LE QUENTIN METSYS D ANVERS 23 I
Christ veille sur sa Mère, la caresse, la cerne, en quelque sorte, d'un geste doux, ajoute à ses tortures personnelles l'émoi compatissant d'un fils, ente sur ses propres douleurs les siennes.
En ce qui concerne les saintes femmes, si nous exceptons Marie Cléoptias qui s'immobilise et gémit en se tordant les mains, les autres s'ingénient, apportent des vases, des éponges, lavent et essuient, en pleurant, les plaies.
Tel se présente le demi-cercle des personnages qui préparent la mise au tombeau du Sauveur.
Lui est la figure terrible de Tceuvre. Ce n'est plus le Jésus brut, à peine dégrossi, le bandit décomposé dont la face soudain s'illumine de Grûnewald; ce n'est pas davantage le Jésus calmé ayant reconquis, après le trépas, la sérénité d'un Dieu ; non, c'est autre chose : Metsys l'a conçu d'une façon très spéciale ; Celui-ci a soutïert tout ce qu'il pouvait souffrir, mais il est à bout.C'est un Dieu las, fini, qui n'en peut plus; le corps est un squelette, les côtes tendent comme des cerceaux sous la peau d'uiî brun verdâtre, éclaboussée de sang ; les joues ont des cavités de godets, le col est funiculaire, la gorge est un réseau de cordes ; l'on distingue le lait des prunelles dans la poche entrebâillée des yeux er la bouche entr'ouvre des lèvres gonflées, couleur de
cendre, dans une barbe striée par des stalactites de sang dur.
Il semble que, du haut du Golgotha, il ait contemplé le triste panorama des siècles, aperçu dans l'avenir la crue montante des péchés, le monde submergé par la marée des vices; et las, excédé, moins par les atroces souffrances corporelles qu'il endurait que par cette perversité qu'il savait devoir se répercuter, de génération en génération, jusqu'à la fin des âges, il a fermé ses pauvres yeux, heureux de mourir, pour ne plus rien voir. Ah ! Notre- Seigneur ! Sa face désemparée nous navre ! Et l'on voudrait, ainsi que les saintes femmes qui sont là, l'assister un peu ; l'on songe qu'on le soulage, qu'on le console, qu'on le décloue de sa croix, chaque fois qu'on se repent; qu'on lave, avec Marie Salomé et Marie Magdeleine, ses plaies, chaque fois que l'on reçoit le Sacrement de Pénitence; — et c'est alors que le malaise du désaccord qui existe entre le tableau et le lieu où il est, se sent ; il faudrait, au lieu d'un musée et d'une banquette, un fond de chapelle et un prie-Dieu.
Pour en revenir au panneau même, l'on est transféré avec les figures de Quentin Metsys déjà loin de Roger Van der Weyden dont Jean de Molanus le dit élève. Sauf son Christ dont la structure ne difi^ère pas de celle des autres maîtres des Flandres,