‹ De Temiskaming a la baie d'HudsonChapitre 16 sur 18 · QUATRIÈME ZONE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME ZONE

Du Lac Abittibi à 7 êmiskaming .

{distance : ijj milles)

Le Lac Abittibi.

Tous ces beaux noms sauvages ont leur signification. Celui-ci est composé de deux mots : ' ' abitta moitié de la racine ' ' bi " qui signifie " eau " en composition. D'aucuns prétendent que ce nom a été donné au lac parce qu'il se trouve situé à mi-chemin entre je ne sais quoi vraiment et la Baie d'Hudson ; mon humble opinion à moi' est que le nom à été donné à la rivière d'abord et ensuite étendu au lac.

On se rappelle ce que j'ai dit au sujet de la division des eaux de l' Abittibi avec celles du fleuve de MoOvSe. Il se produit là un phénomène analogue à celui du St-Laurent et de l'Ottawa au bout de l'île de Montréal ; c'est-à-dire que pendant un assez long trajet les eaux ne se mêlent pas et produisent une ligne de démarcation parfaitement dessinée, surtout quand on considère la différence qui doit exister entre les eaux limpides de la Moose et la véritable boue que roule l' Abittibi. Les sauvages pouvaient donc dire ' ' abittabi ' ' pour deux raisons, lo parcequeles eaux de l'une de ces rivières s'obstinent à ne pas se mêler avec

celles de l'autre, ou bien 2o parce que l'onde de TAbittibi est moitié eau moitié boue, et je crois que ces deux motifs sont parfaitement plausibles pour justifier mon opinion. Que chacun du reste garde la sienne et nous n'en serons pas pis amis.

Dans tous les cas cela n'empêche pas le lac Abittibi ^d'être une fort belle nappe d'eau d'une quarantaine de milles de long sur une dizaine de large. Il est peu profond très poissonneux et tout émaillé d'îles ; ce qui lui donne un aspect tout à fait pittoresque. Les rivages du côté du Nord-Ouest montrent quelquefois des pics de montagnes qui peuvent avoir au plus de 600 à 800 pieds d'élévation. D'autres petits monticules apparaissent ça et là ; mais on peut dire qu'en général le sol environnant n'est pas très accidenté.

De bonne qualité comme partout ailleurs sur le parcours de cette immense région, le territoire d'Abittibi sera un magnifique centre de colonisation. Le climat n'y est peut-être pas aussi favorable que dans certaines parties plus septentrionales, comme sur les bords de la Rivière Frédéric par exemple, mais pas à tel point que la culture du blé même y soit impossible. On y récolte actuellement de très belle orge et des patates en abondance. Le " potatoe-bug "n'a pas encore fait ici son apparition, pas plus qu'à la Baie James. Le climat de toutes ces contrées est très salubre. La quantité de neige qu'il y tombe dans un hiver est ordinairement égale, sinon moindre, à celle que nous avons à Ottawa.

Comme règle générale, on peut poser en principe que le blé peut mûrir avantageusement et qu'il ne peut être refusé comme culture payante dans aucune partie de tout le territoire qui s'étend du Lac Témiskeming jusqu'aux rivages de la Baie James y compris même .la hauteur des terres et le Lac Abittibi. De magnifiques forêts entourent le lac Abittibi. L'épinette blanche y est toujours l'espèce prédominante, avec l' épinette rouge et le liard. Le pin rouge commence à se montrer sur le flanc des coteaux et sur presque toutes les îles du lac.

La Compagnie de la Baie d'Hudson possède au Lac Abittibi un fort considérable où environ 400 familles algonquines se rendent chaque année pour la traite des pelleteries.

Les révérends Pères Oblats y ont une jolie église et une mission florissante.

§ n La hauteur des terres.

Tel est le nom que l'on donne à l'arête culminante qui divise les eaux du St-Laurent ou de la rivière Ottawa, de celles qui prennent leur cours vers le bassin de la Baie d'Hudson.

On s' attendrait à voir ici des pics affreux de montagnes, des échines hérisées, raboteuses se dressant comme les colonnes d'Hercule. Il n'en est rien cependant. Même on peut dire que de

toutes les régions que nous avons parcourues c'est la plus plate et la moins accidentée.

C'est la région par excellence de lacs de toutes formes et de toutes grandeurs. Le Bon Dieu a disposé là comme une multitude de bassins inépuisables qui versent à plein bord tantôt à gauche tantôt à droite et alimentent nos innombrables rivières.

Ici pour la première fois, nous rencontrons le pin chez lui. C'est ici que commencent ces forêts j'allais dire inépuisables, mais qui hélas ! s'en vont grand train sous la hache du lumberman et sous la dévastation des incendies allumés par l'incurie des bûcherons.

Cela fait véritablement mal au cœur de voir tant de précieuses richesses données à notre pays par la Providence et sacrifiées, je dirais avec autant de sans-gêne et d'insouciance. Que de millions et de milliards ont été ainsi dévorés.

Les lois telles qu'existantes sont insuffisantes à réprimer le mal. Cette question devrait être mise à l'étude ; et quelque dépense qui serait faite pour contrôler la destruction de nos bois, serait encore une fameuse spéculation, si elle produisait des résultats efficaces.

Ne descendons pas de la hauteur des terres sans avoir jeté un regard sur le ' ' Wewelizonadji ' ' ou montagne du Sorcier qui se dresse en pic

fourchu au milieu de la plaine, comme la montagne de St-Hilaire dans la vallée du St-Eaurent. C'est la seule montagne digne de ce nom que l'on rencontre à cette hauteur. On l'aperçoit de 20 milles bleue comme le Ciel ; elle a près de 1,000 pieds d'élévation. De charmantes légendes indiennes se rattachent à ces pics ; mais nous n'avons pas le temps de nous y arrêter.

Le Lac des Quinze.

Descendant une quinzaine de pieds le niveau de la hauteur des terres, nous tombons après un jour et demi de marche dans le Eac des Quinze. Ce dernier comme le Témiskaming n'est qu'un vaste élargissement de l'Ottawa.

Nous sommes donc sur le versant méridional. Aussi nous avons le plaisir de saluer l'érable, l'arbre de notre blason national. Ee lac est de forme irrégulière affectant un peu l'apparence d'une croix. Il est très profond, renferme peu d'îles, et est entouré d'épaisses forêts de pin. Le «sol est éminemment propre à l'agriculture.

En gagnant vers l'Est, on passe sans rapide dans le courant proprement dit de la Rivière Ottawa, qui est ici plus belle et plus majestueuse encore que sous les tours de la Capitale. Bientôt s'ouvre un autre grand lac, le " Winaweia " que les Anglais ont écorché en Mijizowaja. Ces individus là, disons-le en passant pour me soulager

un peu le cœur, ont le talent grotesque de défigurer, de travestir ces beaux noms indiens si bien appliqués toujours et si pittoresques dans leur signification.

Nous allons maintenant descendre car le biais que je viens de faire nous jette complètement en dehors de notre route. Il nous mènerait dans la direction des sources de la Gatineau que je n'ai pas dessein d'explorer aujourd'hui. C'est à Témiskaming qu'il faut nous rendre, car j'ai toujours dit que c'était là mon ' ' Paradis Terrestre. ' ' Quel dommage que j'en aie été chassé ! Je vous assure pourtant que ce n'est pas pour y avoir mangé le fruit défendu : ce qui me donne espérance d'v retourner encore.

Les Rapides des Quinze.

Le niveau du Lac des Quinze étant à 906 pieds au-dessus du niveau de la mer, et celui de Témiskaming à 612 pieds, il résulte que la différence de 294 est la hauteur totale des rapides par lesquels l'Ottawa se précipite d'un lac à l'autre. Cette descente vertigineuse s'accomplit dans un parcours de quinze milles au plus, ce qui donne une moyenne d'un peu moins de 13 pieds au milles.

Cette descente abrupte ferait croire qu'il y a entre les deux lacs une barrière de montagnes

solides ; mais cette montagne je suis encore à la chercher. En parcourant cette route par terre c'est à peine même si Ton remarque une inclinaison vers le midi. C'est tout simplement la plaine de glaise toujours appuyée sur un talus de granit ouvert au seul endroit où S'échappe la rivière.

J'ai donné autrefois dans mes relations de voyage publiées dans " l'Opinion Publique, " une description détaillée de ces fameux rapides. J'avais été saisi par la beauté poétique de ces splendides paysages dont un Anglais de la Baie d'Hudson me disait un jour : C'est le seul endroit digne du pinceau de l'artiste." Je ne serai pas si exclusif mais je dirai que c'est simplement grandiose.

Au point de vue économique qui est avant tout celui de cet ouvrage, je crois tomber d'accord avec tous ceux qui ont visité ces fameux rapides, en disant que ce sont nos plus riches pouvoirs d'eau de tout le Canada.

On dit que le nom des Quinze vient du nombre des rapides. Cette assertion est pour le moins risquée, car on aurait dû plutôt les appeler les Trente ou les Cinquante. Pour ma part je vous avouerai que je n'ai jamais pu les compter tous, et que mes calculs de simple mémoire m'en donnent au delà de 25 et de véritables chûtes s'il vous plaît.

Réfléchissez maintenant que ces nombreux et

puissants pouvoirs d'eau sont entre deux immenses lacs, au sein du plus beau pays agricole et forestier que nous ayons dans le Dominion, et ditesmoi si avant longtemps il n'y aura pas là un nouveau Bytown ? .... Et ce site important est tout entier dans la province de Québec

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