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IMMIGRATION — COLONISATION

C'est vers l'Ouest canadien et la région du lac Saint- Jean, que se porte actuellement l'immigration canadienne. Ces immenses étendues qui, il y a dix années seulement, se trouvaient encore à peu près inhabitées ont été divisées en provinces et en districts. Pourvues d'organisations municipales et de gouvernements pro- Yinciaux, elles proeurent aux milliers de nouveaux colons tous les avantages jusque-là réservés aux habitants des parties les plus anciennes de la Puissance

du Canada : les bords du Saint-Laurent et les rives

des grands lacs.

Le Canada Ouest comprend les provinces du Manitoba et les districts d'Assiniboïa, d'Albcrla, de la Saskatchewan, du Keewatin et de l'Alhabasca, qui ont ensemble une superficie de 760,000 milles carrés, outre les territoires du Nord-Ouest et les îles de l'océan Arctique et de la baie d'Hudson, qui forment une étendue additionnelle de 1,760,000 milles carrés. Les districts d'Assiniboïa, de la Saskatchewan, d'Alberta et d'Athabasca seuls ont une superficie plus grande quelaRussied'Europe entière. Longtemps celte région fut considérée comme le refuge du castor, du buffle et de l'ours et du bison. Mais depuis que l'attention des agriculteurs et des agronomes s'est dirigée de ce côté, elle apparaît comme l'un des plus riches greniers à blé qui soient au monde.

L'accroissement rapide de l'immigration dans ce pays s'explique par la fertilité de ses terres à blé, la richesse de ses gras pâturages, l'abondance de ses ressources minières, de l'or spécialement, et enfin les facilités d'acquisition de territoire qui permettent aux colons de fonder un « home » pour eux et leur famille. C'est peut-être dans ces régions neuves encore que se trouve la solution du problème créé par l'encombrement de la population dans l'ancien continent et dans certaines provinces des États-Unis. Dans la seule province de Manitoba dont l'étendue équivaut à celle de l'Angleterre, de l'Ecosse et de l'Irlande réunies, la population en 1870 n'était que de 11,963 habitants. En 1881 elle atteignait le chiffre de 65,000. Elle est maintenant de 275,000 environ, composée en grande partie d'émigrés des États-Unis, mais aussi de Français,

deBelges, d'Islandais, de Scandinaves et d'Allemands. La capitale Winnipeg, qui en 1870, lors de sa fondation, comptait215 habitants, en avail22,315 en 1 885, 45,000 en 1898, et elle pourra être bientôt classée au troisième rang parmi les villes commerciales du Canada.

L'une des causes de l'accroissement rapide de la population, c'est, nous l'avons dit, la richesse agricole. La lerre dans ce pays semble être d'une fertilité inépuisable. Dans la région du Manitoba, l'épaisseur de la couche d'humus varie de 2 à -4 pieds, de 6 à 8 sur le bord des rivières. Dans un de ses rapports datés de Winnipeg, M. Taylor, ex-consul des Etats-Unis, écrivait : « Lorsqu'arriva la moisson, la main-d'œuvre de toute la région se trouva de beaucoup insuffisante pour la lâche qui se présentait. Les tiges de blé étaient si fortes et si hautes qu'elles rendaient la récolle difficile. La résistance et le poids du blé étaient tels que fréquemment, les moissonneuses se brisaient. »

Le rendement moyen du blé varie avec les années; certaines années il a dépassé 30 hectolitres à l'hectare, tandis que d'autres récoltes ne produisaient que 25 et même 16 ou 18 hectolitres.

Le rendement moyen des blés de variétés de printemps cultivés dans les fermes expérimentales du Manitoba pendant ces trois dernières années s'élève à 35 hectolitres par hectare. Dans les fermes expérimentales des territoires du Nord- Ouest, il atteint 41 hectolitres à l'hectare.

Les récoltes d'avoine, d'orge et de pois atteignent des rendements, prodigieux. L'avoine produit de 60 à 90 hectolitres à l'hectare et dans certains cas dépasse 100 hectolitres.

Une autre source de richesse pour le colon, c'est

i'élevage des bestiaux exceptionnellement prospère dans les prairies de l'Ouest canadien. Presque toutes les races de bestiaux «pur sang » sont représentées par des types magnifiques. Les bestiaux et les chevaux préfèrenl aux variétés cultivées le foin qu'ils trouvent en abondance dans les prairies. Ils y séjournent en liberté. En ceri aines parties de l'Alberla et de l'Assiniboine les animaux ne voient jamais l'étable. — L'élevage des moutons, des porcs, des volailles augmente d'année en année et approvisionne les districts miniers voisins. L'élevage ne coûte presque rien, à cause de l'étendue du paccage et de l'énorme quantité de foin. Aussi, avec une bonne administration, le colon peut faire de gros bénéfices. Le prix de vente varie de 175 à 225 francs par tête de gros bétail. Or le coût consiste dans un faible prix d'achat et dans la quote-part que chaque éleveur doit payer pour les gages des « cow-boys ».

L'industrie laitière peut se développer parallèlement à l'élevage. Dans le Manitoba les progrès ont été extrêmement rapides, et chaque paroisse compte au moins une beurrerie et une fromagerie. Rien que les établissements de la Rivière-Rouge ont fourni l'an dernier 430,000 livres de fromage et 233,000 livres de beurre fort estimé sur les marchés étrangers. Dans l'Alberta, contrée particulièrement favorable à l'élevage, la production de chaque vache laitière pendant la saison d'été est de 20 litres par jour et 6 livres i/2 de beurre par semaine.

L'acquisition des terres par les colons se fait facilement de trois façons :

L'achat des terres appartenant à des compagnies ou à des particuliers.

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L'acquisition par fermages à des condilions avantageuses. Il ftsl reconnu par tous qu'un colon qui arrive au Manitoba avec 5,000 francs peut s'élablir avec avantas^e et chance du succès. En ISS^, 180 familles de Mennonites* s'établirent dans le districtMorden, en empruntant un peu plus d'un million de francs. En 1891 ces colons avaient remboursé la totalité de ces emprunts avec leurs intérêts. Ils sont maintenant libres de toute dette ^i des plus prospères. Ils sont . propriétaires de 100,000 hectares en cultures, habitations et dépendances, 12,000 chevaux, 8,5(X) vaches, 11, 000 jeunes bestiaux. La colonie originale de 180 familles en compte maintenant 2,91)0 comprenant 20,000 âmes. Chaque famille possède donc en moyenne près de 32 hectares en culture, plus de 4 bœufs, près de 3 vaches, environ 4 chevaux et génisses, sans compter les bâtiments, instruments et outils.

Mais beaucoup de colons peuvent se procurer du territoire par un troisième moyen, celui des « horaesteads » gratuits. Les règlements concernant les concessions de terres gratuites (homesteads) du Nord- Ouest canadien déclarent que « toutes les sections non atfectées ou non réservées des terres de la Puissance dans le Manitoba et les territoires du Nord- Ouest, peuvent être obtenues comme conc•es^ions gratuites par toute personne étant chet de famille ou par tout homme âgé de plus de 18 ans, par étendue d'un quart de section, contenant 64 hectares, plus ou 'noins ».

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