GEORGES SOREL
Dans sa très intéressante revue L'Indépendance (n°.du 1e janvier 1919). Georges Sorel analyse Le Réveil; 11 juge aussi lauteur. L' Œuvre regrette de.ne Pouvoir reproduire le morceau entier ; mais on le lira dans l'Indépendance. Lx
En voici quelques passages. L'homme éminent qui œ écrit Ta Ruine du Monde antique, les Réflexions
pee
Un rl daeath he 74 nn D D 2 ee US) in ON Mn TS Ets cs sl res issi nt E G NE a déteste:
sur la Violence, la Révolution dreyfusienne, devail étre ému à la lecture du Réveil.
Les gens qui ont appris, par une sérieuse CXpérience, ce qu'est l'art décrire, regardent Urbain Gohier comme un maître ; tandis que des articles | de journaux perdent généralement beaucoup à être | réunis en volume, les siens sont si beaux qu'ils | gagnent souvent en solidité quand. ils subissent cette épreuve; Le Réveil, qu'il vient de publier, se compose de magnifiques discours adressés à la nation française par un grand patriote, qui la supplie de ne pas se laisser égorger..
Te suis extrêmement frappé de-voir à quel point > sa pensée est souvent parente de celle de Proudhon.
Il faut noter, tout d'abord, que ces deux maîtres |: de la langue française comptent “parmi les plus 2 0} irréductibles défenseurs des humanités; il y a une quinzaine d'années/on passait pour un lettré prodigieusement élégant, doué d'une intelligence très ouverte, ayant un vrai sentiment de la volonté de puissance, quand on avait, quelque peu, turlupiné les pauvres bacheliers; depuis ce temps beaucoup de girouettes ont tourné; on n'a encore rien trouvé à dire de mieux en faveur du latin que ce qu'Urbain Gohier avait publié en 1898 dans le Soleil (pages 283- 319). Si la culture classique ne plait guère aux favoris de vieilles courtisanes, c'est qu'elle est Le faite pour les hommes plaçant leur idéal dans FF l'existence modeste, casanière eb sérieuse des antiques familles campagnardes : cel idéal estacclamé " par Urbain Gohier (pages 200-204 ét pages 47-50. l Urbain Gohier a, comme. Proudhon, une profonde horreur, pour cette littérature immonde Œui, sous le fallacieux prétexte d'art, décrit « la vie de quelques milliers de rastaquouères interlopes, d'aristocrates faisandés, de snobs pervertis,- de bourgeois trop gras et dégénérés, de jouisseurs blasés, d’histrions malsains qui sont l’'écume de Babylone et le fléau de toutes les vieilles civilisa-
tions »..,
Après nos désastres l'inventaire des causes € I quer la-supériorité de l'Allemag CFMIT ainsi son énéméralion : «Joionez-y surtout les. qualités morates el, en particulier la qualité qui donne toujours lx victoire à une race sur les peuples qui l'ont moins, la chasteté.» Ceci fut évidemment écrit en pensant à la ruine du monde antique.
Urbain Gohier n’est pas moins préoccupé que Renan des enseignements que nous fournit l’histoire de la Rome impériale. À la suite d’une vigoureuse esquisse de la vie parisienne, ildit: « Etaien c> là, oui ou non, [es caractéristiques de la dé dence romaine? À toute époque, le règne de la pornographie, l'étalage du vice, lexaspération des sens, les dérèglements dé l'imagination, le sadisme onteté les-sisnes de la décadence, ont accéléré la dégradation des caractères et La dissolution de la Sociélé» (page212;. A propos de gens poursuivispour trahison:«Dans les circonstances ac iclles, quiconque déprave le peuple et souille la jounesseest l’auxiliaire de l'ennemi ; quiconque détendle ressort des volontés françaises travaille à la destruction de la France» (page 218). Enfin voici une exhortation toute pleine de lesprit proudhonien : « Un peuple ne reste sain et solide qu'avec de bonnes mœurs. Veillez donc à la propreté de votre foycr. Etes-vous des-patriotes ? Faites-le pour la patrie. Etes-vous des révolutionnaires ? Gardez-vous propres. Je l'ai prêché dix ans de suite aux ouvrie :pas de révolution, pas de transformation sociale qui puisse étreaccompliesans descœurs Sais, des consciences droites, des mains pures ».
Comme presque toùs les moralistes contemporaius, Urbain Gohier n'est guère porté à tenir compte des courants historiques. Il lui semble, par exemple, facile que la démocratie, réalisant les: vœux de ses anciens apologistes, mette (comme on disait autrefois) la vertu à l’ordre du jour (page 220%. Son illusion résulte de ce qu'il pose la question Sous une forme abstraite: « Dans un Etat démocralique, gouverner serait d’abord purifier. Dans un Etat de démagogie césarienne, il faut énerver
TBRL EE
pour S'OUVETREr-» (PpASTe y a bien des
que e les asbtutions . vi
tawnardes de la Suisse, admirées É
aient être imitées dans des pays qui ne possède pas certaines conditions fondamentales; on trouvé chez ces peuples-modeles : des auto ‘très respectées, des croyances Chré
nantes, un esprit guerrier ] i
# * le tout cela-n'e dans den :
a. marche i6s. Dans un p Urbain Gohier Hétrit « Lés démag ex of paradié mm ur système philosophiqu une honte, mais un une mani Î * dans la fan un philosophe » (page 213). fan va pas trouvé le moyen de rendre ingre de démagogue, il ne faudra pas c ompler sur une réforme morale de notre société ; très malheureusement, les progrès de la démocratie dent ce métier si agréable qu'il attire aujourd’hu li des millionnaires.….
LA
L'utopie. d'une démocratie vertueuse qepers étroitément dés guerres de la Liberté. À Ja fin du XVIIE: siècle, les Français imaginérent de faire renaître les temps de la vieille Rome, célébrés par Tite-Live ét par Plutarque ; ils ne furent pas ridiz cules Comme l'avaient été les lecteurs de l'Astrée. quis'étaiéent faits bergers, parce qu'ils soutinrent de prodigieuses luttes victorieuses ; [a oloire
-acqu orS par la France fut si extraordinaire que l'idéal d'une république de Gi < durer presque tout un: siecle. La lévende a perdu la meilleure partié de $a valeur sociale qu:
décadence de l'esprit militaire. s'est manilestée d'une manière très marquée, apres les aventures du
boulangisme ; on -avait alors constate, avec elfroi, è que le caractère de beaucoup d'officiers n'était pas Supérieur au caractère de’nos politiciens; depuis lors le mal n ne. fait qu'empirer, au grand désespoir d'Urbain Gohier, dont l’âme était gonflée des SOUVE nirs de 1792.11 se révolta in des généraux qu'il méprisait, quand une crise lui pern nil de faire entendre au grand publie $es exhortations: «Mon nationalisme, dit-il, a résisté dans l’affaire Dreyfus à l'écrasement de la nàtion par une caste militaire d: : dégenérée. Le patriotisme républicain de nos an- | | ; cêtres avait pu plier devant la dictature d’n Bona- | ee parte, brûlant de génie et couvert de gloire; notre Ë patriotisme ne pouvait réellement plier devant la = dictature des Billot, des Chanoïne, des Zurlinden,
: débris cacochymes d'une ère de déroute et de ca- “ RE pitulations » (page 9). Urbain Gohier s'illusionne 4 | | quand il croit que l’armée est régénérée ; jé n'ai a ; point entendu dire,en effet, que de notables frances- |
maçons avaient été abattus, Comme chiens galeux, par les officiers qu'ils ont dénoncés ;: la démocratie £ continue à humilier, tant qu’elle peut, le militaire ; or je pense, comme Renan, que la pratique de ’ Phumilité est une mauvaise préparation pour le combat. \ , \ %
Les personnes qui ont, comme moi, dépassé la soixantaine, ne peuvent lir e le Réveil sans éprouver ; de très vives émotions, parce qu'elles y retrouvent, RARE exprimés dans un langae e digne de leur noblesse, , quelques- uns des sentime nts quienthousiasmèrent la ‘jeunesse libérale durant les dernières années | du Second-Empire. La génération qui arrivait alors DL à la réflexion, admirait d’une manière intelligente ° les traditions françaises, était persuadée que la Le
crandeur d’un peuple se mesure à l’échelle des va- L leurs morales, méprisait les parvenus plus qu'on ne les’a jamais méprisés. Elle maudissaït, dans le : régime existant, ün ordre matérialiste, cher à des , aventuriers insoucieux de l’opinion des bonnes familles, affamés, d'argent, bouffs d'orgueil. On F haïssaitun gouvernement qui paraissait déshonorer s le la France, en raison de son ignorance du génie | national.
ns Chez ceux des Juifs qui prétendent diriger notre pays, on rencontre — et à un degré prodigieuse- Dar ment exagéré —— les défauts qu'on reprochait 5 jadis, avec tant d'aisreurs, aux hommes de Napo- LS
léon III ; Pantisétimiste d’Urbain Gohier est la conséquence naturelle de cet antique antibonaparisme dont il est demeuré l'indomptable représentant; il est clair que ses idées ne peuvent être, par suie; toujours parfaitement comprises par des gens qui connaissent mal notre histoire contemporaine… Ë Æ On ne comprendrait pas bien l'antisémitisme d’Urbain Gohier si on ne se référait au portrait du juil moderne que Renan a tracé dans le dernier volume de son Histoire du peuple d'Isruël: Renan a.eu la ruse de prétendre découvrir dans PEcelésiaste une anticipation du dégoûtant financier aux yeux duquel les choses n’ont de valeur que si elles lui permettent de satisfaire sa sensualité : les personnes qui savent avec quel art ‘Renan savait cacher sa haine, seront convaincues, en lisant ces pages, quil éprouvait une aversion profonde, pour le Juif moderne :
«Attendez deux mille ans, dit-il, vous verrez combien ce fils des prophètes. se montrera un mon- : daïn accompli... comme il saura jouir d’un monde quil n’a pas fait, cueillir les fruits d’un champ qu’il n'a pas labouré… Nous l'avons tous connu, ce sage Selon la terre... avistocrate par sa ‘peau fine, sa susceptibilité nerveuse et son attitude d'homme qui a su écarter de lui le travail fatigant: bourgeois par son peu d'estime pour la bravoure guerrière et par un sentiment d’abaissement séculaire dont sa distinction ne le sauve point... Nulle folle chevalerie ne lui fera échanger sa demeure luxueuse contre la gloire périlleu-ement acquise. IL est arrivé à la parfaite sagesse : jouir en paix, au milieu des œuvres d'un art délicat et des images du plaisir qu'on a épuisé, du fruit de son travail. Surprenante confirmation de la philosophie de la vanité:! Allez donc troubier le monde, faire mourir un Dieu en croix... pour finir d'une maladie de la moëlle épinière au fond d'un hôtel capitonné du | quartier des Champs-Elysées, en regrettant que la vie est si courte et le plaisir si fugitif. Vanité des vanités L»
Quel Français, dont l'âme a‘été nourrie de chris- ‘tianisme et de culture classique, n’admirerait l’héroïsme d’Urbain Gohier luttant contre les complots que forment des ‘Catilinas d’un genre si odieux en vue d’asservir le génie français |!