‹ De Scribe à Ibsen: causeries sur le théâtre contemporainChapitre 26 sur 48 · LES FAUX BONSHOMMES · texte numérisé non relu

LES FAUX BONSHOMMES

Les Faux Bonshommes (i) sont le chefd'œuvre de Barrière et en môme temps un des chefs-d'œuvre authentiques du théâtre contemporain. La pièce contient des types pris sur le vif, observés, étudiés, fouillés ; un dialogue qui, s'il manque parfois d'élégance littéraire, est bourré de mots qui portent, mots de caractère et mots de situation; deux ou trois scènes enfin justement classiques. Il y a toujours intérêt à revoir une pareille œuvre au théâtre et à constater l'impression qu'elle produit trente-trois ans après la création.

On ne peut nier qu'elle n'ait pris des rides. Il n'en saurait, d'ailleurs, être autrement. Les meilleurs ouvrages semblent jeunes après cent ans, et vieux après trente. Il serait difficile de dire avec quelque précision d'où vient

(1) 1857. — Reprise au Vaudeville, mai 1890.

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qu'une pièce a Tair démodé : c'est surtout une impression générale et qui ne peut guère être définie. Voici pourtant quelques-uns de ces traits qui datent. Le cadre est emprunté à celte bourgeoisie moyenne dont s'occupaient alors presque exclusivement le théâtre, le roman et la caricature. On nous présente, comme dans les Jocrissesy un père qui cherche à bien marier « ses demoiselles»... — Les personnages sympathiques sont des artistes, au lieu que ce devaient être depuis des ingénieurs, et que ce sont maintenant des professeurs. Les deux rôles d'Edgard et d'Octave sont conçus suivant le type de convention alors adopté. Le genre artiste s'opposait au genre bourgeois. L'artiste devait être avant tout désintéressé, et mépriser la fortune incompatible avec le talent : il était gai et gouailleur, avec un fond de sentimentalisme. L'artiste tel que nous le connaissons aujourd'hui est dans sa vie un bourgeois comme les autres : il a cessé de croire que la pauvreté et le talent fissent ensemble un fort bon ménage ; il est homme du monde, et sait qu'à se moquer des gens en face on prouve moins d'esprit que de manque d'éducation. Il met des gants, ou, depuis que c'est la mode, il n'en met plus. — Cet « album de caricatures » qui, du jour au lendemain, met son homme en lumière, cela nous fait songer à Daumier et à Gavarni, mais ne répond plus à aucun usage actuel. — U n'est enfin pas jusqu'aux noms des personnages qui ne nous reportent à un autre temps.

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