K U \ H K S UE HENRI HEINE
(Je musique qui n’est pas l’éditeur du nouvel opéra, pourrait bien former le très-petit point central de cette opposition, et c’est sur lui que s’appuient quelques renommées musicales , qui depuis longtemps sont éteintes ou n’ont pas brillé encore.
C’était hier au soir un coup d’œil admirable de voir rassemblé, dans la salle du grand Opéra, le public le plus élégant de Paris, en parure de fête, dans une attente inquiète, un respect sérieux, presque avec dévotion. Tous les cœurs semblaient émus. C’était de la musique î
Et, là-dessus, le bal de Rothschild.
Comme je ne l’ai quitté que vers les quatre heures, ce matin, et que je n’ai pas dormi encore, je suis trop fatigué pour vous parler du théâtre de cette fête, le nouveau palais bâti dans le goût de la renaissance, et du public qui s’y promenait avec surprise. Comme dans toutes les soirées de Rothschild, ce public se composait d’une élite d’illustrations aristocratiques faites pour imposer par un grand nom ou une haute position, Icsfemmes par la beauté et le luxe. Quant au palais et à s(îs décorations, tout ce qu’a pu inventer l'esprit
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du XVI® siècle, et payer l’argent du xix®, s’y trouve réuni : ici, le génie des arts plastiques a rivalisé avec le génie -de Rothschild. Depuis deux ans, on a constammment travaillé à décorer ce palais, et les sommes qu’on y a dépensées doivent être énormes, M. de Rothschild sourit quand on 1e questionne lè-dessus. C’est le Versailles de l’absolutisme financier. Toutefois, on est contraint d’admirer tout jutant le goût que le haut prix de l’exécution.
* C’est M. Duponchel qui avait dirigé les décorations, et tout témoigne de son bon goût. Dans l’ensemble comme dans les détails, on reconnaît aussi le délicat sentiment de l’art que possède la maîtresse de la maison, qui n’est pas seulement une des plus jol^ femmes de Paris, distinguée par l’esprit et les connaissances, mais qui s’occupe elle-même de peinture.
La renaissance est aujourd’hui de mode à Paris; les meubles et les costumes sont dans ce goût du temps de François I®’’ que beaucoup poussent jusqu’à la folie.
Que veut dire la passion qui éclate tout à coup pour cette^ époque du réveil des joies de la vie,
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et du goût pour le beau dans sa forme la plus spirituelle? Quelques-unes des tendances ^de jiotre temps ne se Iraliissent-elles |ff)int dans cette sympathie?
L’INCENDIE DE HAMROURCt
Paris, le 20 mai 1842.
Au jour où nous soinmes, la plu^rt des peuples doivent encore avoir pour première visée de fortifier leur sentiment national, ou plutôt de l’exploiter, afin de parvenir à l’unité intérieure, à la centralisation de leurs forces, et par ' conséquent aussi à se fortifier au dehors, en face de leurs menaçants voisins. Mais le sentiment national n’est qu’un moyen pour atteindre un but ; il s’éteindra de nouveau du moment que ce but sera atteint, il n’a point un avenir comparable à celui de ce cosmopolitisme
qui fut proclamé par les plus nobles esprits du xviii' jsiècle, et qui, tôt ou tard, finira par triompher pour toujours. On a pu voir, à l’occasion de l’in-
cendie de Hambourg, quelles profondes racines ce cosmopolitisme a jeté dans le cœur des Français. Le parti de l’humanité a célébré là un grand triomphe. On ne peut se faire d’idée de la puissance avec laquelle un sentiment sympathique s’est emparé de toutes les classes du peuple en apprenant le désastre qui a frappé cette lointaine ville allemande,
dont la situation géographique n’était peut-être connue que d’un très-petit nombre. Dans de semblables moments, on peut se convaincre que les peuples de cette terre sont plus étroitement unis qu’on ne le pei^ ou ne le désire çà et là, et que, en dépit de la diversité des intérêts, un brûlant amour fraternel s’allumera en Europe quand le moment sera venu. Mais, si la nouvelle de cet effroyable incendie a provoqué la sympathie la plus touchante chez les Français, qui venaient d’être atteints eux- mêmes par une douloureuse catastrophe*, cet intérêt devait être plus considérable encore chez ceux des Allemands établis ici, qui ont à Hambourg des parents ou des amis. Parmi les compatriotes qui se sont distingués à cette occasion par leur zèle