Î28 DE SAN FRANCISCO AU CANADA
malheureux qui presque tous moururent. En même temps, lesMormonsétaient obligés de fournir unbataillon de 500 hommes au gouvernement des États-Unis, alors en guerre avec le Mexique. L'enrôlement de ce bataillon les priva de l'élite de leur troupe et mit fin à leur exode pour cette année (1844). Alors Brigham Young s'arrêta dans le désert, au milieu d'Indiens sauvages qu'il se concilia par son humanité. Il avait pour maxime : « Il coûte moins de nourrir les Indiens que de les combattre ». Il établit ses quartiers d'hiver à Florence (Nébraska) pour permettre aux membres épars de son troupeau de se réunir et se préparer à la marche finale. Brigham Young était un guide aussi sagace que résolu. Avant de commencer cette marche périlleuse, prévoyant les désespoirs et les misères, il s'était procuré des instruments de musique et chaque soir, après leur marche fatigante, une gaie fanfare invitait les pauvres pèlerins à la danse, aux jeux, à d'innocentes distractions. Le camp fut organisé, des rues percées, des magasins, des boutiques établis. L'Église continuait à prospérer, les meetings religieux subsistaient, des écoles étaient créées et des missionnaires envoyés au loin. Ainsi organisés, les Mormons suivirent la rive nord du Platte. Affaiblis par la faim, les privations, les maladies, beaucoup d'entre eux moururent prématurément. D'autres, plus robustes, soutenus par leur foi et les exhortations des chefs, traversèrent le grand désert américain et arrivèrent après tant d'épreuves dans la Vallée du Lac Salé. Durant leur exode, les Israélites avaient fait une marche de 750 kilomètre! environ. Les Mormons avaient parcouru dans leur exil plus de 2,400 kilomètres; toute la distance de
Nauvoo, sur le Mississipi, d'où ils partirent en février 18'46,jusqu'àrUlahoùilsarrivèrentle24juillet1847. Sans perdre de temps, les Mormons explorèrent le pays, labourèrent le sol, construisirent des « adobés » pour les frères qui allaient venir. Attirés par la découverte des mines d'or en Californie, quelques-uns s'enfuirent de ce désert inhospitalier. En vain ils conseillèrent aux Mormons d'abandonner leur projet, leur répétant que le sol aride de l'Utah, resté sans culture pendant des siècles, brûlé durant l'élé par une chaleur torride, couvert de neige durant l'hiver, était incapable de rien produire. Brigham Young répondit à ces sollicitations en conseillant à son peuple de rester en Utah, de cultiver le sol, lui promettant qu'à la fin il serait plus riche que les chercheurs d'or. « Ici, dit-il, ici nous allons bâtir le temple de notre Dieu. » Et il bâtit ce temple.
Un demi-siècle suffit, en effet, pour transformer le désert aride en une région fertile, l'une des plus prospères de l'Union. Le désert se peupla par l'émigration des États de l'Est, grâce à l'établissement du chemin de fer de New-York à San Francisco.
Le pays fut irrigué, des puits artésiens creusés dans toute l'étendue du territoire, les mines d'or et d'argent exploitées.
Malgré ces efforts, les Mormons restaient en hostilité avec le reste des habitants de l'Union. On les accusait faussement d'être étrangers, de refuser le serment de fidélité au gouvernement des États-Unis. D'horribles serments et de terribles pénalités les forçaient, disait-on, à reconnaître la seule autorité de Brigham Young, et à considérer le « gouvernement dont il était le chef comme supérieur à celui
des États-Unis dans les affaires civiles et religieuses ». On les accusait également de s'allier avec les tribus indiennes et d'organiser des bandes qui, sous le nom de Danites ou « Anges destructeurs», appliquaient un système de vol et de meurtre. De nombreux fonctionnaires des États-Unis dans le territoire de l'Utah racontèrent un jour que les Mormons avaient détruit toutes les archives des tribunaux, menacé les fonctionnaires des États et que le territoire était en rébellion. Le gouvernement de Washington envoya une division dans l'Utah, sous la conduite du général Johnston pour apaiser la révolte qui n'existait que dans l'imagination des anti-Mormons. Brigham Young eut le courage d'interdire l'entrée de l'armée dans le territoire et en envoya une pour la recevoir. Puis il prépara de nouveau son peuple à la nécessité de l'exil. Mais une « Commission de Paix » déléguée par le gouvernement des États-Unis, reconnut l'inexactitude de ces accusations, et désormais la polygamie demeura le seul grief officiel contre le mormonisme.
11 nous reste donc à étudier la question de la polygamie.