A DE SAN FRÂNXISCO AU CANADA
de cuivre aux branches desquelles pendaient des chapeaux de femmes. Des lampes électriques aux couleurs changeantes s'allumaient, s'éteignaient, alternaient, mélangeaient leurs teintes et mettaient en valeur les couleurs des rubans el des fleurs. C'était ingénieux et joli.
La réclame est systématisée en Amérique comme dans aucun autre pays du monde.
Il existe des agences autrement importantes et compliquées que les nôtres. C'est là que vous trouvez, outre les facilités pour placer vos annonces dans n'importe quelle feuille de l'univers, des rédacteurs qui se chargent de les libeller à votre goût, spirituellement, gravement, piltoresquement, des dessinateurs qui vous offrent des affiches de toutes sortes et de toutes dimensions.
Certains de ces artistes, dont le talent n'est fait que d'imagination excentrique, gagnent 60,000 francs par an. Les gens à idées sont bienvenus dans ces agences. On les accueille toutes, sauf à les mettre au point et à les adapter au goût des clients. J'ai vu sur le pignon d'une maison une peinture faite à même le mur, et qui avait quarante mètres de haut sur vingt ou trente de large. C'était une réclame pour un whisky; elle représentait simplement un bonhomme brandissant joyeusement une bouteille à la marque de la fabrique.
Il existe une Compagnie de publicité dans les airs. J'ai vu, en effet, à Ne^Y-York, voltiger au-dessus de riludson, d'immenses banderoles-réclames traînées par des cerfs-volants : c'était le Standard OU de M. Rockefeller qui se rappelait à l'attention du monde.
Mais les plus amusants encore et les plus typiques, ce sont les moyens que les Américains emploient
pour tirer l'œil du chaland. Gomme ils n'ont p;is le goût ni l'ingéniositc qu'il faut pour séduire le passant par l'arrangement et la mise en valeur des objets, ils recourent à des procédés plus grossiers, mais dont la puérilité fait ma joie.
Ainsi, un hôtelier de Chicago n'avait-il pas, il y a quelques années, pavé le bar de son hôtel de dollars authentiques en argent ! Et j'ai vu à la devanture d'un chapelier dont les chapeaux valaient cinq francs, un dollar en papier jeté sur chacun des couvre-chefs.
Un marchand de drogues qui lançait un nouveau poison avait posé, à un coin de rue très fréquentée, une grosse horloge très voyante, avec, au-dessus, une main indicatrice et cette inscription : « C'est l'heure d'essayer le tonique un tel ! k
Un entrepreneur se charge, à forfait, de débarrasser les maisons des rat<, souris, cafards, punaises, fourmis, mouches, etc. Il lait promener à travers la ville une belle voiture peinte de couleurs éclatantes, et dont les panneaux sont en verre. Derrière les vitres, vous voyez tous les échantillons des bêtes nuisibles, de gros rats d'égout enfermés dans des boîtes, des souris, etc.
Les inventeurs d'eaux pour les cheveux ne se contentent pas, comme chez nous, de belles affiches étalant de longues chevelures de femmes. A Boston, vous admirez toute la journée assise derrière la vitre d'un magasin et tournant le dos, une jolie jeune fille blonde, ses cheveux défaits traînant à terre. Pour ne pas s'ennuyer, elle lit. Une pancarte indique que ces cheveux ont une longueur de 1 m. 50 et que c'est l'eau X qui les a fait pousser ainsi. La foule s'arrête, admire et achète les bouteilles merveilleuses.