‹ De San Francisco au Canada, avec un index analytique de l'ouvrageChapitre 7 sur 59 · HO DE SAN FRANCISCO AU CANADA · texte numérisé non relu

HO DE SAN FRANCISCO AU CANADA

cristaux blancs de l'alcali dont le sol est couvert.

J'étais dans l'État des Mormons.

Ma première surprise, ce fut la ville. Quand, dès le lendemain de mon arrivée, je la parcourus, je fus frappé tout de suite de l'ordre qui y régnait et de la tenue générale. Je croyais tomber au milieu d'une tribu de rêveurs, de réfractaires honteux, campant dans une anse du lac Salé. Et, à ma sincère stupéfaction, je me trouvais dans une grande ville américaine, plus propre, plus jolie, que la plupart de celles que j'avais jusqu'à présent visitées.

Les rues de Sait Lake City sont droites, bâties en damier, comme dans le reste de l'Amérique; elles ont toutes 40 mètres de largeur 1 Des arbres sont plantés le long des trottoirs, — ce que je n'ai vu nulle part ailleurs. Des tramways électriques les sillonnent du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest. Le guide qui me renseigne me fait remarquer que le terrain a deux légères pentes dans ces directions, ce qui facilite l'écoulement des eaux et des égouts dans le lac par le Jourdain, une petite rivière de 20 mètres de largeur qui s'y jette.

Dans la partie commerciale de la ville, les bâtiments se touchent et beaucoup ont sept ou huit étages, tandis que dans le quartier des résidences ce sont des cottages d'un ou deux étages, garnis de vérandas et entourés de jardins. Au Nord et à l'Est, la ville s'encadre d'une ceinture de collines et de hautes montagnes; au Sud, la vallée s'étend sur une largeur de 32 kilomètres, tandis qu'à l'Ouest elle est bornée, à 25 kilomètres, par le lac Salé, dix fois plus grand que le lac de Genève, puisqu'il a 144 kilomètres de longueur sur 64 kilomètres de largeur. Il est situé à

une hauteur de 1,200 mètres au-dessus du niveau de la mer, la ville elle-même ayant 1,600 mètres d'altitude.

— Mais, fmis-je par déclarer à mon guide, je voudrais bien voir des Mormons I

Il me regarda, étonné :

— La plupart de ces hommes et de ces femmes que vous croisez en sont, me dit-il. Moi-même j'en suis un. Vous pouvez me regarder.

Il souriait à présent derrière ses lunettes. C'était un petit homme barbu, à l'air tranquille et rêveur, de mise très simple. Il m'expliqua qu'il était Suisse d'origine et que, converti dans son canton par im missionnaire mormon, il avait cru préférable pour son salut de se rapprocher de l'Eglise mère.

— C'est pourquoi je suis venu en Amérique. Je ne le regrette pas. Je suis marié, j'ai plusieurs enfants, je suis employé à la « Sion Coopérative mercantile Institution » fondée par l'apôtre Brigham Young (c'est une sorte de Magasin du Louvre où l'on trouve de tout, depuis une tonne de fer jusqu'à un piano à queue), et je vis heureux. De plus, j'ai un grade dans la prêtrise des Saints des Derniers Jours... Oui, ajouta-t-il en voyant mon air interrogateur, c'est le nom des adeptes de l'Église mormonne.

— Naturellement, vous êtes polygame? interrogeai-je.

— Non pas.

J'étais déçu.

— Tous les Mormons ne sont pas polygames, m'expliqua-t-il. Pour l'être, il faut de la fortune, car une vingtaine d'enfants coûtent cher à élever... D'ailleurs, ajouta-t-il, la polygamie est à présent défendue

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