‹ De Tocqueville's voyage en Amérique. Edited with introduction, notes, and vocabulary by R. Clyde FordChapitre 16 sur 47 · What France Lost in America · texte numérisé non relu

What France Lost in America

Pittsburg^ est l'ancien fort Duquesne des Français, l'une des causes de la guerre de 1745.^ Les Français ont donné, en Amérique, la preuve d'un génie extraordinaire dans la manière dont ils avaient disposé leurs postes 15 militaires. Alors que l'intérieur du continent de l'Amérique septentrionale était encore entièrement inconnu aux Européens, les Français ont établi, au milieu des déserts, depuis le Canada jusqu'à la Louisiane, une suite de petits forts qui, depuis que le pays est parfaitement exploré,' 20 ont été reconnus pour les meilleurs emplacements qu'on pût destiner à la fondation des villes les plus florissantes et les situations les plus heureuses pour attirer le commerce et commander la navigation des fleuves. Ici, comme en bien d'autres circonstances, nous avons tra- 25 vaille pour les Anglais, et ceux-ci ont profité d'un vaste plan qu'ils n'avaient pas conçu. Si nous avions réussi, les colonies anglaises étaient enveloppées^ par un arc immense, dont Québec et la Nouvelle-Orléans formaient

les deux extrémités. Pressés sur leurs derrières par les Français et leurs alliés les Indiens, les Américains des États-Unis ne se seraient pas révoltés contre la mèrepatrie. Ils le reconnaissent tous. Il n'y aurait pas eu

" 5 de révolution d'Amérique, peut-être pas de révolution française, du moins dans les conditions où elle s'est accomplie.

Les Français d'Amérique avaient en eux tout ce qu'il fallait pour faire un grand peuple. Ils forment encore

lo le plus beau rejeton de la famille européenne dans le nouveau monde. Mais, accablés par le nombre, ils devaient finir par succomber. Leur abandon est une des plus grandes ignominies de l'ignominieux règne de Louis XV.i

15 Je viens de voir dans le Canada un million de Français braves, intelligents, faits pour former un jour une grande nation française en Amérique, qui vivent en quelque sorte en étrangers- dans leur pays. Le peuple conquérant tient le commerce, les emplois, la richesse,

20 le pouvoir. Il forme les hautes classes et domine la société entière. Le peuple conquis, partout ou il n'a pas l'immense supériorité numérique, perd peu à peu ses mœurs, sa langue, sOn caractère national.

Aujourd'hui le sort en est jeté, toute l'Amérique du

25 Nord parlera anglais. Mais n'es-tu pas frappé de l'impossibilité où sont les hommes de sentir la portée^ qu'aura un événement présent dans l'avenir, et le danger dans lequel ils sont toujours de s'affliger ou de se réjouir sans discernement.^ Lorsque la bataille des plaines

30 d'Abraham, la mort de Montcalm et le honteux traité"* de 1763, mirent l'Angleterre en possession du Canada et d'un pays plus grand que l'Europe entière, et qui au-

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paravant appartenait à la France, les Anglais se livrèrent à une joie presque extravagante. La nation, ni^ ses plus grands hommes, ne se doutaient guère alors que, par l'effet de cette conquête, les colonies n'ayant plus besoin de l'appui de la mère patrie, commenceraient à aspirer 5 à l'indépendance: que, vingt ans après, cette indépendance serait signée, l'Angleterre entraînée dans une guerre désastreuse qui donnerait un énorme accroissement à sa dette; et que de cette manière se créerait sur le continent de l'Amérique une immense nation, son 10 ennemie naturelle tout en parlant^ sa langue, et qui est certainement appelée à lui enlever l'empire de la mer.

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