‹ De Scribe à Ibsen: causeries sur le théâtre contemporainChapitre 4 sur 48 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

ïion. La peinture de la société doit être recommencée sans cesse, à mesure que la société ellemême se modifie. M. Jules Lemaître a pu encore emprunter la plume d'Augier pour écrire le second acte du Député Leveau. Et le Prince d'AureCy qui semble écrit par un neveu de Beaumarchais, en venant hier, est venu à son heure.

Pourtant c'est ailleurs, dans une étude qui va plus loin et creuse jusqu'à des réalités plus profondes, que réside l'œuvre propre des dramatistes d'aujourd'hui. La vie sociale ne se compose que des manifestations extérieures de notre activité. C'est dire qu'elle ne se suffit pas à elle-même et ne s'explique pas par elle seule. Elle n'est qu'une traduction souvent infidèle et grossière de la vie intérieure. Mais c'est ici qu'est la clé de tout. C'est ici que sont les causes, ici qu'on voit naître les actes dans leurs origines, ici que s'élabore à l'aide d'éléments complexes et parfois contradictoires la personnalité de chaque individu. En sorte que s'il voulait, lui aussi, pénétrer jusqu'à ce qui dans notre nature est l'essentiel, le théâtre devait devenir un théâtre d'analyse.

Mais les problèmes qui s'agitent dans la vie intérieure de chacun de nous sont ceux-là mêmes dont la morale de tous les temps pour-

LE THÉÂTRE d'iDÉES. XI

suit la solution. Il est impossible à qui examine un cas particulier et l'examine à fo.nd, de n'en pas tirer une conclusion qui le dépasse. Discuter son devoir d'après les données fournies par les circonstances, cela mène à se demander ce que c'est que le devoir et quelle distance il y a de la notion du devoir aux interprétations qui en ont cours. Toute comédie qui analyse des sentiments et débat des cas de conscience ne peut manquer d'aboutir à une conclusion d'une portée générale. Balzac parle quelque part d'une sorte de roman qu'il appelle le roman d'idées. Les idées ont aussi leur place au théâtre. Et le théâtre d'analyse est en même temps et par une conséquence logique un théâtre d'idées. Par idées on entend bien qu'il ne s'agit pas de thèses à la manière de celles qu'on trouve dans quelques-unes des pièces de M. Dumas.

La thèse est une conception abstraite de l'esprit, qui précède l'invention des faits, détermine artificiellement leur combinaison et fausse la réalité. L'idée n'est que la leçon vivante des faits. Elle ne les précède pas, mais elle les suit et elle s'en dégage; elle traduit l'impression qu'en doit recevoir un spectateur qui réfléchit ; elle en est comme le prolongement naturel dans un esprit sérieux. Or toute œuvre est vaine

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