant avoir quelque importance dans la question présente. [Red.]

(5) 4 ou 5 milles, (Hac:) [Red.]

(6) Ce que nous fimes (Hac: et Ram). [Red.]

(7) Littéralement qui l’entoure, bien cultivée et très fertile, (Note de l’auteur) ; 1a traduction %e Ramusio dit : “ con una montagna cultivata

tutta a torno et molto fertile, sopra la qual si vede molto lontano.”” Ce qui voudrait dire cu/livée tout autour. [Red]

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masmes icelle montagne le Mont Roya:. La dite viile est toute ronde, et close de bois à trois rangs, en façon d’une pyramide croisée par le haut, ayant la rangée du parmi en façon de ligne perpendiculaire, puis rangée de bois couchéz de long, bien oints et cousus à leur mode, et est de la hauteur d’environ deux lances, (1) Et n’y a en icelle ville qu’une porte et entrée, qui ferme à barres, sur laquelle et en plusieurs endroits de la dite clôture y a manière de galeries et échelles à y monter, lesquelles sont garnies de roches et cailloux pour la garde et défense d’icelle, Il y a dans icelle ville environ (2) cinquante maisons, longues d’environ cinquante pas au plus chacune, et douze ou quinze pas de large, toutes faites de bois, couvertes et garnies de grandes écorces et pelures des dits bois, aussi larges que tables, bien cousues artificiellement selon leur mode ; et par dedans icelles, y a plusieurs aires et chambres ; et au milieu d’icelles maisons y a une grande salle par terre, où font leur feu et vivent en communauté, puis se retirent en leurs dites chambres les hommes avec leurs femmes et enfans. Et pareiliement ont gréniers (3) au haut de leurs maisons, où mettent leur blé, duquel ils font leur pain qu’ils appellent Caraconi, et le font en la manière ci-après. Ils ont des piles de bois, comme à piler chanvre, et battent avec pilons de bois le dit blé en poudre, puis l’amassent en pâte, et en font des tourteaux qu’ils mettent sur une pierre (4), puis le couvrent de cailloux chauds, et ainsi cuisent leur pain en lieu de four. Ils font pareillement force potages du dit blé, et de fêves et pois, desquels ils ont assez ; et aussi de gros comcombres (5) et autres fruits. Ils ont aussi de grands vaisseaux comme tonnes en leurs maisons, où ils mettent leur poisson, savoir: anguilles (6), et autres qui sèchent à la fumée (7) durant l’été, et en vivent en hiver, et de ce font un grand amas, comme avons vu par expérience. Tout

(1) La gravure de Ramusio indiquerait une hauteur d'environ 16 pieds. [Auteur.]

(2) Au plus, (Hackluyt). [Red.] (3) Ceci s’accorde bian avec la description de Champlain. [Red.]

(4) Large pierre chaude, (Hackluyt et Ramusio). [Red.] (5) Cosi melloni assui et cocomeri grandi, (Ramusio). [Red.]

(6) Ni Ramusio, ni Hackluyt ne mettent ce mot. [Red.]

(7) Au soleil, (Ramusio). [Red.]

leur vivre est sans aucun goût de sel, et couchent sur écurces de bois étendues sur la terre, avec méchantes (1) couvertures de peaux, de quoi font leurs vêtements, savoir: Loirs (2), Bièvres (3), Martres, Renards, Chats-sanvages, Daims, Cerfs, et autres sauvagines ; mais la plus grand part d’eux sont quasi tout nuds (4),

La plus précieuse chose qu’ils aient en ce monde, est £surgni (5), lequel est blanc (6), et le prennent an dit fleuve en cornibots en la manière qui en suit. Quand un homine a desservi la mort, où qu’ils ont pris aucun ennemi à la guerre, ils le tuent, puis l’incisent (7) sur les fesses et cuisses, et par les jambes, bras et épaules à grandes taillades ; puis ès lieux où est le dit Esurgni avalent le dit corps au fond de l’eau, et ie laissent dix on douze heures, puis le retirent à mont, et trouvent dedans les dites taillades et incisions les dits cornibots, desquels ils font dex patenostres, et de ce usent comme nous faisons d’or ct d’argent, et le tiennent la plus précieuse chose du monde. Ila là vertu d’étancher le sang «les nazilles : car nous l’avons expérimenté. Ce dit peuple ne s’adonne qu’à labourage et pêcherie pour vivre ; car des biens de ce monde ne font compte, parce qu’ils n’en ont connaissance, et qu’ils ne bougent de leur pays, et ue sant ambulaioires comme ceux du Canada et Saguenay, nonobstani que Îles dits canadiens leur soient sujets avec huit ou neuf autres peuples sur le dit fleuve.

(1) Ce mot n’est pas dans Hackluyt, [Red.]

(2) Rat musqué, (Auteur)

(3) Nom ancien du castor. [Red.]

(4) Cette dernière phrase manque dans Ramusio. [Red.]

(5) Ce mot semble avoir embarrassé les traducteurs. (C’est probablement le nom local de quelque coquille qui devait ressembler à celles employées par les sauvages pour leur porcelaine, J'oserai suggérer qu’il est formé de cornet, nom employé par les anciens écrivains français pour désigner des coquilles du genre volute, et qui est un terme technique en conchyliologie. Dans ce cas, il est probable que l’Esurgny était fait avec les coquilles de quelques-unes de nos espèces de Melanie ou Paludine, comme les sauvages du bord de la mer employaient pour leur rasade et leurs ornements les coquilles du Purpura lapillus et du Dentalium. Il est aussi possible que Cartier ait mal compris la manière de se procurer ces coquilles, et sa narration se rapporte à quelque pratique de la faire chercher par les criminels et les prisonr‘'ers dans les parties les plus profondes du fleuve, (Aut.).

(6) Corame neige, (Ramusio). [Red ] (7) Avec certains couteaax, (Hack.). [Red.]

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Csur- Je en servi tuent, n bras UT En douze tailpateet le étan- ’e dit out CONbulae les iples

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‘ Ainsi, comme fumes arrivés auprès d’icelle viile, se rendirent audevant de üous grand nombre des habitants d’icelle, lesquels à leur façon de faire nous firent bon accueil, et par nos guides et conducteurs lusmes menés au milieu dicelle ville, où il y a une place entre les maisons, spacieuse d’un jet de pierre en carré, ou environ, lesquels nous firent signe que nous arrétassions au dit lieu ; ce que nous lismes ; et tout soudain s’assemblèrent toutes les femmes et filles de la dite ville, dont une partie estaient chargées d’enfans entre leurs bras. qui nous vinrent baiser le visage, bras et autres endroits de dessus le corps où ils pouvaient toucher, pleurans de joie de nous voir, nous faisaus la meilleure chère qu’il leur estoit possible, en nous faisans signes qu’il nous plut toucher jeurs dits enfants. Après ces choses faites, les hommes firent retirer les femmes, et s’assirent sur la terre à l’entour de nous, comme si eussions voulu jouer un mystère (1). Et tout incontinent revinrent plusieurs femmes qui apportérent chacune une natte quarrée, en façon de tapisserie, et les étendirent sur la terre au malien de la dite place, et nous tirent mettre sur icelles. Après lesquelles choses ainsi faites, fut apporté par neuf ou dix hommes le Roy et Seigneur du dit païs, qu’ils appellent eu leur langue Agouhanna, lequel estoit assis sur une grande peau de cerf, et le vinrent poser dans la dite place sur les dites nattes près du Capitaine, en faisant signe que c’estoit leur Seigneur. Celui Agouhanna étoit de Fâge d’environ cinquante aus, et n’estoit mieux accoutré que les autres, fors qu’il avait à l’entour de la teste uve manière de iisière rouge pour sa couronne, faite de poil d’hérissons (2), et estuit celui Seigneur tout perclus et malade de sex membres. Après qu’il eût fait son signe de salut au dit Capitaine et à ses gens, en leur faisant signes évidens qu’ils fussent les bienvenus, il montra ses bras et jambes au dit Capitaine, le priant les vouloir toucher, comme s’il lui eût demandé guérison de sa santé (3). Et lors le Capitaine commença à lui frotter les bras et jambes avec les mains, et prit le dit Agouhanna la liziere et couronne qu’il avoit sur sa tête, et la donna au dit Capitaine ; et tout incontinent furent amenés au dit Capitaine plusieurs malades, comme aveugles, borgnes, boîteux, impotents, et gens si très vieux que les paupières

(1) Quelque comédie ou quelque mystere, (Ramusio et Hackluvt). (Red.)

(3) Porcs-épics. [Aut.]

(3) Cette dernière phrase ne se trouve ni dans Hackluyt, ni dans Ramusio, (Red.) à

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