VIII INTRODUCTION
anciennes formules et la témérité de formules nouvelles dont on a fait déjà, en les outrant, des formules usées ? Est-il vrai qu'il n'y ait que confusion dans les théories, et dans les œuvres que tendances incohérentes? Je pense, au contraire, qu'à travers les manifestations d'art les plus significatives de ces derniers temps, il est aisé de voir se former un courant, chaque jour plus intense, assez fort déjà pour porter de grandes œuvres et qui va justement dans le sens du progrès régulier de notre théâtre.
Pour s'en rendre compte, il est nécessaire de se rappeler comment s'est opéré le progrès au théâtre en notre siècle. C'est du théâtre de Scribe que tout est parti. Car, outre que Scribe a longtemps régné en maître sur les auteurs et sur le public, c'est par réaction contre son autorité que se sont faites par la suite toutes les innovations : en sorte que, acceptée ou combattue, son influence s'est fait jusqu'aujourd'hui partout sentir. Doué jusqu'au prodige de tous les dons particuliers à l'homme de théâtre, et dénué de tous les autres. Scribe est arrivé à faire du théâtre un art spécial qui se passe des sentiments, des idées et des caractères. Il en a fait une forme vide. Après Scribe, le progrès a consisté uniquement à faire rentrer dans le
LE THEATRE d'iDÉES. IX
théâtre tout ce que Scribe en avait exclu, ou qu'il n'avait pas su y mettre.
Al. Dumas fils, Emile Augier et ceux qui les ont suivis ont rendu au théâtre la peinture des moeurs et y ont introduit la discussion des questions sociales. Ils ont étudié l'homme dans les rapports qu'il soutient avec les autres hommes, dans sa condition, dans sa fortune et dans son état civil. Ils ont montré la société telle qu'ils la voyaient autour d'eux avec ses vices d'organisation dont quelques-uns pouvaient être réparés. Ils ont été des observateurs très clairvoyants. On leur doit une des périodes de notre théâtre dont l'éclat sera le plus durable. — C'est leur œuvre que M. Henry Becque a reprise et qu'il a continuée en la modifiant. Il a débarrassé la scène de plusieurs conventions, rapproché de la nature certains types de théâtre et rompu surtout avec cet optimisme qui était l'une des concessions
. les plus fâcheuses faites au goût du plus grand nombre. — Après lui, les fournisseurs duThéâtre- Libre ont exagéré ses tendances. En les portant
' à l'extrême, ils les ont immobilisées. Ils ont, comme on l'a si heureusement dit, créé un poncif II y a lieu d'espérer, au surplus, qu'ils n'ont pas compromis pour toujours l'avenir de la comédie de mœurs et du théâtre d'observa-