‹ De San Francisco au Canada, avec un index analytique de l'ouvrageChapitre 50 sur 59 · DE SAN FMNCISGO AU CANADA · texte numérisé non relu

DE SAN FMNCISGO AU CANADA

publics plus directement responsables au peuple.

a L'amour que nous portons à notre patrie d'origine s'adresse plutôt à l'âme nationale de la France et aux productions de son génie qu'à la personne des Français eux-mêmes. Cette nuance se manifeste dans l'accueil un peu méfiant que nous faisons aux nouveaux venus de France, à ceux du Midi surtout. Le premier mouvement n'est pas celui d'une chaude sympathie, tel qu'on pourrait l'attendre de deux frères se retrouvant après une longue séparation. Le Canadien éprouve pour la France un sentiment de fidélité intellectuelle et morale, pour l'Angleterre un sentiment de fidélité politique, tous deux entièrement subordonnés à son patriotisme exclusivement canadien, î

Enfin la thèse de l'indépendance du Canada paraît prématurée aux esprits clairvoyants. « Nousnesommes pas mûrs pour l'indépendance, déclare M. Bourassa. Le fussions-nous à l'intérieur, que le voisinage des États-Unis devrait suffire à nous faire ajourner le moment de notre émancipation. L'indépendance est assurément la solution que l'élément canadien accepterait le plus volontiers. Mais grande est la différence entre l'indépendance d'un peuple fort et l'affranchissement hâtif, sans transition.

« Ce que je voudrais, c'est qu'entre la vieille ft'égate anglaise qui menace de sombrer et le corsaire américain qui se prépare à recueillir ses épaves, nous manœuvrions notre barque avec prudence et fermeté afin qu'elle ne se laisse pas engloutir dans le gouffre de l'une, ni entraîner dans le sillage de l'autre.

« Les Canadiens français n'ont d'autre patrie que le Canada. Pénétrés d'un vif sentiment de liberté, ils ne

peuvent concevoir que le Canada soit forcé de subir un autre régime que celui dont il jouit maintenant. Ils laissent discuter toutes sortes de projets impérialistes ou d'annexion; mais, si l'on cherchait à leur imposer un régime nouveau, on peut être certain qu'ils offriraient une résistance pacifique mais opiniâtre.

« Je résume ma pensée en disant que le patriotisme des Canadiens français est exclusivement canadien, et leur tempérament ethnique, américain.

€ Quel que soit le cours prochain des événements, il n'est qu'un moyen d'y faire face, c'est d'éviter à la fois les enthousiasmes échevelés et l'aplatissement moral; c'est de fortifier et d'élargir notre patriotisme en le dirigeant moins vers les hommes et plus vers les principes et les idées. »

Il m'a paru évident que quand ils parlent de leur attachement à leur mère patrie, les Canadiens entendent surtout leur culte pour leur langue, leurs coutumes, leur origine, leur sang, en un mol. De là l'opposition qu'ils font aux menées de l'impérialisme anglais.

— Nous avons accepté le régime britannique, me disait M. Henri Bourassa à une seconde entrevue, mais nous ne sommes pas devenus Anglais.

— Mais, politiquement, vous n'êtes pourtant pas restés Français ?

— Non. En 1812, le pays canadien était très antinapoléonien. Et, après Waterloo, on a chanté des Te Deum dans les églises. Aujourd'hui, cette opposition à la France a cessé, et on n'oserait plus faire de ces choses-là. Mais, quoi qu'il en soit, l'idée de refaire

du Canada un État français ne rencontrerait aucune sympathie dans le pays. L'histoire de notre abandon par la France est trop cruelle, pensez-y. Le traité de Paris de 1 763, abandonnait 30,000 Français aux mains des Anglais, sans armée, sans gouverneur, sans rien ! Et avec 30 millions de dettes à payer, qui étaient la dette de la France ! Ce sont de ces choses qu'on n'oublie pas. Le clergé, lui, était resté parmi nous. C'est lui qui nous a aidés, soutenus, et c'est ce qui explique l'influence considérable qu'il a conservée jusqu'ici au Canada.

— Et quant à l'avenir du Canada, comment le voyez-vous ? J'ai rencontré à Montréal et à Québec des Canadiens français partisans de l'annexion aux États-Unis...

— Oui, chaque année on peut dire que cette idé« progresse. Je vous ai dit que ce n'était pas la mienne; mais il faut tenir compte de l'importance croissante des capitaux américains qui pénètrent au Canada. Les capitalistes yankees achètent d'immenses terrains dans les provinces de l'Ouest, les colonisent, et, dans vingtcinq ans, je crois que l'américanisation sera difficilement évitable. Surtout, si l'Angleterre continue sa politique impérialiste, si elle exige de nous des soldats et des contributions.

— Mais l'Angleterre ne se laisserait pas faire?

— L'Angleterre fera toutes les bassesses possiblei pour ne pas avoir de guerre avec l'Amérique. D'ailleurs, au point de vue militaire, elle ne pourrait pas nous défendre.

— Le Canada n'aurait-il pas avantage à se laisser annexer par les États-Unis ?

— Oui, il aurait des avantages au point de vue é%

sa prospérité. P r rimificalion des droits de douane, les richesses immenses de notre pays pourraient se déverser sans obstacle dans ce pays de 80 millions d'habitants, et l'esprit d'entreprise des Américains aurait vite mis en valeur les richesses agricoles et minérales d'une contrée plus grande que l'Europe!

Donc, après avoir, il y a cent quarante ans, fait notre deuil politique du Canada, nous pouvons en faire aujourd'hui notre deuil sentimental, le Canada a bien cessé d'être français! Il ne faut pas se leurrer de vains mois. La France a abandonné le Canada, en lui laissant des dettes, et les Canadiens d'alors en furent profondément meurtris. Ils se répétaient et se sont transmis le mot ignorant de Voltaire : « Qu'importe à la France la perte de quelques arpents de neige! » et le mot cruel du ministre Choiseul : « Quand le feu est à la maison, on ne pense pas aux écuries! » Nous n'avons pas changé. Nous sommes prêts à dire aujourd'hui la même chose de l'Indo-Chine et du Tonkin et de Madagascar. Mais les pionniers d'alors, ces héros d'énergie et de vaillance qui avaient conquis pied à pied sur les sauvages et la nature hostile un immense empire, pleurèrent, m'a-t-on dit, sur l'ingratitude et l'aveuglement de la mère patrie.

Aujourd'hui, ils sont sans rancune. Le temps a adouci l'amertume première. Mais la rupture est définitive. Les lils abandonnés et méconnus se sont fait un foyer à eux, une indépendance à eux, ils ont pris le goût de la liberté, et leur belle-mère l'Angleterre s'est fait supportable marâtre : ils l'acceptent provisoirement parce qu'elle sait se faire supporter.

— Par contre, reprit M. Bourassa, le régime bri-

tanniqne ne nous sert de i ieu au point de vue de nos intérêts. Il y a cinq ans nous avions établi un (arif préférentiel en faveur des produits anglais. Or, cet été, nous avons demandé par réciprocité, à la métropole, la suppression des droits sur les blés canadiens. On nous a ri au nez. Ce fut un grand désappointement dans tout le pays.

— A l'heure qu'il est pourtant, les rapports canadiens entre Français et Anglais paraissent bons?

— Oui, nous vivons en bons termes, mais il faudrait très peu de chose pour nous mettre aux prises. Ainsi, pendant la guerre du Transvaal, il y eut à Montréal de violentes manifestations pro-boers. Des bandes d'ouvriers descendaient dans les rues pour se cogner avec les Anglais. Sur 5,000 soldats que le Canada a envoyés au Transvaal, on comptait à peine cinquante français. J'ajoute que si une guerre éclatait entre la France et l'Angleterre par exemple, et que l'Angleterre nous demandât des contributions et des hommes, ce pourrait être la guerre civile chez nous...

— Mais ne disiez-vous pas que les Canadiens s'étaient détachés de la France?

— Ce n'est pas contradictoire. Ce serait contre l'impérialisme que nous nous révolterions. Aussi dois-je ajouter que si la France venait attaquer nos côtes pour nous reconquérir, nous nous défendrions contre elle.

— Les Canadiens anglais accepteraient-ils aussi l'annexion par les États-Unis?

— Les Canadiens anglais seront annexionnistes aussitôt que leurs intérêts leur montreront l'utilité d« l'annexion.

RICnESSE DU CANADA

Ce que raient les quelques c arpents de ueige » de M. de Voltaire. — Étendue des exploitations actuelles. — Avenir des régions nouvellement exploitées. — La chasse et la pêche dans le Nord canadien. — Grande faune, gibier, bètes à fourrure. — Quatre millions de peaux exportées en une année. — Brochets tués à l'aviron. — Industrie du poisson salé et fumé. — Ricliesse forestière et minière. — L'agriculture et ses progrès,

L'Ouest canadien centre d'immigration et de colonisation. — L'abondance des céréales en fait le « grenier du monde ». — Facilité de l'élevage des bestiaux. — Divers modes d'acquisition des terres. — Achat aux compagnies et aux particuliers. — Acquisition par fermage. — c Homesteads graïuiis. > — Conditions d'acquisition. — Les bureaux d'iminigration donnent aux émigrés tous les renseignements demandés. — Exemption des droits de douane. — Abris temporaires et gratuits pourémigrés. — Enthousiasme pour cette terre nouvelle.

La région du lac Saint-Jean est un autre centre d'immigration Deux mille cent-huit capitalistes s'y sont installés en 1901. — Prospérité de l'agriculture et de l'industrie laitière. — Emploi ingénieux de la force hydraulique. — Sucreries, scieries, fabriques de pulpe. — L'exploitation forestière régularisée par l'État.

La province de Québec a aussi ses colons. — Elle ne peut lutter avec l'Ouest canadien pour la production des céréales. — Développement scientifique de l'élevage et de l'industrie laitière. — Écoles pratiques. — Laiteries et fromageries modèles. — Subventions d'État, concours, récompenses. — Appareils frigorifiques pour l'exportation du beurre et du fromage. — La Grande-Bretagne reçoit du Canada du beurre,

(lu € bacon », du fromage et des œufs. — L'industrie de la [»ulp\ — Papier de pulpe de bois. — Le New-York World consomme 200,000 pieds d'épinettes pour son numéro de Noël . — Roues de wagon, corniches, conduites d'eau, etc., eu papier.

Je ne peux pas quitter ce pays sans m'in former de ?es ressources et de son avenir économique. On apprend bien mieux la géographie sur les lieux mêmes auxquels on s'intéresse. J'ai fait l'expérience d'arriver à me passionner ici pour des chiffres et des statistiques qui m'eussent rebuté avant d'y venir. Aussi, vais-je essayer de vous transmettre, en même temps que ma curiosité, les éléments saisissants que j'ai recueillis sur la richesse infinie de cette contrée que VoUaire, — ce jour-là presque aussi bête que Rochefort, — appelait : « Quelques arpents de neige ï.

Or, sachons-le tout de suite pour commencer à nous intéresser au colossal avenir de ce pays qui fut une possession de la couronne royale de France, qu'il 0 5' plus grand que les Etats-Unis, presque aussi étendu que l'Europe entière et près de dix-huit fois grand comme la France!*

1 . Le Canada et sesîies représentent une superficie totale de 9 millionâ

404,200 kilomètres carrés.

Rappelons, pour aider à la comparaison, la superficie de quelques

pays d'Europe :

France 536,408 kilomètres carrés.

Russie 5,428,000 —

lies Britanniques 315,000 —

Italie 288,000 —

Allemagne 540,000 —

Autriche-Hongrie 676,000 —

Espagne ....,. 492,000 —

Portugal 89,000 —

Suède et Norvège 776,000 —

Quant aux États-Unis d'Amérique, ils ont une superficie totale de

9,382,899 kilomètres carrés

Cependant à peine un huitième du territoire canadien est complètement peuplé et exploité : c'est toute la rive droite du Saint-Laurent, jusqu'à la limite du Nord des États-Unis, et une bande assez étroite le long de la rive gauche du Saint-Laurent.

Il reste, dans la partie nord-ouest des provinces canadiennes, un vaste territoire, grand comme la moitié de l'Europe, à peine connu des trappeurs et qui paraît pourtant posséder toutes les ressources dignes de tenter l'efforl des colons.

La colonisation vers ces pays au climat d'hiver sec et froid, n'est, à tout prendre, pas moins recomraandable que la colonisation vers les pays chauds, souvent malsains, fiévreux et anémiants. Là, le climat un peu rigoureux durant cinq mois de l'année, développe une race saine, résistante et énergique, capable de lutter pour la vie.

Le froid de 20 à 25 degrés, qui nous apparaît excessif lorsque nous vivons frileusement dans nos maisons, n'est pas aussi désagréable à supporter, avec une organisation appropriée, que les brouillards et le> pluies des contrées du Nord de l'Europe.

Jusqu'en ces dernières années, l'on s'était trop habitué à imaginer le Nord du Canada comme une immense contrée inculte, stérile, habitable par les seuls Esquimaux ou par les trappeurs de Fenimore Cooper et composée surtout d'un vaste champ de glaces éternelles.

Quelques hommes dévoués à ce pays, après l'avoir exploré, ont réussi à démontrer la fausseié de cette opinion. Le gouvernement, sur leurs inspirations, a organisé des explorations officielles, des relevés topographiques, et l'on a fait état des ressources du pays.

Il y a là, depuis la rive gauche du Saint-Laurent et lesgrauds lacs du Nord jusqu'auxMontagnes-Roeheuscs et jusqu'à la baie d'Hudson, rien qu'entre le 45* et le 60'degréde latitude nord, un territoire immense, propice à la vie, au labeur de millions d'êtres humains et des richesses naturelles inexplorées pour tout un grand peuple dont il est permis de rêver qu'il serait capable, dans l'avenir, de concurrencer même les Etats-Unis.

Le gouvernement canadien a entrevu cet avenir. Il a confiance en lui. Il organise avec méthode le partage des terres qui sont concédées pour rien ou presque,àlacondiiiond'êtreexploitées. Il appelle, il aitend les énergies et les bonnes volontés des Européen? trop entassés dans leurs villes. Il leur expose la vie large, heureuse, indépendante qu'ils peuvent trouver sous ce ciel libre, s'ils sont laborieux et courageux.

Une chose qui frappe dès l'abord, en ce pays, c'est la force latente incommensurable que lui assure, sur tous les points du territoire, l'importance considérable des bassins hydrographiques : tout le pays est coupé de rivières et de fleuves, qui sont des chemins naturels, et parsemé de laos qui régularisent le climat. Des cascades, des rapides formant des chutes d'eau, — ce qu'on appelle dans le pays des pouvoirs d'eau, — d'importance diverse, se rencontrent presque à chaque heure sur ces cours deau; il en est d'évalués à plusieurs ceniaines de mille chevaux de force.

Mais, comme dans tous les pays neufs, c'est l'exploitation des rii-liesses naturelles que se proposent pour le présent les premiers occupants, et, ici, ces richesses sont énormes, incalculables.

La chasse, la pèche, l'industrie forestière, l'exploitationdes mines, puis l'agriculture, l'élevage desbes-

tiaux, le commerce de leurs produits, tels sont les nombreux et principaux éléments des ressources actuelles.

La chasse et la pêche sont des plus fructueuses dans ce pays où n'habite pas un être humain par kilomètre carré. Les animaux s'y sont multipliés en toute liberté. Dans les parties de territoire incultes ou non loties et non encore occupées par les colonsfermiers, le gouvernement concède le droit de chasse ou de pêche pour dix ans sur des lots de terrains d'une superficie de un mille carré (environ 270 hectares) à quatre cents milles carrés (plus de 1 ,000 kilomètres carrés), au prix minimum de 5 francs par mille carré. On y peut réaliser à sa guise soit l'élevage des bêtes à fourrure, soit la chasse du gibier à poil ou à plume, et la pêche sur les lacs et rivières.

Qu'on juge de la diversité de la chasse : on y rencontre, parmi les grands fauves : l'orignal, sorte de cerf grand comme un cheval, le caribou, le chevreuil et le bœuf musqai ; parmi les petits fauves, le lièvre et le porc-épic. Le gibier se compose de poules de prairie, perdrix, bécasses, bécassines, oies, outardes, canards de toutes espèces, dont l'eider, etc. Mais la chasse la plus suivie et et la plus productive est celle des bêtes à fourrure pour le commerce de la pelleterie, de l'ours noir au carcajou, du renard à la loutre, du castor à la martre, au vison, au rat musqué, à l'hermine.

Les fourrures du Nord sont les plus belles, les plus riches du monde; elles forment déjà une bi anche im portante, mais qui peut s'accroître encore, de tout le commerce du Canada.

En une seule année il est exporté plus de 4 millions de peaux, taimi lesquelles celles de plus de

15,000 ours, 14,000 loutres, 85,000 renards rouges 10,000 renards blancs, 2,000 renards argentés i,400 renards bleus, 100,000 martres, iOO,000 castors, 2 millions et demi de rats musqués, 4,000 hermines, 13,000 zibelines, 115,000 lièvres, etc., valant ensemble de 18 à 20 millions de francs.

Ces peaux d'animaux proviennent presque exclusivement de la chasse. Mais l'élevage, — c'est-à-dire l'exploitation intelligente par les soins donnés, — sur de grands territoires, des bêtes à fourrure, d'une façon quasi-pareille à celle pratiquée pour les animaux domestiques, mais en liberté, peut être organisé avec succès, comme il a été prouvé sur plusieurs points. Et si cet élevage méthodique était développé et la mise à mort opérée, non au hasard des rencontres, mais sur des élèves en âge de rapport et choisis, les produits de ce commerce s'en trouveraient être bien plus considérables encore.

La pêche sur les lacs et les rivières est merveilleuse. Le poisson en est exquis. On trouve dans leurs eaux du saumon, du poisson blanc, du brochet, du doré, de la truite, de l'esturgeon. Les lacs grouillent de gros poissons de 3 jusqu'à 50 livres. On tue de gros brochets à coups d'aviron en y naviguant en canot, et un bon pêcheur peut prendre parfois, en une seule nuit, de 50 à 80 iruiles pesant chacune de 3 à 10 livres.

Actuellement les Canadiens qui exploitent le commerce de la pêche salent ou fument le poisson et l'envoient sur les marchés américains et anglais.

L'industrie forestière est au premier rang des industries du Canada; elle en constitue le principal article d'exportation, car le montant annuel s'en élève à 120 ou 130 millions de francs.

RICHESSE DU CANADA i61

Les grands plateaux sont couverts de forêts. Les principales essences qui s'y rencontrent sont : le pin, î'épinette, le cèdre, le bouleau, le peuplier.

Le bois abaltu est envoyé souvent, par trains, sur les rivières et les lacs jusqu'aux scieries hydrauliques qui le débitent, ou jusqu'aux pulperies qui en font de la pâte de bois à papier pour l'Amérique ou l'Europe.

De récentes lois fédérales sont venues réglementer l'exploitation du bois effectuée par les premiers trafiquants d'une façon trop dévastatrice. On a pensé, avec raison, que les forêts ne devaient pas être considérées seulement comme « une collection d'arbres à abattre et à mettre en madriers », mais qu'elles devaient être en partie conservées, parce qu'elles emmagasinent les eaux de pluie, alimentent les sources, régularisent les cours d'eau et empêchent ainsi des inondations calamiteuses, comme on en a vu encore en février et mars derniers dans la Pennsylvanie et la Virginie où les déboisements ont été effectués sans prudence.

L'exploitation des mines a été très restreinte au Canada, jusqu'à présent. On y a découvert cependant sur plusieurs points des mines de cuivre, de fer, de nickel, de plombagine, de mica, d'argent et même des traces d'or. De belles veines d'ardoise fine ont été signalées. Mais la seule exploitation minière un peu importante est celle des phosphates dans la région de l'Ottawa qui compte pour 2 à 3 millions dans l'exportation ; mais, au dire de gens compétents, il reste à exploiter la plus grande partie d'immenses gisements de phosphates contenant jusqu'à 90 p. 100 de matière fertilisante pour l'agriculture et réputé excellent pour la fabrication des superphosphates.

L'agriculture est déjà fort développée au Canada. Il

y existe un grand nombre d'immenses leimes et de vastes domaines où l'on récolte surtoui le blé et le foin. Cette branche de l'industrie prendra une extension de plus en plus grande au fur et à mesure que la colonisation sera poussée vers le Nord et lOuest. Car, après que les bûcherons ont passé dans la forêt, les défricheurs viennent. Ce sont les habitants stables, les véritables colons qui arrivent. Ils nivellent, préparent, retournent le sol concédé, pour le cultiver.

Ceux-ci composent l'élément le plus sûr de l'avenir, car l'agriculteur aime le champ qu'il a arrosé de sa sueur et la ferme qu'il a édifiée pièce par pièce. Bientôt l'agglomération des colons devient une paroisse et les terres cultivées s'étendent de plus en plus vastes.

Bien que dans les bonnes terres, on récolte aussi les légumes : betteraves, choux, navets, pommes de terre, carottes, oignons, melons d'eau, etc., c'est principalement la grande culture des terres à blé qui se développera dans l'avenir, car ces terres y sont d'un rendement exceptionnel.

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