I. — L ENVERS D'UNE SAINTE
UEnvers d'une sainte (i) est une œuvre tout à fait remarquable.
La pièce est remplie de défauts; j'entends: quelle que soit d'ailleurs la conception qu'on a du théâtre. Elle est faite d'une série de conversations où les personnages se racontent et s'analysent: ces conversations se répètent; et le tour v manque de vivacité. L'exposition est terriblement longue. 11 faut un grand effort de patience pour supporter le premier acte. Et çà e! là ce Boni des lenteurs de dialogue, des maladresse
Toutes ces réserves faites, il reste que 17:"//vers d'une sainte se recommande par les qualités les plus rares : une conception de l'art très élevée, une belle curiosité des secrets de la vie intérieure, une hardiesse à mener jus-
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qu'au bout l'étude d'un cas de psychologie, une vigueur d'analyse poussée à fond, et enfin ce don qui consiste à souffler la vie à un être d'imagination. M. de Curel n'avait encore rien fait représenter. C'est un début qui le classe tout de suite en belle place. Ce nouveau venu n'est pas le premier venu. 11 s'en faut.
La a sainte », c'est Julie Renaudin. Elle a été religieuse au Sacré-Cœur pendant dix-huit ans. Elle s'est consacrée à l'éducation des petites filles. Elle a fait des prodiges de dévouement, d'abnégation. On l'aime. On la vante pour sa simplicité et pour sa douceur... Or tous ces mérites ne sont qu'à la surface. Voici l'envers. Julie est entrée au couvent sans vocation. C'est une nature impétueuse, violente, exaltée et passionnée, capable des mouvements les meilleurs et des pires. Une terrible déception a jeté pour toujours le trouble dans cette âme peu équilibrée. Elle aimait un cousin, Henri, et en était aimée ; on devait s'épouser, on avait échangé des serments; et cela se passait dans un coin de province. Le beau cousin s'en vient à Paris, ville de perdition. 11 en revient à quelque temps de là, marié. Jalouse à la manière d'Hermione, Julie a été jusqu'au crime. Elle a essayé de tuer Jeanne, la femme de Henri. S'étant trouvée derrière celle-ci, au passage d'un ravin, sur une planche étroite, elle l'a poussée. La jeune femme était enceinte. Elle a failli mourir. Le remords a suivi aussitôt le crime. Afin de se punir, Julie s'est condamnée à la