T COMEDIES ET PROVERBES
Le théâtre de Musset est un des joyaux de la littérature de notre siècle. Je pense que nous en sentons le charme mieux que n'ont fait les contemporains, et que nous l'apprécions pour ses vrais mérites. D'abord nous ne voyons plus guère ces comédies à la scène. Et si une pièce de théâtre, faite pour être jouée, n'est rien en dehors de la représentation, c'est, d'autre part, une trahison que de mettre à la scène des ouvrages qui n'ont pas été écrits pour elle. Mais en outre je crains bien que cela même n'ait fait, il y a quelque cinquante an -. le Buccès des pièces de Musset, qui nous en semble aujourd'hui le moindre attrait. On se rappelle dans quelles circonstances ce théâtre commença de « voir le feu de la rampe ». C'est madame Allan qui de Russie rapporta aux Parisiens le Caprice dans ses bagages. La pièce fut bien accueillie. Les autres
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suivirent. Or le bavardage mondain de Un Caprice ou de 11 faut qu'une porte soit ouverte ou fermée nous paraît être d'assez peu de prix. C'est aussi bien la partie de ce théâtre qu'on a le plus facilement imitée. Et dans ce genre créé par Musset, d'autres ont réussi mieux que lui. Les mondains de Feuillet ont davantage l'air et l'esprit des gens du monde. — Mais lui seul pouvait écrire Fantasio, On ne badine pas avec l'amour, les Caprices de Maj'ianne, le Chandelier, Lorenzaccio.
Lui seul, — parce que d'abord il s'est mis lui-même constamment en scène, qu'il est tour à tour presque tous ses personnages, et qu'ils représentent tous un aspect de la physionomie du poète. Fantasio est las de cette même lassitude qui est le mal de « l'Enfant du siècle ». Musset est tout ensemble Octave, le sceptique cousin de Marianne, et Cœlio, son fidèle amant. Il est Fortunio, le petit chanteur, doux comme une fille. Et il dirait aussi comme Lorenzaccio : « Il est trop tard. Je me suis fait à mon métier. Le vice a été pour moi un vêtement ; maintenant il est collé à ma peau. Je suis vraiment un ruffian, et quand je plaisante sur mes pareils, je me sens sérieux comme la mort au milieu de ma gaieté. Brutus a fait le fou pour tuer Tarquin ; et ce qui m'étonne en lui, c'est qu'il n'y ait pas laissé sa raison. Profite de moi, Philippe, voilà ce que j'ai à te dire; ne travaille pas pour ta patrie. » Combien de fois Musset n'est-il pas revenu sur cette idée que