PAR UN POLITICIEN
Quand un homme politique est amené par les nécessités de la représentation officielle à prendre la parole dans une distribution de prix ou dans quelque autre solennité littéraire ou artistique, il s'adresse à un secrétaire qui lui aligne un certain nombre de phrases banales et correctes. Cet usage n'est pas encore admis chez les académiciens. Sous prétexte qu'on fait partie des quarante écrivains qui représentent la « littérature » de la France, on met une sorte de coquetterie à être l'auteur de son discours. Ce scrupule d'un amour-propre mal placé peut avoir de fâcheuses conséquences. L'aventure de M. de Freycinet en restera une preuve mémorable. Je ne dirai pas que son discours soit le morceau d'éloquence le plus saugrenu qui eût encore été débité sous la coupole : car ce sont matières où il faut se garder de rien affirmer : il se pourrait qu'il y eût des précédents.
y2 EMILE AUGIER.
Néanmoins ce discours restera fameux dans les annales académiques. Car, s'il était malaisé de s^exprimer dans une forme plus misérable et en plus méchant style, d'autre part on ne pouvait tracer du précédent académicien un portrait moins ressemblant.
Je sais bien que M. de Freycinet n'a pas été élu à titre d'écrivain. Son élection a été une affaire d'ordre purement politique, et, par suite, qui ne relève plus de l'appréciation de nous autres simples littérateurs. On a donné un fauteuil d'académicien au ministre en exercice, comme on donne une perception ou un bureau de tabac aux ministres hors d'emploi. Le ministre de la guerre actuel n'est pas môme un orateur. C'est un orateur d'affaires et un ingénieur. On comprend qu'il fût mal préparé pour apprécier un écrivain de théâtre. Il doit aller rarement au théâtre, et, en admettant qu'il y prenne du plaisir, il doit s'intéresser assez peu aux progrès de l'art dramatique... Mais comme il y avait pour lui un moyen bien simple de sortir d'embarras! Supposez qu'il eût dit en quelques petites phrases courtes, nettes et sèches : « Messieurs, je ne me fais pas plus d'illusions que vous-mêmes sur les droits que j'avais à être de l'Académie. Je dirais que ma place n'est pas ici, si la présence de quelquesuns de mes nouveaux confrères n'était pour me rassurer. L'éloge que je pourrais faire d'Emile Augier manquerait probablement d'autorité.
Souffrez donc que je laisse la parole à votre