De Temiskaming a la baie d'Hudson
Quand tout le peuple canadien applaudit à l'élan que vous avez imprimé à l'œuvre de la colonisation dans la Province qui est si heureuse de vous saluer comme son Premier- Ministre, veuillez permettre à un humble missionnaire qui, lui aussi, aime son pays et ceux qui travaillent au bien de sa nation, de venir apporter son modeste tribut à la grande entreprise de la régénération nationale.
Dans un banquet patriotique que vous donnaient vos amis de Montréal, et plus tard à l'ouverture des Chambres, je vous ai entendu, par la
voie de la presse, exprimer le désir de reculer les frontières de la Province de Québec jusqu'aux rivages de la Baie d'Hudson. " I^e pays, " ditesvous, "nous appartient, et nous entendons en prendre possession." J'applaudis de toutes mes forces, Monsieur le Premier, à ce projet patriotique, et je veux y contribuer dans la mesure de mes faibles capacités ; voilà pourquoi je sollicite l'honneur de vous présenter aujourd'hui ce petit mémoire que j ' ai compilé à la hâte sur des notes que j'ai recueillies dans le cours de mes voyages à travers les régions qui ont eu le mérite d'attirer votre attention.
Je viens, en ma qualité de missionnaire, corroborer les récits du Révérend Père Albanel, que vous avez cités avec tant d' à-propos. Comme le savant jésuite, j'ai parcouru les mêmes climats et admiré ce sol et ses produits qui, il y a deux siècles, jetaient dans le ravissement les premiers pionniers de l'Evangile sur cette partie du continent.
Tant de trésors ont été enfouis pendant des siècles ; je dirai mieux : ils ont été mis en réserve pour l'heure où notre peuple, débordant de tous côtés, ne demande qu'une terre propice pour implanter ses nombreux rejetons, et affermir, en l'agrandissant, la race généreuse du sang français déposée autrefois dans un petit berceau, sur les plages désertes du Nouveau- Monde.
C'est dans le Nord que se sont toujours formées les races fortes, vigoureuses, appelées à des
époques marquées de Dieu, à régénérer les nations amollies et chancelantes des contrées méridionales. t4 L,atera aquilonis, civitas Régis Magni (Ps 47, v. 2.)" " C'est du côté de l'aquilon qu'est la cité du grand roi." Ce grand roi, c'est Jésus-Christ, c'est le chef de la Sainte Eglise, régnant sur un peuple qui lui est tout dévoué. Et quel peuple aujourd'hui a mieux gardé les traditions sacrées de sa foi ? Quel peuple, par conséquent, doit à plus juste titre fonder ce vaste empire de l'aquilon où le grand roi établira son trône ? En avant donc vers le Nord, le peuple canadien ! Si le Pôle a des rigueurs propres à effrayer les lâches, il aura toujours la vertu de l'aimant sur notre race aux bras de fer et au courage d'acier. D'ailleurs, il ne s'agit pas d'aller au Pôle. Ici tout près de nous s'ouvre un incomparable territoire. Incomparable pour l'étendue, la richesse du sol, la salubrité du climat et la beauté des sites.
Vous verrez, Monsieur le Premier- Ministre, par le présent mémoire, si imparfait qu'il soit, que toutes ces qualités se trouvent réunies avec surabondance dans la région que vous avez conçu le plan d'annexer à notre Province.
Puissent ces quelques pages, écrites plutôt avec le cœur d'un patriote qu'avec l'habilité d'un savant, vous être de quelque utilité.
Je serais heureux d'avoir par là accompli deux vœux également chers : Celui de rendre service
à mon pays et d'avoir en même temps donné un témoignage d'admiration et de gratitude à l'ami distingué dont j'ai l'honneur de me souscrire
Le tout dévoué serviteur,