JEAN JULLIEN
très nettes ; c'est la demeure de paysans qui se savent du bien au soleil, et n'en continuent pas moins de mener la même existence rude, à la fois patrons et valets de la ferme. Le père, le vieux Jean Fleutiaut, a pincé une fluxion de poitrine. Il tousse, et crache ses poumons. Bien sur c'est la fin, pensent auprès de lui sa femme et son fils Gervais. Inutile d'aller chercher le médecin; il n'y ferait rien avec ses drogues, et ce serait une pièce de trois francs en pure perte. Et déjà ils prennent leurs arrangements en vue du prochain décès; courbés jusqu'ici comme des domestiques sous la volonté du maître, ils songent avec convoitise que le « bien » va être à eux, et qu'ils vont pouvoir en jouir; et ils avisent avec un agent d'affaires de bas étage, Gagneux, aux moyens de tourner la loi, de ne pas payer les frais de succession, et d'éviter la nécessité d'un partage. — On cogne à la porte. C'est un loqueteux qui vient demander l'hospitalité pour une nuit. Gervais s'empresse de chasser le chemineau, le besacier, le vagabond; mais le père a entendu la querelle ; se croyant près de mourir, il veut mériter son coin de paradis, et donc il ordonne que l'hôte, envoyé par Dieu, couchera dans la salle auprès du feu. Le nouveau venu, de son nom Pierre Roulas, est un brave garçon, tombé passagèrement dans la misère. En entendant tousser le père Fleutiaut, il se souvient qu'il a eu lui aussi la même maladie, et qu'il garde au fond de son sac un morceau d'un emplâtre qui