‹ De Scribe à Ibsen: causeries sur le théâtre contemporainChapitre 6 sur 48 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

complet qui est le signe auquel on reconnaît la vie. Une question préoccupe Ibsen, au point que tout son théâtre n'est qu'une série d'essais pour y répondre : c'est précisément la question de savoir comment et dans quelle mesure nous pouvons mettre en accord notre vie sociale avec notre vie intérieure. A ses tableaux de mœurs Ibsen mêle la discussion d'idées morales. Ces idées ont trait au mariage, à la famille, à la lutte de l'individu contre la société, et donc à tout ce qui est pour nous d'un intérêt direct et immédiat. D'une pièce à l'autre Ibsen développe, ou renforce, ou corrige ses idées. Sa pensée se modifie et elle s'élargit. Pour la traduire en lui conservant toute son étendue, il a recours au symbole. C'est où il aboutit comme y ont abouti tous les grands esprits, un Shakespeare et un Goethe. Car le symbolisme est une tentative pour donner de la réalité une explication qui dépasse les faits : il consiste à exprimer dans sa plénitude l'idée dont les faits ne sont que la représentation matérielle et l'application restreinte. L'emploi du symbole est légitime même au théâtre; à condition toutefois qu'on sache que le symbole est un moyen poétique plutôt que dramatique; et pourvu qu'on le considère non comme un procédé à

LE THÉÂTRE d'iDÉES. XY

l'usage des débutants, mais comme le dernier effort d'un esprit vigoureux qui cherche à enfermer dans une forme d*art, et au risque de la faire craquer, autant de pensée qu'elle en peut contenir.

Ceux donc qui en France souhaitaient de voir le théâtre devenir un instrument d'analyse et un moyen de traduction de la pensée, ont trouvé dans l'œuvre du dramatiste norvégien un argument et un exemple. Mais le théâtre d'idées n'en est pas moins chez nous dans la tradition nationale : car c'est bien de la connaissance du cœur humain et de l'étude des problèmes de la vie qu'était faite notre tragédie classique. Il est en outre le terme normal du mouvement suivi par le théâtre contemporain, puisque ce mouvement a consisté pour ainsi dire à aller de l'extérieur à l'intérieur, et que parti d'un art tout superficiel il aboutit à l'étude de ce qu'il }■ a en nous de plus intime et de plus profond. Il est enfin en accord avec les tendances littéraires les plus modernes. Ce qui caractérise en eflfet la littérature d'aujourd'hui, c'est une sorte d'élargissement de l'esprit. Tandis que l'indigence de la pensée avait été l'une des caractéristiques des littératures réaliste et naturaliste, les hommes qui sont arrivés à la vie littéraire aux environs

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