‹ De Scribe à Ibsen;Chapitre 45 sur 67 · LE MAITRE · texte numérisé non relu

LE MAITRE

Ta guéri; il l'applique au vieux, qui accepte, puisque ça ne coûte rien.

Au second tableau, Fleutiaut, complètement guéri, témoigne vis-à-vis de son sauveur, de la plus expansive reconnaissance. 11 débouche, pour trinquer avec lui, des bouteilles du meilleur; il n'admet pas que Pierre quitte la ferme; il prend conseil de lui pour toutes choses ; et comme il s'aperçoit que sa fdle Françoise n'est pas éloignée d'avoir du goût pour le gaillard, eh bien! il fiance les deux jeunes gens. Oui, mais que voulez-vous que la mère Fleutiaut et Gervais pensent de l'intrusion d'un étranger dans la famille ? D'autant que depuis que le père est remis sur pied et qu'il recommence à aller à Friable et aux champs, il s'aperçoit qu'on a profité de sa maladie pour vendre des vaches et couper du bois contre sa volonté. Tout ça, c'est la faute de Pierre : il faudra bien qu'on se débarrasse de lui. Gervais serait partisan d'un bon coup de fusil; mais la mère <st pom la douceur. — Au troisième acte, on nous montre le succès des manœuvres combinées de la mère et de Gervais. Comme beaucoup d'autoritaires, le vieux Fleutiaut est un esprit faible. On l'a convaincu, sans trop de peine, que Pierre n'a été pour rien dans sa guéri son. ( Uioi ! la maladie s'était lassée, elle touchait à sa lin quand Pierre est arrivé : voilà tout. Ça n'est pas un méchant bout d'emplâtre qui vous sauve un homme de la taille de Fleutiaut, c'est la solidité du coffre. Cependant

2()0 JEAN JULLtEN.

Pierre se goberge dans la ferme; il trouve à redire à tout, et, en fait, depuis son arrivée tout va de mal en pis. La meilleure vache de l'étable, la Rougeotte se meurt; et c'est, bien sûr, encore le résultat d'une des belles inventions de Pierre... Fleutiaut, qui, peu à peu se sent gagné par le soupçon, et qui, à son tour, se méfie de l'étranger, entre en fureur à la pensée que Pierre peut être responsable de la mort de la Rougeotte. Il le chasse brutalement. Que Françoise le suive, si elle veut; on n'a besoin à la ferme ni d'un fainéant, ni d'une dévergondée.

Songez à ce qu'aurait pu faire sur ce sujet un dramaturge qui se serait contenté d'étudier les mœurs de la campagne dans le roman de M. Zola : la Terre. Au premier acte, la mère Fleutiaut aurait donné au vieux une drogue afin d'aider au travail de la maladie ; au second acte, Gervais aurait flambé sa propre mère; au troisième, un valet de ferme, amant de Françoise, et de concert avec celle-ci, aurait saigné Gervais d'un coup de couteau, à moins qu'il ne lui eût ouvert le ventre d'un coup de fourche. — Mais on s'est ici tenu aussi près que possible de l'exacte réalité. Avec cette sorte de dureté que la vie de la campagne met au cœur des paysans, comme elle leur met des calus aux mains, la mère et le fils voyaient mourir l'ancien sans en éprouver de chagrin, et sans se soucier même d'aller chercher des secours. L'ancien remis sur pied et redevenu le

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