‹ De Temiskaming a la baie d'HudsonChapitre 17 sur 18 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La Région de Témiskaming .

Sur cette région on a tant écrit depuis un certain nombre d'années, que les derniers ne font que répéter ce qui a été dit par leurs devanciers.

J'ai du moins la consolation de voir que ceuxlà même qui me traitaient d'imaginaire, les premières fois que j'ai osé révéler au monde cette contrée merveilleuse, sont aujourd'hui à crier plus fort que moi que tous les éloges que j'en ai faits sont encore au-dessous de la vérité.

Je me réjouis de leur conversion que je me rappelle avoir prophétisée. Puisse-t-il en être ainsi au sujet de la nouvelle région que je prône aujourd'hui.

Je n'en dirai pas long sur Témiskaming car je n'aime pas à me répéter. Je me contenterai d'un aperçu général destiné à compléter cet ouvrage...

Ce que je désigne sous le titre de région du Témiskaming comprend toute l'étendue des terres, arrosée par le grand lac et ses nombreux tributaires. Ce qui fait une superficie d'au moins

18,225 milles carrés. Comme on le voit c'est tout une province.

Le Lac Témiskaming qui occupe le centre de cet immense bassin est situé à 612 pieds au-dessus du niveau de la mer, latitude 47° 50', longitude 79° 54'. Il mesure 75 milles de long et 10 dans sa plus grande largeur. C'est peut-être le seul lac de cette étendue qui soit navigable sur tout son parcours pour des vaisseaux du plus gros tonnage. Le " Great Eastern " pourrait y voguer partout à l'aise. Aussi le lac doit-il son nom à son étonnante profondeur ' ' terni ' ' ; profond et " garni " ou " kami " étendue d'eau. Six grandes rivières dont quelques-unes plus considérables que la Lièvre, se jettent dans le lac Témiskaming. Ce sont d'abord l'Ottawa elle-même dont le lac n'est qu'un vaste élargissement, la Blanche navigable pour les steamboats jusqu'à 30 milles dans l'intérieur ; La Loutre qui arrose les cantons Guigues et Duhamel ; la Kipewa estuaire d'une véritable mer intérieure qui étend ses bras jusque vers les sources de la Gatineau ; la rivière de Montréal et la Matapidjiwan pleines de curiosités naturelles.

Une multitude de cours d'eau inférieurs se relient à ces grandes artères, ou portent directement leur tribut au grand lac. Toutes ces rivières grandes et petites traversent les terrains les plus favorables à la colonisation.

C'est l'immense plaine ou plutôt ce n'est que le commencement de l'immense plaine de glaise

qui s'étend vers le nord jusqu'aux rivages de la Baie James, et à l'ouest va se rattacher aux grandes prairies de Manitoba.

Je ne vois pas de différence entre le climat de Témiskaming et celui d'Ottawa si ce n'est peutêtre que les chaleurs excessives de l'été y sont délicieusement tempérées par le voisinage des grandes eaux. Cette masse liquide une fois échauffée retarde les gelées d'automne en recouvrant les rivages d'un brouillard protecteur pendant les nuits froides de la fin de septembre.

Le pin commercial est le bois le plus abondant. Des milliers de radeaux et des billots par millions ont été tirés de la vallée du Témiskaming, mais ce qui a été pris est encore si peu de chose que les forêts ne paraissent pas même avoir été entamées.

Nul doute que cette région ne demeure pour des générations encore la grande pépinière des chantiers du Dominion.

Malheureusement Témiskaming pas plus que les autres régions boisées de notre pays n'a échappé au fléau des incendies. C'est certainement un grand dommage à un point de vue. Mais d'un autre côté si l'on considère quelles immenses portions de terrain ont été défrichées par ces conflagrations, on regrette moins le bois qui a été détruit que l'on apprécie l'avantage qui en est résulté pour le colon.

En effet le travail de défrichement en certains

endroits est chose si facile que je pourrais citer les noms de plusieurs colons qui ont nettoyé trois arpents par semaine. La terre ainsi débarrassée il ne reste pas même une souche. Quant aux roches il n'y en a point si ce n'est sur les montagnes. I^es élévations que l'on aperçoit ça et là émergent de la plaine unie comme des îles au milieu de la mer. Ce ne sont autre chose que des grains de beauté destinés à rompre la monotonie de la surface horizontale.

Du sommet de ces hauteurs, l'homme aperçoit à de grandes distances les champs nouvellement cultivés comme des tâches de brillante verdure au milieu desquelles on dessine le petit chantier du colon ; puis là-bas le grand lac où se mire le Ciel d'azur, des baies profondes encaissées entre des caps abrupts qui bientôt se resserrent, formant d'étroits défilés, ou s'entrouvent pour laisser apercevoir de bleus horizons où les nuages et l'eau viennent se confondre, comme aux extrémités de l'océan. Le Témiskaming a ceci de particulier que si vous le traversez en vaisseau, il vous apparaît bordé de hautes montagnes, de rochers à pic qui parfois surplombent au-dessus de vos têtes. Ce qui a fait croire longtemps aux voyageurs inattentifs que Témiskaming était le pays le plus inhospitalier du monde. Mais ces montagnes ont à peine un mille de large et semblent s'évanouir dès que vous entrez dans la plaine.

Je compare le lac Témiskaming à un vaste

bassin entouré d'une muraille, ou à une fontaine au milieu d'un jardin.

Ses bords enchanteurs, ses points de vue variés rappellent beaucoup les scènes du /Saguenay. Quand ce lac splendide sera entouré de coquets villages, de blanches maisonnettes groupées autour de leur clocher, il me semble qu'on pourra s'y croire sur les bords du St-L,aurent, aux rivespittoresques de Kamouraska ou de la Rivière-du- Loup.

Mon rêve a toujours été de peupler ce charmant pays de Canadiens et d'y voir fleurir le système paroissial de nos belles campagnes de la Province de Québec.

Mais qui réalisera ce rêve ? A coup sûr ce ne seront pas ceux qui ne visent qu'au monopole de leur propre bourse.

Tel n'agissaient pas les vaillants pionniers qui ont peuplé le Canada de nos pères. La fondation d'un peuple est basée sur le dévouement et le sacrifice.

Or le dévouement et le sacrifice n'ont leur source que dans l'Eglise de Jésus-Christ. Sans la religion pratique, il n'y a qu'un patriotisme hypocrite et menteur.

L/ Eglise donc avant tout à la tête de la colonisation !

C'est ce que vous avez compris, Monsieurs le Premier- Ministre, et c'est ce que vous avez réalisé, en choisissant aux applaudissement universels de

toute la nation, le digne et intelligent curé Labelle, l'apôtre éminent de notre œuvre de colonisation pour le mettre avec vous à la tête de cette grande entreprise nationale, et marcher la main dans la main, au développement de notre pays.

Cette mesure d'une si haute sagesse, qu'elle n'a jamais été même devinée par vos prédécesseurs, réjouit tous les Canadiens qui ont à cœur l'agrandissement de leur patrie, et leur fait augurer une ère de progrès et de prospérité que hier encore nous n'aurions jamais osé espérer. Grâce à votre administration vigilante, à votre patriotisme éclairé, la confiance longtemps éteinte, renaît dans tous les rangs du peuple. De ces rangs vous verrez sortir des légions désireuses de servir sous vos ordres et de vous prêter leur dévoué concours à l'œuvre que vous avez entreprise avec tant de tact et que vous poursuivez avec tant d'ardeur.

L'Eglise et l'Etat si harmonieusement associés, feront ainsi des prodiges et élèveront bien haut le prestige du nom canadien-français.

Tel est le vœu de votre plus dévoué serviteur qui ne demande plus qu'une chose : C'est d'aller bientôt rejoindre la phalange des vaillants soldats qui se dévouent pour le bien du pays, de partager leurs glorieuses campagnes et de mourir avec eux sous le drapeau de la Religion et de la Patrie.

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