I.a réclame ubîquiste. — Budgets de publicité. — Étalages
— Serpents. — - Siuelettes. — Cercueils et pianos. — Agences. — Artistes réclainiers. — La réclame mondaine.
— Une profession lucrative. — La réclame carnavalesque.
— Les cerfs-volants du milliardiaire. — Pavage en argent.
— Ce qu'on entend par pharmacien en Amérique : bazar uiiiversel. — Danquismes divers. — Le suicide à la portée de tous. — Pour rendre le travail agricole attrayant : un orchestre en plein champ. — Tout le monde marchand. — Dévotion intéressée : vingt sous par jour pour prier Dieu ! — Un morphinomane pratique. — Il invoque i sa sainte mère » pour attirer des clients.
Je n'ai pas eu la prétention d'étudier la léclame américaine. Il m'eût fallu pour cela consacrer plusieurs mois à ne regarder que les murs, les étalages et les journaux. Car la réclame américaine est infinie; elle est vivante et multiforme; elle est graphique, imprimée, verbale, chantante, mécanique, lumineuse, théâtrale; elle stagne sur les murs, marche dans les rues, galope sur les routes, roule sur les lignes de
chemins de fer et de tramways, navigue sur les fleuves et vole dans les airs. Comment fixer dans un étroit chapitre l'ubiquité obsédante de cette déesse nationale*?
Impossible. Je me suis contenté de noter au hasard des rencontres les manifestations de réclames naïves, pratiques ou pittoresques qui m'ont frappé.
Et ce sont, d'abord, les étalages. Il n'y a aucune trace de goût ni d'art en Amérique, pas plus à New- York qu'à Kansas-City, pas plus à Washington qu'à Pueblo, dans l'arrangement des vitrines. Je vous ai raconté qu'à New-York, pendant le temps du Concours hippique, le plus chic magasin de la 5^ Avenue, pour bien marquer Tactualité sportive, avait mis de la paille dans sa vitrine, à côté des fouets, des étriers, des mors, au-dessous de cravates et de gants pendus n'importe comment 1
1. Voilà à titre d'échaotUloD, le budget de publicité de seize des principaux magasins de New- York :
dollars.
John Wanamaker 500.000
Siegel-Cooper 400,"00
Slmpson-Grawford 400,000
R. H. Macy et G" 350,000
Adanis Diy Goods C 300,000
\:ioomingdales 300,000
Hearn 250,000
Enrich Brothers 200,000
Frederick Loeser et C» 2' 0,<IOO
Abrahim et Strauss 100,000
Rolhemberget G» 175,000
e. ONeill et G" 150.0il0
Sacks et C 100,000
B. Altiuan et C« 1UO,000
A. D. Mathew's Sons 100,000
Chapiiian et G' 100,000
A San Francisco, à la vitrine d'un marchand de drogues, il y a un amas de serpents — peut-être une centaine — de toutes dimensions, dont un gros serpent boa, et deux serpents à lait {milk snake) qu'on nourrit de lait et de mouches. Ils sont sous une cloche de verre où des mouches voltigent. Et les passants s'amusent à regarder les animaux qui s'enroulent et se déroulent comme des cordes vivantes. Les serpents suivent, patients et attentifs, le vol des mouches qu'ils réussissent de temps à autre à saisir d'un mouvement rapide comme une balle.
A l'époque de Pâques, un pharmacien avait mis dans sa vitrine des poussins éclos de la veille et teints de différentes couleurs. Cela signifiait que l'apothicaire vendait des œufs de Pâques et de la teinture pour les cheveux.
A l'étalage d'un marchand d'ice cream, à Chicago, un oiseau empaillé perché sur une branche tient dans son bec un squelette d'enfant! Expliquez cela si vous pouvez.
Un marchand étale, d'un côté de sa devanture, des pianos, de l'autre des cercueils. Vous y voyez des bières de toutes qualités : en plomb, en aluminium, en chêne ciré, avec des applications rutilantes de métal argenté ou doré, aux coins et sur le couvercle. Ce marchand a fait le trust des cercueils de la ville. Un jour, tous les ouvriers du trust s'étant mis en grève, on faillit manquer de bières pour les pauvres. Car il n'y avait en réserve que des bières pour gens riches. Cette industrie est une des plus prospères; elle rapporte du 500 p. 100.
Le seul joli étalage que j'aie vu, c'est à Chicago. Une modiste avait installé une sorte de grand arbre