I-ETTRES DE BERLIN G
qui ont lieu les mardis chez le prince Wittgenstein. Notre chancelier d’État est à présent entièrement rétabli et séjourne tantôt ici. tantôt à Glienicke. — Pour la foire de Pâques, on publiera : Annales des Univei'sités royales de Prusse. Le bibliothécaire Spieker publie la cantate Lalla Rookh. Le géant qui était visible à la rue Royale, est maintenant dans l’ile des Paons — Devrient n’est pas encore tout à fait rétabli. Boucher et sa femme donnent maintenant des concerts à Vienne. Les nouveaux opéras de Charles-Marie de Weber sont intitulés : Euryanthe., avec texte de Helmine de Chézy, et Les deux Pinlos, avec texte du conseiller aulique de Winkles. Bernard Romberg est ici.
Mon Dieu ! le triste métier que celui de chroniqueur! Les choses importantes, on ne doit pas les communiquer, si l’on ne peut pas les garantir ; quant aux petits commérages, il en est de même, d’abord parce que souvent ils entrent trop profondément dans les rapports de famille et (ceci est la principale raison) parce que les caquetages les plus amusants pour Berlin ont souvent pour la province un air niais et fastidieux. Au nom du ciel ! de quel intérêt sera mon récit pour les dames de Dülmen, si je raconte que
telle danseuse pourrait maintenant parler au duel, et que tel lieutenant porto <le faux mollets et de fausses hanches? Qu’est-ce que cela fait à ces dames, que telle danseuse re|)résente pour moi une seule personne ou deux êtres à la fois? Que leur imjiorte que ledit lieutenant soit composé de deux tiers d’ouate et d’un tiers de chair, ou do deux tiers de chair et d’un tiers d’ouate? Pourquoi enfin écrire des notices sur des hommes dont on ne devrait parler dans aucune notice du tout?
On peut deviner d’ailleurs, sans le secours des chroniques, comment on a vécu ici pendant cet hiver. Il n’est besoin pour cela d’aucune description spéciale puisque les divertissements d’hiver sont les mêmes dans toutes les résidences. Opéras, théâtres, concerts, assemblées, bals, thés (thés dansants ou thés médisants), petites mascarades, comédies de dilettantes, grandes redoutes, etc., voilà à peu près nos principaux amusements dans les soirées d’hiver.
Il y a ici une vie sociale très-anintée, mais morcelée à l’excès. La société est, pour ainsi dire, divisée en une masse infinie de lambeaux, en une foule de petits cercles, groupés les uns à côté des
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autres, et qui, au lieu de s’étendre, tâchent plutôt de se rétrécir de plus en plus. Qu’on regarde seulement les divers bals; on croirait Berlin uniquement composé de corporations. La cour et les ministres, le corps diplomatique, les employés civils, les commervants, les officiers, etc., tous donnent leurs bals particuliers, où l’on ne voit paraître que le personnel de la sphère respective. Liiez quelques ministres et ambassadeurs les assemblées sont au fond de grands thés, donnés vers certains jours de la semaine, et qui, par l’affluence plus ou moins grande de convives, se tr..nsforment ensuite en véritables bals. Tous les bals de la classe élevée ten- . dent avec plus ou moins de succès à ressembler aux bals de la cour ou aux bals des princes. Pour ces derniers, presr|ue toute l’Europe civilisée a maintenant adopté le même ton, ou plutôt ils sont sur le modèle des bals de Paris. Nos bals de Berlin n’ont par conséquent rien de caractéristique; quoiqu’on ressente souvent une singulière impression, à voir un lieutenant en second, vivant de sa pauvre solde, ou une demoiselle sans fortune attifée de diverses loques ou paillettes comme une mosaïque, se guinder eti'royablement pour prendre les grandes
manières, de sorte que leurs figures maigres, où se peint la misère, contrastent, comme dans un jeu de marionnettes, avec le raide costume de cour dont ils sont affublés.
Il y a cependant ici, depuis quelque temps, une espèce de bals communs à toutes les classes, savoir les bals par souscription, appelés aussi plaisamment viascarodes non masquées ^ ils ont lieu dans la salle des concerts du nouveau théâtre. Le roi et la cour les honorent de leur pré.sence et les ouvrent ordinairement ; tout homme convenable peut y prendre part, en payant une entrée fort modeste. Sur ces bals et les autres pompes de cour, lisez la baronne Caroline Fouqué, si distinguée par les qualités du . cœur et de l’esprit; elle en parle avec détail dans .ses Lettres sur Berlin, que je ne puis trop vous recommander pour la profondeur des vues. Cette année, les bals de souscription n’ont pas été aussi brillants que l’année dernière, où ils avaient encore le charme de la nouveauté. En revanche, les bals des grands fonctionnaires d'État ont été très-brillants cet hiver. Ma demeure est au milieu d’une foule d'hôtels de princes et de ministres, ce qui m’a souvent empêché de travailler le soir, à cause du fracas