‹ De Scribe à Ibsen: causeries sur le théâtre contemporainChapitre 15 sur 48 · LA CONJURATION D^AMBOISE · texte numérisé non relu

LA CONJURATION D^AMBOISE

cris, nous ne parvenons pas un seul instant à prendre ce drame au sérieux.

Peut-être y aurait -il peu d'intérêt à raconter la pièce par le menu et à en suivre la marche tortueuse. D'ailleurs, ce serait très long. J'indiquerai seulement les quelques scènes capitales et où l'auteur a fait porter son principal effort.

— Le premier tableau est rempli par une grande conversation politique où Catherine de Médicis explique avec les réticences nécessaires les desseins de sa politique tortueuse. — Le deuxième tableau nous transporte au domaine de la Fredonnière, à quelque distance de Blois, dans la cour du château, la nuit. C'est là que la comtesse de Brisson tombe dans un conciliabule de conjurés protestants. Elle est en danger. Le prince de Condé la sauve, et il en devient, si j'ai bien compris, éperdument amoureux, sans d'ailleurs l'avoir vue. — Le second acte met en présence François II, Condé et le duc de Guise.

— Le troisième acte s'ouvre par un monologue « comique » qui est de la drôlerie la plus lugubre. — Puis une grande scène d'amour idéal, aristocratique et romantique entre Condé et la comtesse de Brisson. Voici une déclaration dont on a fort goûté la gentillesse : Condé est aux pieds de la comtesse...

... De ces pieds charmantsje veux baiser la trace !... Ah! petits pieds meurtris aux pierres des chemins, Pieds vaillants, qui courez au dernier des humains, La nuit, furtivement, sur un mot qu'il envoie !... Vous avez dans mon ombre apporté tant de joie,

Que les palais, ornés des tapis les plus doux,

N'en- pourraient pas montrer qui soient dignes de tous!

Et que le ciel lui-même, étalant tous ses voiles,

N'aurait pas un nuage assez brodé d'étoiles,

Assez splendide^ assez plein de parfums sacrés,

Pour embellir la place où vous vous poserez !

Ces pieds qui apportent de la joie,... ces tapis,... ces voiles du ciel,... quel pathos! Et serait-ce de ce style que parle Pamour entre personnes appartenant aux hautes sphères ? — La meilleure partie de tout Touvrage est une scène du début du quatrième acte entre le pauvre roitelet de France et Marie Stuart. La figure d'enfant malade de François II y est assez heureusement indiquée :

Je suis un souffreteux, un malade, un enfant;

Lamentable héritier des héros séculaires.

Je n'en ai pas la force et j*en ai les colères,

Et quand dans mon sommeil l'un d'eux vient m'avertir,

Je sens là comme un roi qui ne peut pas sortir...

. . . , . . Dans mes rêves

J'entends venir au loin de tels événements.

Que je deviens farouche et sombre par moments. J'ai des désirs cruels... dont je frémis moi-même !••• Ah ! laisse-moi plutôt quitter ce diadème !

Dieu, peut-être, Marie, a ftiit les mêmes lois Pour les petits enfants et pour les petits rois ! Peut-être il est un lieu plein de silence et d'ombre. Où, sous le dais tremblant des étoiles sans nombre, Ceux qui n'ont pas vécu jusqu'au terme assigné Attendent vaguement ceux qui n'ont pas régné...

Mais le drame ne se maintient guère à ces

LÀ CONJURATION d'aMBOISB. ij

hauteurs. Et je n'insiste pas sur la qualité des plaisanteries dont le badin prince de Gondé, au dernier acte, assassine Brisson, ce type des maris qui n'ont pas de chance.. •

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