GG DE SAN FRANCISCO AU CANADA
Un campagnard, alTublé ridiculement, le chapeau enfoncé jusqu'aux oreilles, se promène d'un air aburi dans les rues de Boston, une valise à la main. Il manque à cliaque instant de se faire écraser par les voitures et les tramways. Il a l'air si bête que tout le monde le regarde; de temps en temps, il retourne sa valise, la plaque sur son ventre, et on y voit écrit : Buvez et mangez chez Smith.
Un autre truc du même genre enfantin : une femme habillée d'un costume criard, avec des plumes jaunes et vertes à son chapeau, circule lentement sur la Commonwealth, un petit miroir fiché dans le dos. Quand un nombre suffisant de curieux s'est arrêté pour la regarder, un bonhomme qui la suit avec une affiche, — et qu'on ne regardait même pas, — s'interpose entre elle et le public, bien obligé de lire sa réclame !
Et ces réclames, ces boniments forains, ces pages d'annonces, les Américains les transportent dans la vie mondaine avec une candeur incomparable. Vous lisez dans le New- York Herald, un article dont le titre est en gros caractères, précédé d'un portrait de femme et d'une photographie de main. Le titre dit :
Un artiste dit qu'une fille de Denver a les mains les plus parfaites du monde entier.
Et, en sous-titre :
Le sculpteur Bradelle, de Paris, rend hommage à une fille de l'Ouest.
Puis TOUS lisez :
« Pendant son voyage en Amérique, à la 'recherche de trésors d'art et de beaux sujets pour l'ornement
LA RÉCLME 367
de son atelier de Paris, M. Bradelle, un célèbre artiste français, trouva récemment à Denver la main la plus parfaite du monde entier. Celle qui la possède est miss Fanny Rosenthal, du numéro 92:2, 25* Rue; une charmante jeune fille bien connue dans la jeune société de Denver.
« Le peintre et sculpteur éminent fut si frappé de la beauté de cette main qu'il sollicita la grâce d'en prendre un moulage, etc., etc. »
Et dans le Chicago Tribune, vous pouvez lire
ceci :
« La plus belle femme âe l'Europe est une Américaine. C'est Mrs. Laurence Townsend, femme du ministre américain de Belgique. M. Francis, président de l'Exposition de Saint-Louis, qui revient d'un voyage dans les principales villes du continent, dit ien effet :
« — J'ai vu beaucoup de femmes très belles et très; gracieuses en Europe. Mais si l'on me demandait laquelle m'a produit la plus grande impression et celle qui mériterait la palme de la beauté, je dirais que c'est Mrs. Laurence Townsend, et c'est là l'opinion de la plupart des gens en Europe. »
C'est bien simple! Et il ajoute :
« — Par sa beauté et son esprit, Mrs. Townsend a idé au succès de son mari dans les cercles diplomatiques, car c'est un monde où de telles qualités chez une femme servent à la réussite d'un diplomate. »
La réclame-phonographe a fait son apparition dans presque toutes les villes. L'entrepreneur de celle publicité traite avec un directeur de théâtre, un marchand de crème glacée, un restaurant populaire, c'est-à-dire qu'il cherche tous les endroits qui reçoivent le plus de monde, et achète le droit exclusif de faire parler ces phonographes-réclames. Et vous entendez tout à coup pendant un entr'acte, ou entre deux plats de votre diner, une voix de stentor qui vous recommande dans le style le plus pittoresque du monde, un produit, un « tonique », un piano, des chaussures, des montres, ou un spectacle.
J'ai découpé Tannonce suivante dans un journal de Chicago :