‹ De tout un peuChapitre 13 sur 34 · POÉSIES DE J -B. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

POÉSIES DE J -B. ROUSSEAU

Les sentiments, les opinions et les vues de la jeunesse sont le thème de ces deux livres. L’auteur a-

t-il complètement saisi le caractère de cet âge? Nous l’ignorons. Mais ce qu’on ne peut méconnaître, c’est qu’il a très-bien réussi à le peindre. Que veut le jeune homme? A quoi tend cette singulière agitation de son cœur? Que signifient ces visions passagères qui maintenant l’attirent dans la mêlée de la vie, et tout à l’heure le rappelleront dans la solitude? Pourquoi ces désirs vagues, ces pressentiments, ces penchants qui s’élancent vers l’infini puis disparaissent pour surgir de nouveau et poussent le jeune

ft) Crefeld, chez Funke, 1823. Poésies pour f Amour elVAmilié, par le méiue. llaimn, chez Schuilz et WuuderutatiD, 1823.

homme à une agitation perpétuelle? Chacun ici répond à sa manière, et comme nous avons aussi le

droit de choisir notreinterprétation,nousexpliquons

tous ces phénomènes par ces simples mots : « le jeune homme veut avoir une histoire. » C’est là cc qui explique les agitations de noire jeunesse; nous voulons avoir tâté de la vie, avoir édifié et détruit, avoir joui et souffert. A l’âge d’homme on a ainsi fait une bonne part de cette expérience, et cette bouillante ardeur, qui n’est peut-être que la force vitale elle-même, s’est déjà un peu refroidie; le torrent coule moins impétueux dans son lit. Mais ce n’est que dans le cœur du vieillard, alors que sous le chêne que lui-même a planté, il se voit entouré de ses petits-enfants, ou qu’au milieu des tombeaux de ses amis et de ses proches il reste seul assis sur les ruines de sa maison, que ce désir d avoir une histoire est complètement éteint. Nous pouvons maintenant indiquer l’idée principale des deux livres en question, en disant que dans le premier, l’auteur a peint son désir d’avoir une histoire, et, dans le second, les premiers commencements de cette histoire. Nous avons dit que cette peinture était réussie parce que, sans se livrer à des réflexions

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