QUEBEC
Nous voilà en route pour Québec, qui se trouve à cinq heures d'express de Montréal. La route est iriine monotonie lamen'able. Depuis la voie du chemin de ferjusqu'à l'horizon le plus lointain, tout est couvert de neige; de temps en temps, on traverse une forêt dont les brandies plient sous le poids de la neige. Quelques fermes espacées se dressent avec leurs toi ts tout blancs ; des haies de clôture blanches et c'est tout; le pays est tout plat. Mais aux abords de Québec, l'aspect change. La ville s'étage sur une montagne au pied de laquelle le Saint-Laurent gelé dort. Ici, l'on parle surtout le français. Mais j'y remarque un curieux mélange d'anglais. Les mêmes gens qui ne veulent pas employer le mot anglais car et continuent à dire char, écrivent sur leurs enseignes : Groceries en détail; et sur une plaque indicative placée au coin d'une rue, je lis : To rue Grey. Pour merceries, ils écrivent : marchandises sèches, et pour interdire l'entrée de terrains avoisinant une gare, ils disent : Prohibé d'outrepasser lesp) émises C'est que si Québec reste la province française par excellence, si les Anglais n'y forment qu'une minorité, ce sont eux pourtant qui détiennent les commerces lesplus riches, lesindustriesles plus prospères. Et les gens le >avent et s'en rendent compte, et, si vous leur demandez comment ils expliquent un fait d'ap-
parence si anormale, ils répondent tranquillement :
— Que voulez-vous, que voulez-vous? u'est la race ! Les Anglais sontactifs, entreprenants, très travailleurs ; comme leurs voisins des États-Unis, ils ne craignent pas de risquer beaucoup pour gagner davantage. Nous autres, qui sommes d'un autre sang, qui pourrions, qui devrions être à la tête du mouvement économique, nous laissons par incurie, par timidité, par habitude, par avarice peut-être, une minorité d'Anglais conquérir la richesse du commerce, des industries et des banques. Il n'y a rien à faire à cela.
— Vous croyez donc ici aussi à la supériorité de la race anglo-saxonne?
— Non, c'est autre chose : nous nous contentons de risquer moins pour gagner moins; nous n'aimons pas changer nos habitudes, et fuyons volontiers les risques.
Depuis mon arrivée au Canada, je rêvais des Huron^ et des Iroquois. J'avais cru jusqu'alors que les Hurons et les Iroquois étaient des êtres depuis longtemps disparus dans la légende, et voilà qu'après avoir passé une journée à Gaughnauwaga,. j'apprenais qu'il existait, à quelques lieues de Québec, un village de Hurons qu'il m'était facile de visiter.
Nous partîmes en traîneau à deux chevaux pour le village de Lorette situé à douze kilomètres de Québec. Nous traversâmes des paysages de neige avec des montagnes boisées à l'horizon. Il faisait un froid de loup, 28° centigrades au-dessous de zéro. En approciiant du village, la route devenant trop étroite, il nous fallut dételer un cheval et le laisser dans une ferme, au bord de la route.
Nous arrivâmes quand le soir commençait à tom-