DE SA^' FRANCISCO AU CANADA
Vous voyez comme il est simple, de fonder une religion en Amérique 1 Et si vous objectez à un Mormon :
— Ce Joseph Smith paraît être un joli farceur! Qu'a-t-il donc fait de ses plaques d'or et de ses talismans?
Il vous répond :
— C'était un dépôt. Il les a rendus à l'ange après los avoir traduites. Et pourquoi serait-il plus farceur que Moïse, Isaïe, Jean, Mathieu et Luc qui ne donnent d'autre preuve de leur véracité que leurs affirmations?
Je passe sur l'ordination et le baptême de Joseph Smith et de son acolyte Olivier Cowdery, se baptisant l'un l'autre, par immersion complète, s'accordant les grandes prêtrises, sur l'ordre de Jean- Bsptiste qui leur apparaît aussi.
Toujours est il que voilà la religion fondée. Et l'on s'empresse d'en formuler les dogmes.
Les voici :
ARTICLES DE FOI de VÉglise des Saints des Derniers Jours.
1. Nous croyons en Dieu, le Père Étemel, et en son Fils, Jésus- Christ, et au Saint-Esprit.
2. Nous croyons que les hommes seront punis pour leurs propres péchés, et non pour la transgression d'Adam.
3. Nous croyons que, par le sacriûce expiatoire de Christ, tout le genre humain peut être sauvé, en obéissant aux lois et aux ordonnances de l'Evangile.
4. Nous croyons que ces ordonnances sont : 1° La Foi au Seigneur Jésus-Christ; 2" La Repentance; 3» Le Baptême par immersion pour la rémission des péchés ; 4° L'Imposition des mains pour le don du Saint-Esprit.
5. Nous croyons que, pour prêcher l'Évangile et en administrer les ordoniiaiices, un homme doit être appelé de Dieu par « révélation et par l'imposition des mains 5, par ceux qui sont en autorité.
6. Nous croyons à la même organisation qui existait dans l'Eglise priiuiiive, savoir : Apôtres, prophètes, pasteurs, prédicateurs, évangélistes, elc.
7. Nous croyons au don des langues, de prophétie, de révélalion, de vision, de guérison, d'interprétation des langues, elc.
8. Nous croyons que la Bible est la parole de Dieu, autant qu'elle est traduite correctement; nous croyons aussi que le Livre de Mormon est la parole de Dieu.
9. Nous croyons tout ce que Dieu a révélé, tout ce qu'il révèle maintenant, et nous croyons qu'il révélera encore beaucoup de grandes et importantes choses touchant le royaume de Dieu.
10. Nous croyons au rassemblement littéral d'Israël et à la restauration des Dix Tribus^ Nous croyons que Sion sera bàîie sur ce conUnent (l'Amérique); que Jésus-Christ régnera en personne sur la terre et que la terre sera renouvelée et recevra sa gloire du paradis.
11. Nous réclamons le privilège d'adorer le Dieu tout-|'uissant selon les inspirations de notre conscience et nous concédons à tous les hommes le même privilège qu'ils adorent comme ils veulent, oîi ils veulint ou ce qu'ils veulent.
12. Nous croyons que nous devons nous soumettre aux rois, aux présidents, aux gouverneurs et aux magistrats, obéir aux lois, les honorer et les soutenir.
13. Nous croyons que nous devons être honnêtes, fidèles, chastes, bienfaisants et vertueux et faire du bien à tous les hommes ; en effet, nous pouvons dire que nous suivons l'exhortation de Paul : « Nous croyons tout, nous espérons tout > ; nous avons enduré beaucoup de choses et nous espérons être capables d'endurer toutes choses. Nous aspirons à tout ce qui est vertueux, aimable ou de bonne réputation ou digne de louanges.
Mais ces Mormons croient aussi que Dieu est un être parfait ayant un corps de chair et d'os, car Jésus-Christ a dit qu'il était l'image de son père.
Ils croient que la femme a droit aux mêmes droits €l privilèges que l'homme, « sa sphère étant aussi noble que celle de l'homme ».
Ils croient que toute personne apte au mariage devrait se marier, et que tout homme qui évite les obligations du mariage est un élément dangereux pour la société.
Enfin, on n'est un bon Mormon que si l'on paye à l'Église la dîme, c'est-à-dire la dixième partie de ses revenus.
Les Mormons se vantent d'avoir subi pour leur foi autant de persécutions que les religions passées et ils comparent le martyre de leur prophète à celui des grands fondateurs d'iiglises. Ils raconlent qu'à peine formée leur Église fut en butte à la haine des sectes rivales, celle des méthodistes surtout, qui dominait déjà dans la Nouvelle-Angleterre. Le jour même de sa fondation, le 6 avril 1830, à Fayette, dans l'État de New-York, son prophète Joseph Smith fut traité d'imposteur venu pour troubler la paix du monde. Toujours traqué, il se réfugia en Pennsylvanie avec sa femme. Là, son beau-père se mit à la tête des méthodistes qui le poursuivaient impitoyablement. Accompagné de quelques centaines de fidèles disciples, il s'en alla vers l'Ouest, dans l'Ohio, où il espérait trouver enfin la Nouvelle Jérusalem que Dieu lui avait promise dans une révélation.
Ils arrivèrent dans le comté de Jackson, achetèrent des fermes, des terrains et se soumirent tous à la loi parfaite du Seigneur, laquelle ordonnait à chaque individu d'abandonner la totalité de ses biens à l'évêque et de renoncer complètement à toute propriété. L'Église faisait de lui une sorte d'intendant de
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ses biens, et échappait ainsi aux dangers du communisme des premiers chrétiens.
Mais celte prospérité fut de courte durée. De nouveau, les persécutions reprirent. Impuissants à lutter contre leurs adversaires, les Mormons assistèrent à l'incendie de trois cents fermes; ils virent leurs granges et leurs élables pillées, leurs chefs fouettés; quelques-uns plongés dans du goudron, puis roulés dans la plume, étaient ensuite livrés aux moqueries et aux injures de la foule; ils furent accusés de blasphèmes, de sorcellerie, de prétentions aux miracles, à la guérison des malades. « Il faut que les Mormons partent! » devint bientôt le cri général. La contrée entière se mit en armes, les Mormons furent battus. Douze à quinze cents personnes furent expulsées; la plupart des exilés trouvèrent refuge dans le comté de Glay, dans l'Ohio, où ils vécurent tranquilles de 1833 à 1836.
Pendant trois ans, ils prospérèrent. Mais bientôt on leur reprocha leurs manières, leurs moeurs. Cette fois les Mormons quittèrent d'eux-mêmes Glay pour aller s'installer plus au nord, dans la région de Shoal Greek. D'autres se dirigèrent vers les comtés de Galdvvell et de Daviess, pays encore peu habités où ils comptaient pouvoir enfin vivre en paix. Mais en 1838, un ordre d'extermination du gouverneur Boggs permit au banditisme organisé de voler, d'assassiner, d'incendier impunément. En dépit des actes qui garantissaient leur propriété, douze à quinze mille Mormons furent chassés de leurs demeures.
Hommes, femmes, enfants, poursuivis par des oppresseurs sans pitié, s'enfuirent vers le Missouri. Ils traversèrent les glaces du Mississipi et arrivèrent,
dépouillés de tout, sur les bords hospitaliers de riUinois. Les habitants se cotisèrent pour leur donner un millier de dollars, des vêtements et des provisions. Les Mormons achetèrent des terres à Kiokuk, à lowa, à Nashville, à Montrose, et, sous la direction de Joseph Smith, fondèrent sur las bords du fleuve un petit village de six maisons qu'ils baptisèrent du nom de Nauvoo. La population du village s'éleva bien vite à 3,000 puis à 20,000 habitants. Les missions étaient prospères. Alors les Mormons commencèrent à s'intéresser aux affaires politiques. Cette idée ne leur réussit pas. Leurs votes furent d'abord recherchés par les politiciens. C'est ainsi qu'ils aidèrent à l'élection de William Henry Harrison, le candidat whig à la présidence contre Martin Van Buren, non pour défendre des principes whigs, mais parce que Van Buren était leur ennemi.
Le spectre de la persécution se leva de nouveau devant eux. Arrêté et emprisonné à plusieurs reprises pour satisfaire la rancune de ses ennemis, Joseph Smith avait réussi jusque-là à se disculper. Trenteneuf fois il comparut devant les tribunaux et trenteneuf fois il fut acquitté. « Si les lois ne peuvent l'atteindre, déclarèrent alors ses adversaires, la poudre et les balles s'en chargeront. » Et dès lors, ce fut contre le chef de l'Église que les plus odieuses accusations s'amassèrent. La guerre acharnée que lui faisaient les apostats de son parti aggravait d'autre part sa situation.
Ceux-ci fondèrent une nouvelle église sous la direction de William Law et déclarèrent que Joseph était un prophète déchu.
La doctrine de la pluralité des femmes et de
l'éternité du mariage, établie en juin 1843, n'était pratiquée que par les chefs de l'Église, et tenue encore secrète. William Law, un renégat, en profita pour faire arrêter Joseph Smith comme polygame. Le prophète, son frère Ilyrum et seize autres de ses amis furent conduits le 24 juin à Carthage, ville des environs, et livrés à la fureur d'une foule de deux cents personnes qui les tua.
Il n'y avait plus, pour les Mormons, d'autre alternative que l'exil ou le massacre. Le 8 août 1844, Brigham Young avait été élu à la présidence de l'Église. C'était un des douze Apôtres mormons, celui qui avait le plus ardemment secondé le prophète Smith dans sa lutte contre les apostats et tous les ennemis de sa foi. Son habileté et son énergie faisaient de lui un conducteur de peuple. On décida que les terres seraient vendues ou échangées pour des animaux ou des chariots. Des centaines de fermes, 2,000 maisons furent mises en vente; à la fin, pressés par leurs ennemis, les Saints se réunirent en grand nombre au bord de la rivière, et le 4 février 1846, ils commençaient leur exode vers l'Ouest. Le sol était couvert de neige, le vent âpre et froid, ils dormaient sous des tentes, dans des chariots, n'ayant d'autres perspectives, au milieu de l'hiver, que la neige, les tempêtes, les attaques des sauvages, et la solitude inexplorée. Équipe par équipe, ils quittèrent Nauvoo, laissant derrière eux les invalides et les malades incapables de supporter les fatigues d'une marche périlleuse à travers le désert. Ils avaient obtenu de leurs ennemis qu'on laissât tranquilles les vieillards et les infirmes. Mais, traîtres à leur promesse, les baptistes assiégèrent la ville, la bombardèrent, exigèrent le départ de ces