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LE QUENTIN METSYS D ANVERS

car il a le corps émacié, les traits hâves, les jambes et les bras tout en longueur, ses autres personnages n'ont plus cette maigreur diaphane, cet effilement qui arrivent parfois, lorsqu'ils sont poussés à l'extrême, ainsi que dans le Jugement d'Othon III de Thierry Bouts, au musée de Bruxelles, à donner à un homme debout près du trône de l'empereur l'aspect d'un prodigieux échalas et d'une extravagante asperge.

Dans l'œuvre de Metsys, les gens qui entourent le Rédempteur, Joseph d'Arimathie et Nicodème sont des êtres vigoureux et replets et l'homme à l'œil et à la moustache de chat est un robuste et un bienfaisant reître; quant à ses femmes, elles ne montrent ni le visage en forme de cerf-volant qu'affectionnait Memling, ni l'ovale exsangue et osseux qu'adoptèrent la plupart des Primitifs ; elles ont la figure ronde, les joues pâles et pleines, des cheveux d'un brun qui tourne au roux; mais ce qui est étrange chez ces créatures dont les traits se ressemblent et dont saint Jean paraît être le frère, ce sont les yeux noirs, voilés par une paupière lourde, des yeux qui s'allongent non pas, tout à fait de même que les yeux bridés et retroussés des Japonaises, mais qui filent un peu comme ceux des Samoyèdes et des Esquimaux droit vers les tempes.

Si nous abordons maintenant la facture de

l'œuvre, nous découvrons chez Metsys plus de naturel, plus de réalisme même que chez ses devanciers. Sa conception mystique diffère également de la. leur ; il ne croit pas que les âmes saintes doivent nécessairement loger dans des corps qu'elles émincent; il croit à l'âme séquestrée dans n'importe quelle geôle et parvenant quand même à s'ajourer. Il est plus lourd, plus vulgaire même, si l'on veut, que Roger Van der Weyden et que Memling, mais si sa langue est moins délicate, elle est plus forte ; il est en somme le plus viril des peintres qui vécurent dans les premières années du XVI' siècle.

Ce tableau de l'Ensevelissement du Christ est, il faut bien le dire aussi, son chef-d'œuvre. Il lui fut commandé, en 1508, par les menuisiers d'Anvers pour orner l'autel que leur corporation possédait dans la cathédrale.

Quant à la vie de cet artiste, elle peut se résumer en quelques lignes. Quentin Metsys ou Messys, Matsys ou Massys — car l'on ne sait comment orthographier son nom — naquit, en 1466, à Louvain ; il exerça, de même que son père, le métier de forgeron et sculpta les fonts baptismaux de l'église Saint-Pierre de cette ville et la cage du puits de la place Notre-Dame d'Anvers. Il quitta cette profession pour apprendre la peinture, fut reçu franc-

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