‹ De Scribe à Ibsen;Chapitre 34 sur 67 · HENRI LAVE DAN · texte numérisé non relu

HENRI LAVE DAN

pourquoi l'auteur du Prince d'Aurec ne l'a-t-il pas au moins indiqué, au lieu de reprocher à la noblesse jusqu'à des conditions de vie qu'elle n'a point faites, mais que d'autres lui imposent? Mais pourquoi n'avoir pas tout dit, et montré le bien à côté du mal, l'excuse à côté de là faute ?... Ce qui revient à demander pourquoi l'auteur, qui s'est proposé d'écrire une satire, ne s'efforce pas d'y faire preuve d'impartialité — et ce qui, donc, n'est pas sérieux.

Un auteur a le choix entre l'apologie et la satire. Que s'il s'est décidé pour la satire, il y a lieu seulement d'examiner si les traits dont il se sert sont inventés à plaisir, ou s'ils sont empruntés à la réalité et pris sur le vif. Or je n'aperçois rien dans le Prince d'Aurec qui ne fut de notoriété publique. Ces histoires de jeu et ces comptes rendus de fêtes remplissent les colonnes des journaux. Encore le prince d'Aurec paye-t-il ses dettes, et ses invités sontils costumés en seigneurs, au lieu qu'on en a vus se travestir en animaux. Autour de nous les plus graves questions s'agitent. Nos dieux s'en vont avec nos rois qu'on a chassés. Des principes sont compromis auxquels peut-être se sont consacrés et dévoués des hommes qui les tiennent, non des nécessités d'un héritage, mais de la liberté de leur choix. Ceux-là n'apprennent pas sans un peu de dépit que pendant ce temps le prince d'Aurec joue, et la princesse d'Aurec flirte.

Aussi bien le mal ne date pas d'hier, et on

LE PRINCE D'AUREC. I Cp

n'avait pas attendu M. Henri Lavedan pour le signaler. Il y a un peu plus de trente ans qu'a été écrit le Gendre de M. Poirier. Si Ion veut y l'aire attention, la comédie de i85o est singulièrement plus sévère que celle de 1892, L'auteur du Prince d'Aurec a tenu à souligner l'étroite parenté qui relie sa pièce à celle d'Emile ÀUffier. Telle tirade fameuse de Gaston de Presles y est rappelée. Certaines scènes ne sont que transposées. Peut-être seulement pourrait-on faire remarquer ceci : c'est que quand on refait une pièce, c'est pour que la pièce nouvelle ajoute quelque chose à l'ancienne. Le défaut du Prince d'Aurec, et nous rentrons ainsi dans la pure critique littéraire, c'est que l'observation y reste trop à la surfaee, et que le crayon n'y est pas assez appuyé.

Car les seuls péchés que l'auteur reproche à ses aristocrates, ce sont en somme des péchés véniels. Le prince d'Aurec est léger, il n'est pas vicieux. La princesse est imprudente, elle est foncièrement honnête. La pièce finit bien. Le dénouement en est l'un des plus optimistes, et d'ailleurs l'un des plus factices et des moins humains qu'on put imaginer. A la façon dont L'affaire était engagée et après le second acte, il était Logique qu'elle se terminât autrement qu'en idylle bourgeoise. Mais M. Lavedan croit qu'on se débarrasse avec cette aisance d'un de Horn. 11 croit à la vertu des femmes qui se font solder par l'ami de la maison les notes de leur couturière. Ce satirique est rempli d'illu-

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