L ENVERS U UNE SAINTE. I QC
réclusion. Elle s'est enfermée au couvent. Elle v a passé de longues années, terribles années pendant lesquelles la vocation n'est pas venue. Maintenant, sur le conseil même de son confesseur et de la supérieure du couvent. Julie rentre dans le siècle. Elle y peut, semble-t-il, rentrer sans danger. Car Henri est mort. Jeanne a pardonné, voilà longtemps ; sa fille Christine est maintenant une grande fille. Et tout ce passé est si loin ! Et le calme enfin doit s'être fait dans cette âme façonnée par la discipline ecclésiastique, et dans laquelle a dû s'insinuer la paix du cloître...
Or, à peine Juli<- est-elle rentrée dans la maison où elle a tant souffert, elle se retrouve telle qu'elle était lorsqu'elle l'a quittée. Mêmes tortures. Même révoltes. Mêmes violences. — Ceci est un trait d'observation vraiment neuve. — On se plaît à penser que la vie du cloître vient a bout de toutes les souffrances d'âmes. Gela est la convention. Le cloître n'apaise que celles qui d'elles-mêmes allaient à l'apaisement. Il avive et il exalte les autres. « Au couvent, nos sentiments sont enfermés avec nous, et quand nous revenons après des années, ils nous étreignent encore avec la même furie... Y<>us dispersez vos affections, les nôtres s'exaspèrent... Ce que vous oublie/, nous Ta m pli lions... Vous souriez «les anciennes douleurs, tandis qu'elles nous rongent. »
Elle s'est sentie; isolée, au milieu de' toutes ces ftmefl pieuses <-l pures, ignorantes (les
tempêtes de la vie. « Je n'ai pu renoncer à être femme, douloureusement femme, parmi ces anges qui ne me comprenaient pas. » Rien n'est venu la distraire de ses souvenirs. En dépit de ses efforts et quoiqu'elle ait tâché à tuer en elle la femme de chair, elle n'y est point arrivée : « Jamais je n'ai pensé à Henri qu'en priant; mais, hélas ! je n'ai jamais prié sans penser à lui. » C'est pourquoi ces souvenirs ont continué de vivre en elle, toujours plus aigus et plus douloureux. Ce qu'elle a pris au couvent, c'est une habitude plus grande de la vie intérieure. Elle est revenue sans cesse sur le passé: volontairement, par scrupule et afin de se mortifier, elle s'est tenue sans cesse en présence de cet affreux passé. Par ce travail de reploiement, par cette perpétuelle et toujours plus subtile analyse de ses sentiments les moins avoués, elle n'a réussi qu'à les aviver en les précisant. Au sortir du cloître elle est, suivant une expression connue, un écorché moral.
Un espoir cependant lui était resté, et qui l'aidait à vivre. Elle croyait que Jeanne avait eu seule connaissance du crime, mais que Henri l'avait ignoré, et donc qu'il avait pu continuer d'estimer et de plaindre celle dont il avait par son abandon brisé l'existence. Jeanne a parlé. Sentant que son mari se détachait d'elle, devinant qu'entre elle et lui il y avait une image, celle de la jeune fille trahie, elle a usé de son droit, elle a révélé le secret de Julie, afin que son mari n'hésitât plus entre l'innocente