‹ De St Nazaire à BoulourisChapitre 5 sur 17 · RANE · texte numérisé non relu

RANE

être le prix réservé au vainqueur de ces sanglants combats, s'appelait Casque d'Or. Malheureusement, la police — elle était alors un peu mieux faite qu'aujourd'hui — ne permit pas à Manda de jouir en paix de sa victoire et de sa conquête. Il dut bientôt partir pour Cayenne, et, selon toute apparence, ce n'est pas Briand qui l'en fera revenir.

Car tout le monde pourra vous raconter à Montmartre qu’il y eut entre Briand et Manda une autre Casque d'Or, celle-là même que le camarade Aristide avait ramenée de Saint- Nazaire après l'aventure que vous savez.

Comme il arrive communément dans les bouges où fréquente la pègre, tous ces condamnés de droit commun devaient se rechercher, se trouver et se plaire. Ils auraient, au surplus, très bien pu faire connaissance au dépôt ou en, prison.

Mais le camarade Aristide, déjà très « à la coule », ignorait les sombres jalousies qui coùtèrent la vie à Lecca. Non seulement il ne nourrit aucun ressentiment à l'égard de Manda, lorsque celui-ci s’avisa de cueillir à son tour Fleur-de-Prairie, mais le Nantais prit un plaisir sadique à faire le bonheur d’un troisième larron,

autre rédacteur à la Lanterne (qui est quelque part percepteur ou trésorier-payeur, et qui ne doit, du reste, qu'à cette bonne fortune, le prolfitable honneur d'administrer la fortune publique).

Toute la lumière n’a pas été faite sur ces débuts de Briand à Paris, lorsqu'il vint S'y rélugièer après sa condamnation en correctionnelle. Je retrouve, dans un‘tiroir, des documents que je n'ai pas encore eu l'occasion d'utiliser et qui donnent une idée de tout ce qu'on raconte dans les milieux syndicalistes et

Léa 2

socialistes sur les antécédents de notre ancien... et futur président du Conseil.

Il y a deux ans, je recevais d’un jurnaliste notoire (qu'il se nomme lui-même, s’il le juge à propos) la lettre suivante :

Mardi, 27 juillet.

l Mon cher Téry,

Allez voir X... de ma part, 33, rue Grange- 2 1e aux-Belles.

lt Et tâchez d'obtenir de lui le tuyau sur la bande Manda et la femme de Saint-Nazaire, l'adresse ce la jeune fille que la dite femme fit je . enlever par Manda et transporter chez Briand à Enghien.

| X... a l'adresse de la imère-de la jeune fille, | aujourd'hui mariée.

‘| Enquêtez avec précaution, et, une fois doëu- À menté, lâchez le paquet si possible.

il C'est tellement extraordinaire que personne n'y croira; voilà le malheur.

IE * Soyez le virtuose capable d'amener les gens

lL de France à la saine compréhension de leur 3 l Etat, couronné d’une casquette.

[e 3 ] É Bien votre ie .

Î LEE] « # Me :

| X.. m'a dit de vous donner le luyau. j ? 4

l J'allai voir K., un des plus fougueux milill tants de la C.G.T. Il avait en effet rencontré en Le chemin de fer, au cours d'un voyage à Rochefort, la mère de la jeune fille dont il me donna l'adresse, et; pour être plus sûr de sa mémoire, : je il invoqua le témoignage d'un journaliste socialiste du Hâvre, qu'il avait, à son retour, prié de faire une enquête.

PR

Voici la réponse du‘confrère socialiste :

Havre, le 29 ju:llel 09.

Mon cher X.…..,

Je suis de ton avis, mais ne crois-lu pas que nous ferions mieux d'attendre quinze jours ou trois semaines avant la rentrée des Chambres ? De plus, tu sais que nous ne pouvons nous baser, toi et moi, que sur des déclarations verbales. C'est une conversation que tu as eue avec la personne en queslion; moi-même, lorsque j'ai fait l’'enquêle. qui m'a confirmé tes dires, près de celte dernière, je me suis heurté à une fin de non-recevoir en ce qui concernait là signature de la personne, signature qui m'eût couvertau moins moralement. Dans ces condilions, il me semble bien difficile de faire quelque chose, ou bien il faut y aller carrément dans le mêmé journal, loi en contant lon entrevue en chemin cle fer, moten écrivant l'interview de celte dame, sous notre signature. Nous risquons peut-être d'être désavoués, mais au moins, On sentiraque nous n'inventons rien.

Dis-moi ce que tu en penses.

Quantaux détails, ce sont ceux que tu as eus

toi-même.

-Les choses én restèrent là. Je ‘n’eus ni le temps, ni le cœur de pousser plus avant cette enquête. D'ailleurs, même si elle eüt ajouté un chapitre à la biographie du camarade Aristide, elle ne m'eùt rien appris de nouveau.

Telle quelle, je dédie l'anecdote à Moussu Fallières, qui, ce dit-on, dans l'ombre élyséenne, se prépare à confier au camarade Aristide le soin de former notre prochain ministère. Ce que j'en dis, bien entendu, n’est pas pour le dissua-

Page 1